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38 LB PÈLBRIN DE SAINTE ANNE, —Quinge jours ou.trois semaines.
Ah Cette exclamation signifiait à coup sûr : Pas
plus longtemps! L'ex-élève sent un froid
dans le fond du cœur. Il reste, un moment
sans rien dire. Puis, ramassant ses forces, il reprend :
— Vous ne trouvez pas sal bien long, vous; mais moi !...…, .
—Je croyais ue vous parties pour les dhèsr tiers. :
—Je monterai dans les bois ensuite. — Pour tout l'hiver ?
— Pour tout l'hiver, et peut-être une partie |
de l'é été...
La jeune fille baisse la tête:
—Viendrez-vous à Québec, dit-elle, avant de partir ?
—Peut-être ?
#-Pourquoi ne viendriez-vons pas ?
—Pourquoi y viendrais-je.?...….
Emmélie reste à son tour longtemps silencieuse ; à la fin elle dit :
En
ses ç
saisit
ir : Pas n froid moment orces, il
g, VOUS;
es chan:
— Vous avez sans doute quelque bonne amie
à voir avant de vous éloigner pa un temps si long ?
L'ex-élève fixe sur Emmélie un regard plein de tendr esseet de reproches. Ælle ne peut soutenir ce regard qui la trouble et elle se, met à jouer avec ses broches, faisant et défaisant les mailles de son tricot.
—Personne ne tient à me voir, moi, conitintie lamoureux garçon.
—Personne? repart Emmélie en ui rendant son regard éloquent.
—Connairsez vous quelqu'un ?
—Oui!
—Qui donc ?
La jeune fille ne répond pas.
—0O Emmélie, si c'était vous!
Emmélie se détourne. Une larme mouille ses cils blonds.
L'ex-élève, dans un transport délicieux, lui saisit les deux mains:
—Emmélie, s'écrie:t-il, je vous aime !
Emmélie sourit et dit après un instant de silence.
—Ne soyez pas longtemps à Deschambeanlt, —Emmélie, m'aimez-vous ?
—Méchant! va!
. —Dites-le moi !...... 1l est si doux d'entendre dire: je vous aime! oh! dites-le moi! si vous m’'aimez....….
— Vous le voyez bien pourtant!
—Jamais personne ne m'a dit à moi: je vous aime ! jamais!
—Je vous aime!
La voix qui murmure ce tendre aveu est &i timide, si faible que l’ex-élève l’ouit à peine. mais elle résonne dans le fond de son äme comme une musique suave, et ; fait tressaillir, comme la voix des oiseaux qui se poursuivent ou se recherchent, sous ies bois, fait tressaillir le feuillage.
Les heures qui suivirent furent des heures de délices. On ne décrit point les sensations de ces moments ineffables, On ne s’en rend pres que pas compte. On oublie tout, douleurs, regrets, haïines, plaisirs, espoirs, pour se plonger dans une pensée unique : je suis aimé ! On laisse la terre et ses bruits, on plane haut dans le ciel calme; on flotte dans un océan de
Y d to
‘LE PÈLERIN DE SAINTE ANNE. 4l
voluptés ; on se laisse emporter par un souffle
Rault divin; et il semble que l’on monte toujours,
D toujours vers un soleil radieux qui nous attire. tendre “Plusieurs habitants entrèrent à La Colombe a LE viclorieuse et causèrent en sablant que
verres de liqueurs.
Quand l’ex:élève ebrtit, il y »veit de Péclat je vous dans ses yeux, des rayons sur sa figure. Il : souriait. Les vieilles maisons de la rue Champlain lui parurent propres et coquettes; il trouva des parfums dans l'air méphitique, et
eu est : du soleil dans les rues sombres. Il avait besoin peine: d'épancher son bonheur, de jaser follement, on àme de rire à tout le monde. Il entra chez la mère essaillir, Labourique.
rsuivent
essaillir —Bonjour ! Paul, bonjour! monsieur l'a-
moureux ! lui crient ses amis.
eures de ations de nd pres louleurs, | se plon:
imé ! On aut dans céan de
—Bonjour ! les vieux, bonjour !
—On voit bien qu'il y a une jolie fille de de l’autre côté de la rue, vous ne mettez plus
les pieds ici, débite la vieille hôtelière, d’une voix amère et sèche.
— Virgo virginum! répond l’ex-élève, heureux de retrouver son latin.
Picounoc qui avait aussi fait plusieurs visites à, l'auberge voisine, ajoute:
C'est une vraie belle fille, en effet.
-Comms rare da, créatures! continue Lefendu.
Picounoc reprend : Paut je l'avertis, fais bonne garde, je t'enlève ton amour.
: Prop tard, mon cher, trop tard !
| Mffstu déjà si avancé ?
Belle demande!
—Comment as-tu dit cela ?
—J'ai dit: mo te !
—Et elle ?
—Elle ? bien ! elle m'a répondu: Æmo te !
—Et toi ?
—Moi? j'ai dit: A la vie, à la mort, wsque ad mortlem !..
—Et.elle ? — Elle? Batiscan ! elle a dit que vous êtes une bande de farceurs.
On éclate de rire.
—Y a-t-1l beaucoup de gens qui fréquentent cette maison, demande l’hôtelière.
risites
1e Le-
is, fais
no te !
ous êtes
: uentent
LE PÈLERIN DE SAINTE ANNE. 43 —Toûs les honnêtes gens !
—ÆEt la canaille vient ici, je ps ri ht que-t-elle, d'un air mécontent.
— Vous n’entendez plus la risée, mère Labouriqué ; je badine et vous vous fâchez?
—Quand je parle, j'aime. bien am on me réponde.
—Il rentre assez de gens, en effet, dun cet hôtel, Tout y est si propre, si net, si bien arrangé.
—Ce n'est pas comme ici! marmotte la vieille.
—Cela se comprend, observe le chef des voleurs, l'intérieur à été repeint à neuf, et puis il faut attirer les pratiques.
—Les habitants qui y sont entrés, tantôt, en sont-ils partis ? recommence l'aubergiste, d'un ton un peu radouci.
--Non madame, ils vont souper.
—D'où viennent-ils ?
—[l y en a un du Cap Santé et deux de Saint Thomas. Savez-vous, continue l’exélève, en s'adressant aux autres, que cet habitant du Cap Santé est venu à Québec pour
parler du vol de Lothinière aux avocats. C'est le même qui a dit en sortant de l'audience :
Cette sentence est injuste, et ce garçon n'est pas le voleur! .…..vous vous en souvenez ?
Il y eut un mouvement de surprise parmi les brigands. Cependant le chef reprit son sang froid et tâcha de savoir, par des questions subtiles, ce que voulait dire ou voulait faire cet habitant. L’ex-élève lui fit part: de ce qu'il avait appris. Alors le chef proposa d'aller prendre un verre avec ces braves cultivateurs, à l'auberge de La Colombe victorieuse. Sa proposition fut acceptée de tous. Il s’approcha de Charlot, lui glissa un mot à l'oreille et fit un geste de la main. Charlot répondit par un signe de tête.