AMO TE
L’ex-élève revint chaque jour à la Colombe viclorieuse. La mère Labourique le prit en aversion et lui garda rancune. Emmélie se plaisait à l'entendre parler de ses voyages et des chantiers. Il était gai ce Paul; il racontait avec verve, et ne se gênait pas de glisser des mots latins dans ses discours. Cela faisait rire: c’est tout ce qu'il voulait. Une aimable familiarité s'établit bientôt entre les deux
jeunes gens ; un sentiment doux et mystérieux
s'éveilla dans le cœur de la jeune fille. Elle ne le combattit point, mais se laissa bercer par ces douces rêveries qui révèlent l'amour, comme les vapeurs révèlent la chaleur des sillons nouveaux......lL’ex-élève devina bien la cause du ‘trouble de sa nouvelle amie, et comprit le langage de ses grands yeux d'azur. Il en fut étourdi dé bonheur. Jamais il n'avait osé croire qu'une belle femme put l'aimer sérieusement. Pendant quelques jours, il
oublia tout: compagnons, famille, chantiers, pour se plonger dans les douceurs de cet amour pur-,et sans remords. Il se sentait aimé, il aimait de toute son Ame, et pourtant, il n'avait pas dit une parole qui put trahir son secret, il n'avait pas reçu le plus mince des aveux. Mais ceux qui ont aimé—-et où sont les malheureux qui n’ont pas bu à la coupe divine d’uf amour pur, au moins une tois dans leur vie ?#-ceux qui ont aimé et qui ont été aimés savent bien que les premiers et Les plus doux aveux sont portés, d’un cœur à l’autre, sur les rayons de ces regards longs et suaves qui se rencontrent, se mêlent, se confondent, et font tressaillir tout notre être d’une indicible ivresse. L'ex-élève et Em mélie s’aimaient donc en silence, et n'osaient avouer tout haut ce qui.faisait leur délice.
Plusieurs des garçons de chantier, rassasiés des faciles plaisirs qu’ils avaient: goutés à la ville depuis leur arrivée, se préparaient à aller dans leurs familles, voir la vieïlle- mère, voir le père, les frères et les .sœnrs oubliés trop longtemps. L'exélève voulut aussi se rendre dans sa paroisse natale avant de repartir.pour iles hauts. Îl était de. Descham-
rem et d soleil pâle Jjaseu ayec doute Je:
instan de la j —D —P.
ntiers, le cet entait artant, ir Son ce des ù sont coupe is dans »nt été es plus l'autre, suaves ondent, indiciimaient ut haut
ssaslés és à la aient à a mère, oubliés pssi se de re- »scham”
beault. Son père et sa mère vivaient encore, et la maison paternelle était richement peuplée d'enfants,
--Je ne partirai pas d'ici, pensait-il, sans avoir fait ma déclaration à Emmélie. Le premier est toujours le ‘premier. D'autres
peuvent se présenter en mon absence, et qui sait 7...
Faire sa déclaration, celg devint son idée fixe: il ne put s’en débarrasser. (Cette idée k faisait sourire et trembler tour à tour, le remplissait d'espoir et de crainte, de douceur et de trouble.
Il entre plein de cette pensée, un jour de soleil, à La Colombe victorieuse. Cette fois il est pâle et il ne sait que dire, lui d'ordinaire si jaseur. Emmélie vient s'asseoir près de lui avec son tricot : elle est rieuse ct paraît ne se douter de rien.
Je vais partir, Emmélie, dit-il après qusléu instants, en poussant un gros soupir.
Vous allez partir ? répète la voix fraîche de la jeune fille.…....où allez-vous ?
—Dans ma famille.
—Pour longtemps ?