‹ Le pèlerin de Sainte-Anne [microforme] (volume 2)Chapitre 8 sur 56 · UNE LUEUR D'ESPÉRANCE · texte numérisé non relu

UNE LUEUR D'ESPÉRANCE

En sortant de La Colombe victorieuse, le vieux Saint Pierre, le maître d’école, le charlatan,

s'était

esprit, existe

La dait :

passe secon de les 10C

Jolie aux Josep etai | caus

ppuyl

a me

rs Les bont ment, Il a illoux.

ux de u malans la u sang, Quand couvert en sen pas me ux cela oins de

le vieux ] arlatan,

Robert et les gens de cage étaient entrés à L'Oiseau de proie. La bonne femme Labourique leur dit en guise de bonjour: Vous avez trouvé le jeu beau.

Picounoc répondit: Pas le jeu comme les femmes ! Tordflèche ! qu’elle adorable blonde! jy retournerai.

—Pourquoi n’y êtes-vous pas resté ? répliqua la vieille fortement contrariée.

—Pour avoir le plaisir d'y retourner.

La Louise ne se montra point. Elle bou:

dait ses vieux amis. Poussedon proposa d'aller passer la nuit dans la rue St. Joseph. Lefendu seconda la proposition. Les voleurs promirent de les aller rejoindre pendant la nuit. Picouuoc était trop absorbé dans la pensée de la jolie blonde d’en face, pour trouver des grâces aux beautés douteuses de la petite rue St.

Joseph. Ilresta à L'Oiseau de proie. Le chef

étant approché de lui, tous deux se mirent causer, comme s'ils eussent été seuls. Racette Sétait jeté sur le banc et, demi-couché, la tête

ppuyée sur sa main, il repassait dans son esprit, les incidents variés de sa nouvelle existence. Robert et le Charlatan parlaient

de la vente du sirop de la vie éternelle, et du prix élevé du bois carré. Picounoc dit au

chof: P

! —Tordflèche! Je suis mordu au cœur. Je et

il donnerais dix ans de ma vie pour devenir le : fidèle et légitime époux de cette jeune fille.

—Est-elle farouche ? brû

—Brrrrrr !... farouche ! comme une le. de]

vrette que les chiens ont chassée !.....j'ai voulu 4

év

lui toucher le petit doigt, rien qu'un peu, comme cela, mademoiselle s’est retirée aussi vite que si je l’eusse brulée.

— Elle s’apprivoisera.

— Varenne ! elle ne comprend que le latin À

de Paul.

—Laisse faire ! elle ne sera pas deux ans derrière un comptoir d'auberge sans perdre un peu de sa rigidité.

—Tordfièche ! pense-t-elle que je vais 13 De tendre deux ans ?

Le chef se prit à rire.

—As-tu l'intention, dit-il, de brusquer l'a M a, taque, et de prendre la place d'assaut ?

et du —Si j'étais certain de réussir, je ne dirais it au pas non.

—On pourrait peut-être s'entendre tous deux ir. Je et agir de concert ?

renir le —Avez-vous des intentions pour la mère ? fille. —Je ne vois plus qu'elle au monde. Je brüle d’un feu dix fois plus ardent que le feu le de l'enfer. Je me sens dessécher depuis une is | heure, comme les arbres que les incendies qé Sa dévorent.

ée aussi —kRien que ça ?

—C'est un martyr épouvantable. Si je meurs ainsi je monte au ciel en corps et en me.

— Hormis que votre corps ne soit tout consumé.

le latin

eux aus

—Cette repartie amusa le vieux cynique s perdne |

qui reprit : Et tu crois qu'Emmélie aime l’exélève ?

—J’en suis trop certain.

—Alors ne te berce pas d’une espérance vaine, comme dit la chanson.

—Tordflèche ! c’est bien embêtant !

— As-tu du courage ?

—Si j'ai du courage ? En voilà une de-

vais a

quer l'at| ?

mande ! J'en avais une provision considérable et je n’en ai pas dépensé une miette,

— As-tu de la sensibilité ?

—Une sensibilité extrême quand on me fait du mal; pas la moindre quand je fais du mal aux autres,

—Si une jeune fille te suppliait, par tout ce qu'elle a de plus cher au monde ou ailleurs, de la respecter, et de t'en retourner gros Jean comme devant, que ferais-tu ? di

—Pour cela, par exemple, Picounoc est le chevalier le plus parfait de la terre; il n’entend pas badinage là-dessus..…....Je la respecterais comme si elle était ma femine.

Un éclat de rire partit du fond de la salle.

C'étaient Robert et le Charlatan qui trouvaient drôles les questions et les réponses des deux amoureux, :

Au même instant la porte s'ouvre et Charlot entre. On ne peut rien lire sur sa figure im: passible. 11 jette les yeux autour de la pièce pour reconnaitre ceux qui sy trouvent. es bottes sont crottées, ses mains, sales et légèrement tachées de rouge. Il passe dans la

srable

me fait qu mal

tout ce eurs, de os Jean

c est le il n'enrespecte

la salle.

ouvaient des deux

t Charlot gure im la pièce ent. Des sales © e dans là

| cience.

cuisine. On l'entend se laver. Le chef le

rejoint dans cet appartement enfumé.

— L'affaire est-elle faite? demande:t-il tout

bas.

—]1l en a pour son compte,

—Tu n'as pas été vu ?

—Pour qui me prenez-vous ?....…

—Je sais, je sais ! il fait noir !

— Noir comme chez le loup.

—Une balle ?

—Une pierre. Un cailloux fait exprès. Il

est tombé du premier coup, et ne s’est pas relevé.

—As-tu continué ?

—Sans doute, et j'ai fait la chose en cons- S'il n’est pas mort, il a la vie dure.

—Cet individu aurait fait acquitter le muet, et qui sait ensuite ce qui serait advenu.

Les deux brigands reviennent dans la salle d'entrée, Le chef était rayonnant.

—Prenons un coup à la santé de ce pauvre muet injustement condamné, dit-il, et fasse le ciel que son innocence soit reconnue |

La santé fut bue avec enthousiasme.

—Les gens des chantier sonit bien des vices, remrqua Picounoc, mais j'aurais gagé dix piastres contre une que Djos n'était pas cou. pable.

— Viens ici, Picounoc, dit le chef en tirant le garçon nasillard par la manche de sa vareuse, ‘nous n’avons pas fini de causer de nos adorables voisines.

—Batiscan! ne m’en parlez plus, la tête me fend, le cœur me brûle. Je vais devenir fut rieux.

—J'ai une chose à te proposer.

—Quoi ?

—Si nous allions tous les deux à La Colombe victorieuse... tu comprends ?

—Je comprends que l’on nous flanquera à la porte.

— Non pas! nous irons comme tout le monde y peut aller. Nous souperons, nous veillerons, nous serons sages pour ne pas exciter les

soupçons, et nous dem2nderons une chambre.

—(C'est une idée.

Il faut de la détermination,

—J'en aurai.

vices, —Nous choisirons une nuit de pluie: la po-

6 dix lice se met à l’abri quand il pleut.

gs COU- —Et nous choisirons une nuit où l'auberge de La Colombe n'aura point d'hôtes,

irant le —Est-ce compris ?

areuse ,

. Aer * —C'est fait. Tordflèche! je m'en fiche! je

| partirai de suite après, pour aller voir ma mère que je n'ai pas embrassée depuis quinze ans,

tète me et les embrassades finies, je remonterai dans

enir fut les chantiers.

Pendant que le vieux Saint Pierre et le vagabond Picounoc, forment des projets mfâmes, la jeune Emmélie et sa mère entrent

, Colombe dans leur chambre modeste pour se reposer des fatigues de la journée. Elles ne regrettent pas d'avoir vendu leur terre, car la maison qu'elles viennent d'ouvrir est passablement achalandée. L'avenir leur apparaît plus serein que le passé. Emmélie songe à son nouveau cavalier. L'ivresse de ce premier amour la transporte dans un monde enchanté. Déjà elle se brode une existence toute de bonheur et de jie. O douces espérances des cœurs aimants !

Ô doux rêves du jeune âge ! que vous apportez de charmes à la vie ! que vous semez de

quera à

le monde : illerons, citer les hambre.

fleurs sur nos pas! etque l'on.est heureux de LE ,, ne pas deviner comme vous vous.envolez vite! ff, Emmélie et sa mère venaient de céder aux ton douceurs du sommeil, lorsque trois coùps ré violents firent trembler ‘la porte de l'auberge. E | ÿ Le sommeil s'enfuit comme l'oiseau qu’effraie ten la détonation du fusil. Elles se levèrent en à | tremblant et vinrent ouvrir en se mettant sous

ai la garde de Dieu. pla)

des Pendant que; par -dérision, lon boit à la heur nié du muet, dans l'auberge de la mère est se Labourique, couché sur un grabat sale et lisera dur, dans une cellule humide, un infortunéÆ de la jeune homme pleure en silence. Les ténèbres paroi enveloppent la vieille:prison de la rue St. St qui c nislas ; mais ces ténèbres n’ont rien d’affreur L comparées à celles qui remplissent les triste ‘a né corridors et les cachots infects de l'asile del, 4 criminels. Kt le jeune homme réfléchit surk “M ’ malice et l’aveuglement du monde. Il s de D demande, dans son ignorance, pourquoi Die Ltée ; permet que le wrensonge et l'injustice triom fon h phent de la vérité... Il sent bien qu'il a de nntésié fautes à expier et que.le.châtiment, de que ie que part, on sons quelque forme qu'il viennæ

cellul lepurifiera,. Il se soumet car il.est repentarf était él

reux de lez vite!

der aux g COUPS auberge.

qw effraie

rèrent en à

ttant SOUS

boit à la e la -mère t sale et infortuné 8 ténèbres ue St. Star d'affreur les triste l'asile des chit sur ide. Il # quoi Die tice trion qu'il à de nt, de que

il vienné

repental

cellule s'ouvrit et äfi prêtre entra.

Un profond-silence règne autour dé lui, silence effrayant comme celui de la tombe. Il n’entend' pas le‘vent murmurer à travers les barreaux de fer de la fenêtre: la nuit est calme.

Il voudrait que la témpêéte s’élevät. Il en-

tendrait peut:être, comme des échos perdus

et lointains, les plaintes des rafales ; et ces

plaintes! se 1 ‘leraient: aux siennes comme

des voix amies.et plaines de pitié. Le: mal:

heureux s'attache à tout: le: prisonnier: qui

est seul dans son cachot se fait des amis du

liseron qui s'étiole devant sa fenêtre étroite,, de la brise qui dessèche, aux jours d'été, les parois. humides de son tombeau, et du grillon

qui crie sous la pierre de la porte.

Le muet,, car c’est lui qui pleure ensilence, s'attendait à chaque instant de partir pour le pénitencier. Il croyait que chaque jour nouveau, que chaque nouvelle nuit étaient les derniers qu'il allait passer dans son cachot, Il frémissait à la pensée de l’infamie dont son front allait être marqué. Il s'endormit en songeant à sa mère, ét son sommeil fut paisible. Dès que le: jour parut, la porte de sa Le muet était levé depüis â8sez longtemps et priait à

genoux devant un petit crucifix qu'on lui avait permis d’accrocher au mur. Le prêtre s’'agenouille près de lui. Tous deux s’asseyent après quelques minutes. Le muet est triste, le prêtre a un reflet de joie dans les yeux. Il prend la main du prisonnier et la serre amicalement :

: —Ayez confiance, mon enfant, dit-il, Dieu ne vous abandonnera pas. Il semble vouloir faire triompher votre innocence.

Le muet regarde le prêtre avec étonnement.

Le ministre du Seigneur continue: Un habitant du Cap Santé est venu à Québec, et il raconte qu'il vous a sauvé d’une mort inévitable et barbare,

Le muet rayonne de joie et regarde le crucifix,

—Déjà l'esprit public se réveille, ajoute le prêtre, et l’on veut savoir ce qu'il y a de vrai dans ce récit. Malheureusement l'habitant qui peut vous sauver est dans un état des plus lamentables. Ila été assailli et battu cruel: lement, hier soir. On l’a cru mort. Il est à l'hôpital. Les médecins ne savent encore s'il recouvrera la connaissance, et s'il pourra

on lui prêtre seyent triste, ax. Il amica-

Jieu ne ir faire

1ement.

n habice, etil t inévi-

le cru:

joute le de vrai ant qui es plus cruel- 1l est à ore sil pourra

parler. Cet événement fait sensation, et confirme en quelque sorte la vérité des paroles qu'aurait dites ce brave homme. Il est

évident que les voleurs ont intérêt à le faire

disparaître. On n'explique pas autrement l'assaut dont il a été la victime. Votre départ sera nécessairement retardé, et probablement que l'on vous fera un nouveau procès...

Le prêtre parle longtemps encore au prisonnier, et fait descendre dans son cœur brisé un rayon d'espérance.

Page 1