DATE
DÉS te Sent A de Tong
départ du bateau de Lotbinière, afin de voir si le maître d'école et l'enfant prendraient passage à bord. Ily vint en effet, et c’est: ce qui explique sa présence à l’Oiseau de proie au moment ou son oncle y entra avec le charlatan.
Joseph n'était plus ce jeune homme cynique et pervers que nous avons vu dans les chantiers, buvant mieux que les autres, jurant davantage, blasphémant le nom de Dieu plus gaiement.
Le châtiment terrible dont il fut l’objet le convertit. Quand une force invisible enchaïina sa langue, que ses lèvres s’agitèrent convulsivement pour ne laisser passer qu’un râle affreux, que la colère du Seigneur offensé se manifesta d’une façon si terrible, il se prit à trembler; il crut qu’il allait mourir; que la terre s’en: trouvrirait pour l’engloutir tout vif. Ses crimes passèrent devant ses yeux comme une volée d'oiseaux sinistres. Il fut effrayé …. Si jeune encore, il n’en put compter le nombre, ni comprendre la grandeur. Ilrevit les jours de son enfance, alors qu'il avait encore la suinte innocence du baptême, et des larmes de regret mouillèrent ses yeux hagards, fl revit, comme dans un rêve, sa mère mourante qui lui demandait de réciter un Ave, Maria, chaque jour, et
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il eut honte de sa lâcheté. Il tomba à genoux et récita mentalement la prière angélique, suppliant sa sainte mère de le prendre en pitié.
Ses compagnons rient d’abord, Ils oroient à une facétie et applaudissent. Le camp tremble sous les lazzis et les battements de mains. Le muet à genoux se frappe la poitrine. L'un des hommes de chantier, Picounoc, s’écrie : Le damné ! je ne le croyais pas si drôle!
Drlus est ! dit l'ex-élève.
—C'est assez de singeries, lève-toi ! repart Lefendu. |
—Tu nous fais mourir, farceur, ajoute Poussedon.
Djos, reste à genoux et pleure.
— Baptême ! hurle Picounoc, es-tu fou ?
— Il est saoul !
L'ex-élève lui donne une accolade avec le pied et le fait tomber en avant. Alors, le muet se lève et sort de la cabane. Ses camarades le voient s'enfoncersous les grands pins chargés de neige, tête nue et sans capot. Plusieurs commencent à soupçonner quelque chose
d’extraordinaire. Paul Hamel dit pour leur ôter cette idée sombre : Si quelqu'un a mérité d'être puni, c’est moi! puisque c'est moi qui lui conseillais de faire ce qu'il a fait. Or je parle, encore comme rare de créatures, et le bon Dieu n’a pas l’air de s’en apercevoir ; donc ce n’est pas Lui qui a puni Djos; done Djos est plus fin que vous autres, et il vous mystifie. —Mais il pleuré ! observe le couque.
—Toi, tu n’as pas voix délibérative au conseil, réplique Piconuoc,..……. ferme!
—Délibère avec ta marmite, dit Tintaine.
—Cum marmité lu \ ajoute l’ex-élève qui sort de la cabane.
—Où vas-tu lui demande-t-on.
— Ecoutez ! audite ou auditolte, c'est la même chose, s’il est ivre, il faut veiller sur lui et ne pas le laisser périr dans les neiges éternelles, in ignem ælernum |, traduction. libre ; je ‘vais, je vois et je. viens ! Vent, vidi, vici! toujours traduction libre.
Va let que le diable t'accompagne.
—Merci ! c'est un meilleur compagnon que toi, Picounoc.
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Le .contre-maitre entra comme l'ex-élève
sortait. On lui raéonta ce qui venait d’avoir,
lieu. [l'haussa les épaules et avala un verre de whisky. Quelques moments plus tard l'ex-élève revint. IL était pâle et sérienx, lui d'ordinaire si gai, Tout le monde l’interroge à la fois, mais tout le monde à l'air de se moquer.
—Batiscan ! dit l’ex-éièveé, il y a du mystère
là dedans. Il est fou c’est certain, ou il est muet.
—Picounoc se dressa : Vas-tu croire à ces
châtiments que les curés nous prédisent ? toi, un garçon d'esprit.
—J'y crois quand je les vois, repart l’exélève, qui parle sérieusement pour la première fois de sa vie.
—-Où est-il? que fait-11? l’as-tu vu ?
—[l est à genoux sur le gros pin que le vent a renversé l'autre jour et il pleure.
Une exclamation de surprise s'éleya sous le
toit enfumé de la cabane, et plus d’un visage pâlit.
—Je l'appelle, il se retourne, me regarde à
travers ses larmes, continue l'ex-élève,..…..fSi vous aviez vu l'expression de ses yeux.!...... Deux flèches de feu qui ont pénétré jusqu’au fond de mon cœur. Je Jui demande ce qu'il fait. Illève les yeux au ciel et se frappe la poitrine. Je le prie de revenir, il me fait signe qu'il va me suivre.
—Ët tu crois qu'il fait cela sérieusemnet, demande le contre-maître.
Oui, je le crois!
—On va rire tout à l'heure.
—Tiens ! le voici ! dit Sanschagrin qui venait d'entrouvrir la porte.
Tous les hommes s’avancèrent dans la porte ouverte. Djos entra. I! était pâle mais ne pleurait point. Les quolibets commencèrent à voler comme les premières étincelles d’un feu qui s'allume. Le muet n’y fit pas attention. Les plaisanteries redoublèrent. Il demeura impassible et se coucha sur son lit de sapin. De guerre lasse on se tut. Les uns crurent à uñe punition du ciel, les autres, à une boutade du joyeux camarade. Mais le soir vint ét la nuit s’étendit sur les bois sombres; puis le jour fit pleuvoir ses rayons sur les cimes des
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pins, et les hommes reprirent leurs travaux fatigants; et le muet ne parlait point. Et, pendant plusieurs jours et pendant plusieurs mois, la hache affilée retentit sous le dôme de la forêt, la scie vibrante mordit les pins résineux, les traîneaux sans /isses crièrent sur la neige ; et le muet ne parla point, Dans tout le chantier l'on finit par comprendre que la main de Dieu s'était appesantie. sur le malheureux jeune homme; mais peu d’entre ces gens dépravés se repentirent et cessèrent de blasphémer le nom du Seigneur. Tant il est vrai que les miracles ne convertissent presque jamais les cœurs endurcis.
Le muet priait avec ferveur, du fond. de l'âme, le matin avant d'aller à l’ouvrage, et le soir, après son rude labeur. Il ne redoutait plus les moqueries de ses camarades et restait, devant eux, longtemps à genoux. Il soupirait après le jour où, porté sur l'immense cage de bois de pin, il voguerait jusqu'aux bords aimés de Québec. Acceptant lé châtiment avec soumission, il espérait qu’un jour Dieu lui ferait miséricorde: -1l avait entendu parler souvent du sanctuaire de Ste. Anne, où tant de pauvres malheureux avaient ‘été consolés, ou tant de
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malades avaient été guéris, et il songeait à aller prier avec la foule des âmes saintes aux pieds des autels, dans ce temple de prodige.
L'hiver s'enfuit, les arbres reverdirent, les oiseaux revinrent à leurs nids de mousse. Les plançons furent mis à l'eau. Ils descendirent avec le coutant, péle-mêle, d'abord, ou seul à seul, selon les caprices de la rivière. Plus
“loin, quand la rivière devint plus large, ils furent liés et formèrent des radeaux. Plus loin
encore, quand ils arrivèrent au fleuve géant, les radeaux furent réunis en une immense cage ; et cette cage nous l'avons vue descendre avec les eaux du St. Laurent, s’échouer sur la grève de Lotbinière, puis arriver au CapRouge ; et nous savons ce que fit le muet,
Les hommes de la cage s'aperçurent de la
disparition du radeau qu’avaient volé Charlot
et Robert. Le contre-maître soupconna les canotiers qui lui avaient demandé du secours la nuit précédente ; il interrogea le muet qui
répondit par des gestes assez significatifs.
—Sais-tu, demanda le contre-maître, en-quel endroit les-canotiers ont amarré leur bois ? ?
Le muet fit signe qu'il le savait.
ser
ngeaità — Viens! alors. : 4 sprhees Il passait midi, le muet avait eu le temps 34 odige: de se reposer et de prendre sa part d'un bon LA ent, les déjeuner aux omelettes. IL part avec le con- sr sse. Les tre-maître. Rendus: à l'endroit où le canot Fe endirent s'était arrêté la:nuit précédente, ils virent des Te u seul à plançons bien, semblables à ceux qui compo- à re. Plus D saient leur cage, mais qui portaient une mar- à È large, ils M que différente. Deux hommes étaient sur la ts Plus loin grève, près du bois, et eausaient à voix haute. de géant, les L'un était mis en bourgeois : habit et pantalon à nse cage ; noirs, cravate large, col blanc levé jusqu'aux 1 Andre avec oreilles, et chapeau de soie: l’autre était en
r la grève vareuse, en pantalon dé toile et pieds nus. Le
Rouge; et contre-maitre de la cage s’approcha d’ eux. Le
muet les étudiait avec attention. .
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conna les du secours
Voulez-vous avoir l'obligeance de me dire d'où vient ce bois?, demande:t-il à celui qui porte la vareuse des journaliers.
— De St. Nicolas, répond bravement ele)
muet qui --Ne vient-il pas du CapRouge plutôt? ‘ ii jcatifs.. — Pourquoi (1 ee re, en-quel à --Parcequ’il me manque un radeau bien wo
r bois ? semblable à celui-là. Cart
Monsieur!
—-Ce bois, continue le contre-maître, n’a pas sa yraie marque: il a été estampé depuis peu, depuis qu'il est ici.
-- Voici le bourgeois, répond le journalier, sans perdre sa présence. d'esprit,
--Oui, messieurs, dit le bourgeois, ce bois
‘m'appartient. Il a été remarqué à neuf en
effet, vous avez raison ; mais il l’a été par ceux qui me l’on volé, et j'ai envoyé, cette nuit, des hommes le quérir à St. Nicolas.
— Alors, monsieur, fit le contre-maître, je vous demande pardon...
—Je comprends votre démarche et je vous pardonne volontiers.
Le muet était atterré. Il fit un geste de désespoir ; et quand il s’éloigna il regarda les deux hommes avec tant de mépris, il leur adressa, de la main, un adieu si insultant, que le contre-maître le réprimanda :
— Allons! dit:il, sois poli !
Le muet pencha la tête. Le bourgeois, c'était Charlot, et le journalier, c'était Robert.
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3, Ce bois , neuf en 6 par cCUX , nuit, des
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