‹ Le pèlerin de Sainte-Anne [microforme] (volume 2)Chapitre 11 sur 56 · VOX POPULI VOX DEI · texte numérisé non relu

VOX POPULI VOX DEI

# Quelques jours se sont écoulés depuis que Pagé, blessé grièvement, gît à l'hôpital sur un lit de souffrancès. Son état, lamentable encore, n’est cependant plus désespéré. Des soins attentifs ont éloigné les complications fatales, et l’on prévoit le moment où l'intortuné pourra faire connaître aux citoyens anxieux le guet-apens dans lequel il est tombé, Mais ce qui préoccupe-.le public, c’est. l'histoire fausse ou vraie du sauvetage de ce jeune prisonnier muet qui languit dans un cachot, en attendant le départ pour le pénitentier. La rumeur vole de toutes parts, et sa voix, de

jusque dans les villages les plus-solitaires, Un

ssement sentiment de compassion incline tous les cœurs vers le pèlerin, et l'on‘craint que les nonnètes témoins qui doivent le sauver ne disent plus,

devant les juges, ce qu'ils affirment mainterant. Une auréole éclatante, l'’auréole du martyre, entoure le front de l’innocente victime. Cent diverses suppositions, cent récits divers sont répandus au sujet des voleurs et des moyens qu'ils ont pris pour s'assurer l’impunité. On accable de questions les gens qui ront à la ville, car c'est de la ville que viennent presque toutes les nouvelles, bonnes ou mauvaises.

Dès que Pagé put supporter, sans trop de ftigue, un interrogatoire un peu prolongé, un officier de justice se rendit auprès de lui pour recevoir sa déposition.

Pagé ne put jeter aucune lumière sur la tenhtive d’assassinat dont il avait été l’objet. Il - 1e se connaissait pas d'ennemis. (Ce détail ne ht pas jugé inutile par un homme de la police kcrète qui assistait à l'interrogatoire.

—S'il. n’a pas d’ennemis, pensa-til, ce sont voleurs qui l’ont assailli, et si ce sont les oleurs, ils étaient à l’auberge de Le Colombe iclorieuse, Celui qui l’a appelé dans l'ombre,

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près-duiquel, savait qu'il devait passer snrla M 40 grève :à cette. heure de ‘la soirée. Comment Æ £: pouvait-il le :savoir? Pagé était arrivé à D fr Québec vers le soir. Il-étaitentré ñ La Colombe oil victorieuse et s'y était. attardé malgré lui. Il À js n'avait pas été ailleurs.ce jour-là. D cou L'officier écrivit mot à mot, le récit de Pagé à Des quand ïl raconta, jusque dans les moindres BE On détails, eomment il avait trouvé le muet s à bois noyant dans un canot submergé, et comment is il l'avait sauvé. ‘On avait fait venir Richard. M six Il confirma pleinement la déposition de son ami. Pour ne rien laisser dans l'ombre, on avait demandé à Richard de pronver qu'il ne se trouvait pas sur la grève au moment où l'assassinat avait eu lieu Ilest évident, pens le limier de la police que Richard. ne:se int pas, nommé :s'il eut. voulu :commettre un meurtre. Au reste.Richard n'eut pas de peine à faire la preuye que l'on demandait. . Pagé voulut, s'y, opposer, disant que c'était faire injure au caractère loyal de son. concitoyen mis la justice a des exigences terribles.

L'innocence du muet ressortit de la manir@u), . la plus évidente de,ce minutieux interrogiurre toire. Lie peuple de la ville s'émnt, et demandison

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LÉ FÈLERIN DE SAINTE ANNE. 9g

que cette malheureuse victime des méchants fut mise en liberté, sans plus dé retard ni de formalités. 11 y eut des rassemblements aux coins des rues, et! l’on se porta en foule. à la viille prison. Le shérif arriva bientôt. El voulut haranguer la masse et la disperser.

Des cris formidables s'élevèrent. : Il eut petit. 0n voyait; au-dessus des têtes, des pièces de bois tortes comme des béliers,

—Quand' la justicé se trompe, cridient des toix, c'ést aù peuple à réparer ses erreurs !

—D'autres disaient : La justice est aveugle, mais nous voyons clair, nous autres!

Et d'autres: Soyez aussi fins que vous avez été sots: trouvez les coupables après avoir puni l'innocent.

Et d'autres encore: Vox nopuli vox Dei !.… Le peuple le veut, ouvrez les portes de la prison:

Ily avaît des moments de grande anxiété.

Tout à coup l’on aperçoit, dans le cadre noir

ie la sombre porte, une figure douce et

ble: C'est lui! hurle la foule, et un immense lcürral monté, jasqu'au ciel, ét’ Pantique rison tressaille jüequ'en sés fondements: Le

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muet est enlevé ei porté sur les épaules de la D fouie triomphante. 1l pleure. Ce change.

ment subit de fortune le touche extraordinaire.

ment. On le porte loin. Quand il aperçoit

l'église paroissiale, il fait signe qu'il désire y à entrer. La foule s’agenouille avec lui au pied Î des antels. Le prêtre qui l’a visité dans son à P0! cachot sort de la sacristie, et reste stupéfait à UE: la vue de cet empressement inaccoutumé du

peuple à visiter le temple du. Seigneur. Il M aperçoit le muetet comprend tout. IlvientàS à lui, le presse sur son cœur, récite à haute... voix une prière d'action de grâce, et emmène Le

chez lui le prisonnier libéré. La foule se dispersa. L'homme de la police secrète qui avait assisté à l’interrogatoire, ‘alla frapper au] presbytère et demanda à voir l'hôte nouveau du curé. Cet excellent prêtre était le même qui avait pris sous sa protection Geneviève et Marie-Louise, et leur avait ménagé un asile à la campagne.

L'homme de la police fait dé nombreuses questions au muet, et s'avise de lui demande s’ilconnaît les voleurs. Il est atterré en quelqne sorte de la réponse du.muet, qui fait un signe affirmatif, et il demeure silencieux pendant un minute.

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—$Sont-ils nombreux ? demande-t:il.

Le muet ouvre la main, montre les cinq doigts.

—Ils sont cinq ?

Le muet affirme de la tête, puis, fermant le

pouce et l'index, élève les trois autres doigts, et montre du côté de Lotbinière. .

— Ils étaient trois pour commettre le vol ?

Même signe affirmatif.

—Pouvez-vous les retrouver, les reconnaitre, ne dire où ils se cachent ?

Le muet fait signe que oui, Le limier n’en peut croire ses yeux. Il éprouve une joie indicible.

—Je vais enfin, pense-t-il, purger la ville de œtte canaille..... Ils seront fins s'ils m'échappent !...…,

Depuis longtemps, en effet, ces brigands terçaient avec impunité, aux dépens des bnnêtes gens, leur infâme métier, et ils avaient déjoué toujours, et toujours dépisté, grâce aux travestissements de toutes sortes dont ils aient, les recherches de la police et les préautions de tout le monde.

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“montant les degrés nombreux de l’escalier, en

102 LB -PÈLARIN. DE SAINTE ANME,

Le limier pria le muot de.le. conduire an À ji repaire des voleurs, Ils sortirent. A quelques Æ él ‘pas du presbytère, dans l'escalier de la côte de

la Montagne, le muet voit monter aux. côtés à d'un homme vêtu d’étoffe grise, une jeune tal

fille humblement mise, mais d’une tournure fort remarquable. Non cœur à ls reconnaître dev: est encore plus vif que ses yeux. Laifillette s'arrête soudain. Ses regards viennent de rencontrer les regards mélancoliques du joie — garçon : Le muet ! Joseph ! fit-elle tout haut, dans sa surprise. Bélanger qui compte en les

oublie le nombre.

—Où ? demande:t-il.

Noémie n’a pas le temps de répondre; le muet est près d'elle et luj tend la main avec une émotion et un plaisir qu’il ne cherche pss à déguiser. La jeune fille met dans cette main franche ses doigts délicats, et elle dit à son ami qu’elle est bien heureuse de le voit rendu à la liberté. Elle lui affirme aus qu'elle ne l’a jamais pensé coupable, Le mue repose sur elle un regard de sincère recon naissance. Bélangér le félicite à son tour, 4 te l'invite à venir à Lotbinière. ‘Noémie réitèrgtpous

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LA RÈLEBIN DS SAINDE ANNS. 403

l'invitation, et de rayon de son il noirestplus éloquent encore que sa douce voix.

Le muet conduisit l’homme de la police æcrète à l'auberge de d'Oiséau de proie. Li'hôtdlière était seule: de bouge était désert. La vieille Labourique pousse run eri de joie-en se levant de son ‘fauteuil disioqué et court vers sn ancien protégé:

Mon Dieu Seigneur ! c'est toi, Djos?...Ah!

jp savais bien que tu n'étais pas un voleur, ni um méchant garçon !......moi qui t'ai presque levé !......moi qui te regarde comme mon enfnt!........Oui, monsieur, continue-t-elle, en tadressant au compagnon du muet, oui, monseur, ce garçon-là......c'est comme mon enfmt!......je suis une mère pour lui, une vraie ère... Vous pouvez croire que j'avais du dagrin de le voir condamner comme voleur, noi qui suis si honnête femme, Dieu merci au bn Dieu ! Je ne voudrais pas, pour tout l'or dy monde, que ma maison passât pour avoir ibrité, ne fut-ce qu’un jour, un voleur, ou un fétbauché, ou... non !

Etelle embrasse Le muet qui:est tenté dela pousser, mais se laisse fairé pour me pas

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