‹ Le pèlerin de Sainte-Anne [microforme] (volume 3)Chapitre 49 sur 69 · L'ÉGLISE DE LA BASSE-VILLE · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE DE LA BASSE-VILLE

Quand le muet sortit de l'auberge de l’ Oiseau de proie, où se trouvaient réunis les voleurs et son: oncle Asselin, il était agité des plus poignantes émotions. Les paroles cruelies de son oncle retentissaient à ses oreilles comme un glas funèbres. Sa sensibilité d'enfant ne l'avait donc pas trompé, et'lui le fils d’une sœur de cet homme sans foi, lui l'héritier d'une ferme superbe, il avait été traité plus mal qu'un intrus, plus mal qu'un enfant du crime, Nul châtiment ne lui fut épargné, et jamais une parole de louange n'encouragea ses efforts pour le bien : on l'abreuva de toute sortes d’humiliations, et pouttant sa franche nature d'enfant se tournait vers le bien, comme la fleur vers le soleil. Une main coupable avait brisé la tige qui sortait d’un sol fécond pour porter de bons fruits ; une main infâme avait fait couler la sève vigoureuse du jeune arbre pour la remplacer par

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un suc vénéneux, et l'arbre avait porté des fruits amers, des fruits de mort.

—Malheur! oh! millefois malheur! pensait l'infortuné jeune homme, à ceux qui m'ont détourné de la voie droite où je devais marcher, et qui m'ont rendu un objet de honte et de mépris à mes propres yeux ! , Mais je me relèyerai ! Comme l'enfant prodigue, j'irai vers mon père !

Il entendait toujours les vœux criminels de son oncle, souhaitant que l'orphelin ne revint jamais ; l’histoire de la petite Marie-Louise égarée dans le bois, fut un éclair qui lui montra la vérité. Elle aussi la pauvre enfant était de trop dans le monde ! Elle aussi était toujours persécutée. ÆElle n'avait pas sa place au soleil... Son destin était écrit en lettres de sang. Sa vie devait se cacher sous un linceul. Plus de doute, l'enfant qu’il a sauvée est sa sœur, la petite Marie-Louise. (Cet entrainement irrésistible qui le poussait vers elle, c'était l’inspiration du Seigneur : cette voix puissante qui l'invitait à protéger de son bras et de son amour, cette frêle créature exposée à la mort, ce.n’était pas la seule voix dela. charité, c'était la voix sainte et mystérieuse du Sang.

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mée ? Racette ! prends-garde ! je puis pardon: ner le mal que l’on me fait, mais jamais je ne pardonnerai' le mal qu'on- lui, fera à elle ! à elle, ma. petite sœur, ma petite Marie Louise !....…. Elle ne retournera pas à Lotbinièré puisque mon oncle Asselin ne la veut plus revoir !.....Racette est sans doute le complicé de notre bourreau. 11 s’est fait appeler son oncle, lui cet étranger, pour mieux la prévenir et se l’attachet ! L'enfant est entre ses mains dépuis quatre jours !...:.[l'à en le temps de l'éloigner d'ici. ...Qui sait ? elle est peutêtre morte ?..... Mieux vaut la mort que la vie avec cet hObirié infäme!......Mon Dieu! si je: pouvais parler! Si je pouvais ‘écrire ! Heureux sont ceux qui né négligent jamaïs les leçons qu'ils reçoivent dans l'enfance, et qui mettent à profit tous les instants que Dieu leur accorde ! co Sije pouvais écrire! |

Ainsi pensait le muet. Et ces pensées tumultueuses tourbillonnaient dans son esprit comme les feuilles mortes que le vent d’automne enlève sur le bord des chemins. Il arrive, plongé dans ces réflexions, jusqu’à la rue Notre-Dame, tourne le coin et se dirige

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