‹ Le pèlerin de Sainte-Anne [microforme] (volume 3)Chapitre 67 sur 69 · AUX NOUVELLES QUE J'APPORTE · texte numérisé non relu

AUX NOUVELLES QUE J'APPORTE

Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis le vol, et le muet ne reparaissait plus.à Lotbinière. On le crut coupable. On admira l'art avec lequel il avait feint d’être le pupille d’Asselin, et personne n'ajontait plus foi à son mutisme. On disait qu’il avait fait le muet pour n'avoir pas à répondre à trop de questions, et surtout pour n'avoir pas à raconter mille choses que sans doute il ignorait. Ce qui l’aurait bien un peu embarrassé. L'éveil fut donné de paroisse en paroisse. Mais il avait traversé le fleuve ; le cheval d’Asselin trouvé sur la grève, et la disparition du vieux canot de Grégoire Houle le prouvaient bien.

--Pourtant, observait le père Grégoire, s'il s'est embarqué dans lé. vieux canot, 1l n’a pas dû traverser sans emplit ;. et, s'il à eraph, il doit s'être noyé... Un, canot plein d’eau ne porte pas un, homme.

Asselin descendit à Québec, pour demander

à Dame Justice de prendre sa cause en main, et de chercher le coupable. En débarquant il se dirigea vers la place du marché afin de questionner les habitants qui se trouvaient là réunis de toutes les paroisses. Le charlatan, monté sur son tréteau, versait les flots de son éloquence sur la foule ébahie. Quand il aperçoit Asselin, il s'arrête, descend, perçe le cercle de curieux qui l’envelope et va droit à lui. f

—-Monsieur Asselin, j'ai honneur de vous serrer la main : je sais votre malheur, je partage votre chagrin, et je suis prêt à vous aider de mes conseils et de messervices, dit-il de sa voix flutée, au cultivateur ému de tant de courtoisie.

—Merci, répond Asselin, vous-avez trop de bonté. <

—Pas du tout !.…..Tenez!......je n'y vaispas par quatre chemins, croyez-vous aux cartes ?

—Dame!. il y a de drôles d'adons parfois.

— Venez avec moi: Messieurs, dit-il, remontant sur sa boîte, je reviendrai tantôt par condescendance pour vous, et par charité pour mes semblables qui souffrent, vous distribuer

e en main, rquant il se é afin de ouvaient là , charlatan, flots de son

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quelques bouteilles de sirop de la vie éternelle. Sans adien !

—Il redescend, la fouie s’écarte. Suivi d'Asselin, il gagne l'auberge de l'Oïseau de proie.

—La mère, dit-il, une petite chambre, un jeu de cartes neuves et la Louise ! C’est important! Ah! j'oubliais de vous présenter M.

Asselin, de Lotbinière. M. Asselin a été volé il y a quelques jours de la façon la plus ignoble. Il faut que les cartes parlent.

—Entrez ici ! fait la vieille hôtelière,

La Louise arrive tenant, d’une main, une chandelle jaune comme sa gorge, et, de l’autre, un jeu de cartes. Elle allume la chandelle, la dépose au milieu de la table, sur une croix peinte en noir. Elle bat les cartes, les fait couper en trois par Asselin et regarde la carte de dessous de chaque paquet. Elle hoche le tête. Asselin ne présage rien de bon. Elle prend le premier paquet, l’étend en forme d'éventail dans sa main gauche et dit, en s'arrétant de temps en temps, comme pour lire dans le cœur des cartes:

.trLe voleur est un, jeune blond, .ILest seul et mélancolique, Il n’avouera point son crime... Il n’y a pas moyen de le faire parler...

Si c'est celui. qne je sonpçonne, repart Asselin, je n’ai pas de peine à le croire, il est muet.

‘La Louise continue : Il a passé l’eau...

avec beaucoup de peine.

: C'est ça ! s'exclame l'habitant !

‘La Eouise, toute à son devoir, poursuit :

—L'argent se retrouvets en partie...

— Est-ce possible ? | lei la tireuse de cartes dépose le premier paquet, soûfflé la chandelle, la rallume, prend le second paquet et dit :

.Vous avez un ennemi: cet: ennemi agit dans les ténèbres; personne ne le connaît. Il vent vous ôter du. bien... Il ira chez vous et vous. ne. le reconnaîtrez pas et vous l'hébergerez.…… Vous le regretterez, aussitôt, Vous finirez par triompher, mais ce.ne sera pas sans beaucoup de troubles, de peines et de dépenses d'argent.

Asselin est convaincu que lé dieble. parle

ILest seul on crime...

ne, repart roire, il est

ê Jeall.....

e le premier lame, prend

ennemi sglt

: connaît. I chez vous et vous l'héberssitôt. Vous \ sera pas sans t de dépense

| diable parle

par da bouche de cette fille étonnante. Elle ouvre le troisième paquet de cartes :

— Vous êtes sur la piste du voleur... Vous n'êtes pas loin l'un de l’autre. [l sait que vous le poursuivez ét se cache. Ilest seul, presque toujours seul. Il n’a presque plus d'argent sur lui. 1l tombera entre les mains dela justice.

La Louise n’ajoute rien de plus et remet les cartes sur la table.

—J'en sais assez long, dit Asselin. Vous tirez bien.

—Soupçonnez-vous auétauinhs ? demande le charlatan.

—Oui! c'est ce gredin de muet!.....:Je ne sais pas si vous le connaissez ?

—Le muet? Un gros garçon de. vingt ans environ, grand, musculeux, cheveux Blonds, œil bleu ciel ?

—Précisément,

—Si je le connais ! Mais c’est lui-même, M.

Asselin, qui'se trouvait ici il y à trois semaines, quand vous m'avez fait l'honneur d'accepter

un petit verre.

—Je ne m'en souviens pas.

—1l n’a pas voulu boire avec nous: vous ne l'avez pas remarqué ?.:....8i je le connais !...…. Ah! il est bien capable de vous dépouiller et d'en dépouiller d'autres, le brigand !

—Quelle est son occupation ?

—Ï]l ne fait rien et il fait toutes sortes de choses: L'hiver, il va dans les bois, puis il desrend sur les cages, puis il flâne sur. les quais et dans les auberges......C'est un rien qui vaille.

—I]l faut le pincer!

—C'est cela! il faut le pincer!.

—Combien vous dois-je ? demande Asselin à la Louise.

— Une piastre, monsieur.

L'habitant jette une uns comme il eut jeté un sou. :

Le charlatan lui offre un verre : ils sortent ensuite et reviennent sur le marché. Le docteur se hisse sur sa boîte de bouteilles; monsiéur Asselin se perd dans la foule et questionne tout le monde. Personne n’a vu le muet.

Comme il s'éloigne de la place, peu satisfait |

mnais !....

épouiller et

tes sortes de bois, puis il jàne sur les J'est un rien

md ande Asselin

mme il eu jeté

re + ils sortent rehé. Le dot” puteilles ; MON foule et quefr Br n’a vu 6

du résultat obtenu, il rencontre le maître d'école son beau-frère.

— Bonjour, José !

— Bonjour, Eusèbe !

—Comment vas-tu ?

— Assez bien. Et toi?

— Pas mal,

—Quelle nouvelle ?

Asselin n'a pas le temps de répondre, qu’une

autre voix, joyeuse et-nasillarde, répond en chantant :

Aux nouvelles que j’apporte,

° Mironton, mironton, mirontaine, Aux nouvelles que j’apporte, Vos beaux yeux vont pleurer !

C'est Picounoc qui descend la rue Laplace, gris comme un brouillard. Il est en compagnie du chef des voleurs et marche en zig-zag.

—Qui te parle à toi ? réplique Asselin offensé.

—Fâchez-vous pas, l'ami, c'est la chanson

Aqui dit ça, repart Picounoc, en courant une

bordée vers l’irritable cultivateur.

Tiens ! dit le chef, à son tour; c'est not maître d'école ! .….. et monsieur Asselin, crois.

C'est Monsieur Asselin, reprend Picoun eh bien ! qu'il aille chez la Bégin !

. —Allons! pas de grossièretés, mon pe ami.

—Non, monsieur Saint-Pierre, pas de gr sièretés...... monsieur chose, n'allez pas ch la Bégin, allez chez la mère Labouriqi plutôt !..... Je vons demande pardon si ; charité, j'ai le cœur en joie. Le vieux n payé un coup ; comme j'avais peur que ce!

le premier et le dernier, je l'ai pris un p fort. C’était la façon de mon oncle Norbe je tiens ça de lui...

——Et d'où viens-tu, toi ? demande le c

au maître d'école: on ne t'a pas vu def plusieurs jours.

: Je ne suis pas demeuré inactif! j'ai yaillé, j'ai fouillé toute la villeetises enviro les chiennes ! je ne sais pas où elles se:4 cachées ! |

+ (Grencvièveet Marie-Louise? demande selin. a

—Ta fidèle amie ? dit le chef, d'un ton mo- | je À queur.

à —Je les reirouverai, ou le diable m'em-

a Picounot, portera.

—Qui est-ce qui vous emportera ? dit Picoupetit noc.

—Tu es bien curieux, toi ?

rosi —Moi? je. suis curieux comme deux ou cheAtrois femmes. .

.—Je donnerais beaucoup, continue le maitre

. Le Te .. —Leur cachette ? répète Picounoc, payezjs peur que CE” Fous d'avance ?

On ne fait plus attention aux drôleries u jeune ivrogne, qui n'en continue pas joins à bavarder.

? demande ® | Elles ne sont plus au presbytère de Beau- La pas VU SP Ert? demande Asselin à son beau-frère.

Li cctitt j'ai t —Au presbytère ? je n'y vais point; on ne hré imac | eagironuse pas dans ces maisons-là, continue le pieenes | #68 étieux Picounoc que personne n'écoute.

LS e e ' as où

Non, répond Racette à Asselin, elles en emande t parties de nuit, et personne ne sait où

ouise d :s sont allées.

—Le charretier qui les a conduites à Beauport ? |

Un charretier ?......se hâte d'ajouter Picounoc, ily en a un là, qui n’a pas de voyage.

—On ne peut avoir raison de ce charretier répond Racette, il ne parle pas plus qu'un muet.

—Le muet ?le muet? ce farceur m'a diabiement fait rire, hier, reprend Picounoc. Je revenais du Saut...Vous ne m'écoutez pas ?.… Batiscan! je ne suis pas assez monsieur pour jaser avec vous autres! Et toi, le vieux, tu m'abandonnes ?......tout de même, j'ai bien ri en voyant le muet, hier...

— Hein ? fait le chef vivement intrigué, tu as vu le muet hier ?...…,

—File! file! repart le gaillard de Picounoc.

Ah! vous n'avez pas voulu m'écouter tout à J'heure......vous me trouviez ridicule ! je ne suis pasassez monsieur !..file !arrangez-vous !.. parlez ensemble !

—Allons donc! reprend Asselin, d’un ton doucereux, vous êtes trop susceptible, vous vous offensez d’un rien......On n’a pas voulu vous faire de grossièreté,

À tes à Beau-

d'ajouter Pi- 18 de voya8e:

ce charretier 8 plus qu'un

rceùT m'a diapicounoc. Je écoutez Pas fe monsieur pour j, le vieux va me, jei bien F

ent intrigué; tu

à de Picounoc.

écouter tout à ridicule ! je n° rrangez-VOUÉ

asceptible, vous

—Regardez-le donc !—Picounoc montre du doigt l'habitant décontenancé—Regardez-le donc! il veut m’'amorcer! c'est que Picounoc ne se laisse pas jouer de même. 3

—Sois donc raisonnable, dit lé vieux bandit, je te paierai encore une traite... voilà le monde qui se rassemble, allons à l'auberge de l'Oiseau de proie.

Le chef part le premier. Il est suivi de l'homme de cage.

—Ce diable de muet qu'il m'a fait rire hier ! œntinue Picounoc, gambadant sur le trottoir.

—Où cela ? demande le chef,

—Où cela? je ne le sais pas trop..…..sur le chemin de Beauport, je crois,

Ass:lin et le maître d'école écoutent de outes léurs oreilles.

—Qu'avait-il de drôle ?

—Nu-pieds, nu-tête, un chapelet à la main.

—Lui:as-tu parlé ?

— Beau dommage !

—Que lui astu dit?

—D'abord je lui ai dit: Es-tu fou?

—Ensuite ?

—Ensuite? je ne m'en souviens plus: je crois que je lui ai dit la même chose.

—Et lui? |

— Lui ? il m'a fait la même réponse. Je pars à rire; je veux l'arrêter; pas d'affaire ! Je lui offre ma casquette cirée ; il décline l'honneur de se mettre dessous; je le prie de chausser mes bottes tannées; il dédaigne le cuir de mes bottes: Tu diras un chapelet pour moi, quand tu seras à La bonne Sainte-Anne, que je lui dcinande. Je voyais bien qu'il allait à Sainte-Anne ; je ne suis pas bête. 11 me promet qu'il le dira; et, pour me faire cette promesse, il donne un furieux coup de tête en avant, et moi, je lui donne un furieux coup de pied en arrière !....., Dieu! que j'ai ri! .….

—C'est bien vrai ce que vous dites-Jà ? demande le maître d'école.

— Vrai comme nous sommes tous quatre des hommes d'honneur.

—Pas plus vrai que ça? observe le vieux en riant.

— Vrai comme je suis gris à l'heure qu'il est et que vous le serez dans un instant.

ns plus: je )Se:

nse. Je pars à faire! Je lui ne l'honneur de chausser 16 le cuir de et pour moi, -Anne, que je qu'il allait à e. 11 me pro” ire cette prode tète en furieux coup

e jai til se

s dites-Jà? de-

tous quatre des serve le vieux

stant.

RATE REENS ST RES à

Asselin dit : Mes amis, voulez-vous me prêter votre aide ? Le muet est le misérable qui m'a volé mon argent. Je suis à sa poursuite. Conduisez-moi auprès du chef de la Police : il faut qu'il soit arrêté de suite.

—Qui? le chef de la police ? demande Picounoc.

—On t'a volé ? s’écrie le maître d'école surpris... Je ne l'ai pas su.

—On m'a volé tout mon argent. Voici le fait.

Il raconte à son beau-frère comment il a pris le muet à son service, comment le jeune homme rusé s’est fait passer pour son pupille

. auprès de plusieurs habitants, et comment le

vol a eu lieu, dans la nuit même du départ de ce serviteur infidèle. Il lui dit aussi que la petite Noémie Bélanger avait essayé de donner le change à l'opinion, et de détourner les soupçons de la tête de son ami, en racontant une histoire invraisemblable.

Le maitre d'école était roué.

—Ce que tu me dis-là, réplique-t-il à son beau-frère, me surprend et me fait soupçonner la vérité. Cela explique l'attachement que ce

jeune homme porte à la.petite Marie-Louise et. la proteetion qu'il lui accorde... Oni il peut bien être ton pupille..….. Mais diable ! non, puisqu'il est muet !

Hp Ficounoc qui entend cette dernière: parole du! répond. *

US à Il est muet parcequ’il ne parle plus

mais il a parlé comme vous et moi...

—Que dites-vous ? il a parlé ? demandent ensemble Asselin et le maître d'école saisis d’étonnement :

—Si vous aviez été avec nous, l’autre soir, à l'auberge, vous auriez entendu son histoire : je l'ai racontée. Maintenant, arrangez-vous, je ne la redis plus !

—Il a parlé ! il n’a pas toujours été muet !

son nom ? quelest son nom ? disent, avec transport, les deux beaux-frères.

—Son nom ? Djos.

—Djos qui ?

—Djos Tellier.

—Djos Tellier! D'où ? de Lise paroisse ?

—De Lotbinière !

—(C'est lui ! c’est lui !

Di...

9 demandent d'école saisis

, l'autre soir, à , son histoire :

arrangez-VoU

k \ purs éte muet :

sent, avec trans

de quelle pa

Le matin qui suivit la nuit du vol, dès le point du jout, André Pagé, du Cap Santé, descendit visiter sa ligne sur la batture. Il saisit la bouée qui indiquait le lieu où dormaient, au fond de l’eau, les hameçons appâtés, souleva la corde tendue et la mit en travers sur le canot qui s'arrêta. Il examina chaque empile, faisant glisser la corde et rejetant, de l'autre côté de l’embarcation, l'hameçon fraichement garni d’un ver grouillant, Son visage sépanouissait de plaisir quand une angnille captive décrivait mille orbes pour fuir le fer qui l’enchaînait, et s'enfoncer dans l'onde vaseuse. Quand sa tâche fut terminée il reprit l'aviron, Alors il aperçut un canot qui descendait à la dérive.

—Il est plein d'eau, pensa-t-il ; mais il est peut-être bon encore, je vais le sauver.

Et il rama vers le canot qu'emportait le

courant, Rendu tout auprès, il vit une tête qui sortait de l’eau.

—Un noyé |!

Ce fut la pensée qui vint à son esprit. Il frissonna de peur et songea à revenir. Cependant ses regards ne pouvaient se détacher de la figure de cet homme singulier qui semblait s'être noyé dans son,embarcation. 11 vit la tete se lever un peu. : |

—]] n’est pas mort!

Ce crilni échappa. Alors, plongeant l'a.

viron dans le flot calme, il imprima un rapide élan à sa nacelle qui vint effleurer le canot submergé. ‘ (était à l'instant où la dérnière goutte d'eau faisait déborder le vase rempli ; à l'instant où l’onde s’étendait comme un linceul sur le visage du muet, où le suprême effort du mourant faisait perdre l'équilibre au canot qui lui servait de tombe. Le vigoureux pêcheur saisit, par les cheveux, la victime innocente des voleurs et la soulève au-dessus de l'abime.

—Tâchez de vous bien tenir au canot, dit-il.

Le muet, sorti soudain de sa tombe humide,

vit une tête

n esprit. I enir. Cependétacher de qui semblait on. di vit la

longeant l'a:

ima'un rapide surer le canot où la dernière ase rempli ; à me un linceul rême effort du ; au canot qui reux pêcheur me innocente au-dessus de

ir au canot,

ombe humide,

a, tour à tour, des joies ineffables et des craintes mortelles. Il a peur que le pêcheur fatigué ne lâche prise tout à coup. Alors c'en serait fait. Pagé se penche sur l’eau et s'aperçoit que le malheureux a les mains liées derrière le dos, ll se baisse, tenant toujours d’une main ferme les cheveux du muet, ramasse, dans le fond de l'embarcation, le couteau dont il se sert pour la pêche et réussit, par un prodige d'équilibre et de sang froid, à couper les liens du malheureux, À mesure que le couteau fait son œuvre, la figure du muet se transforme et la vie et la lumière étincellent dans ses regards. Dès qu'il est libre, il se cramponne au canot. Pour ne pas l’exposer à verser, il n'essaie pas de monter dedans. Le pêcheur rame avec vigueur, et toujours dérivant, il vient atterrir à la rivière Jacques-Cartier. Flavien Richard qui se trouve là, termine l'acte de charité en dénouant la corde qui enchaîne les pieds du muet.

Dans le transport de sa reconnaissance, le malheureux jeune homme prit la main de Pagé et la serra contre son cœur. De son bras encore engourdi il montra le ciel.

Le soleil sortait d’un nuage à l’orient. Les

pinsons chantaient dans les ormes ombreux, les alouettes sautillaient gaîment sur la grève, et les moissonneurs, la faucille sur l'épaule, retournaient au champ. Le muet s'assit un moment sur une roche déjà tièdie par la chaude haleine du jour, puis, se jetant à genoux, il remercia, dans une méditation pieuse, la bonté infinie de Dieu. Il se souvint de la promesse qu'il avait faite: à la bonne Sainte Anne, se leva et partit, la tête découverte et les pieds nus. Îl monta la côte longue et solitaire de la rivière, du côté des Ecureuils. : Il chemina, s’arrêtant pour boire un peu d’eau froide où manger le morceau de pain que lui donnait la charité. Ses vêtements séchèrent au feu du soleil. ‘ Ceux qui le rencontraient lé croyaient fou. Quelques uns riaient ; quelques uns se moquaient de lui. D'autres le -plaignaient sincèrement, et branlaient la tête en disant : Pauvre jeune homme ! Des enfants grossiers lui jetaient des pierres, ou le poursuivaient en appelant de toutes sortes de noms injurieux.

Le soir il arrivait à Beauport : Il passa la nuit dans une honnête famille, où la prière se faisait tout haut, devant la croix. Le lendemain, vers midi, il venait de laisser l’église de Château

s ombreux; ar la grèves ar l'épaule, + s'assit un ar la chaude à genoux, il use, la bontè \ }a promesse nte ‘Anne, # "et les pieds solitaire de la fl: chemins; Peau froide où lui donnait la ent au feu du mt le croyaient selques uns 5° le plaignaient ête en disant :

| fants grossiers oursuivaient eR moms injurieux:

11 passa le nuit prière se faisait lendemain; ver

lise de Châtea’ à

Richér. Il avait faim, Ses pieds endoloris se déchiraient sur les pierres du chemin. La chaleur était accablante ; rarement septembre a de pareilles journées. Il n'avait pas oublié de se prosterner devant le saint Sacrement.

Le temple du Seigneur était l'endroit où il se reposait mieux, où il s’arrétait de préférence, Il vit une grande maison blanche avec pignons et contrevents rouges. Cette maison avait un air d’aisance et de proprété qui caressaient agréablement le regard. En arrière, s'élevait la grange, avec son toit de chaume, ses portes hautes et ses guichets ouverts. Des cogs au plumage étincelant chantaient, en se battant les ailes, sur la clôture, auprès de l’étable. Un seau pendait à la brimbale au-dessus du puits.

—Je vais entrer dans cette maison, pensa le

muet, on me donnera bien un morceau de pain etun verre d’eau. |

Il se retourna comme pour mesurer du regard la distance qui le séparait de l’église ; il vit venir deux voitures. La porte de la maison était entr'ouverte. Il frappa. Une voix qui sortait d’une chambre, au fond, répondit :

Entrez !

I entra. Une fémme vint à lui, mais elle

s'arrêta soudain, etne put se défendre d’un mouvement de surprise et de-peur, en le voyant si mal vêtu et l'air si souffrant. Gependant elle.eut l'idée qu'il pouvait être un pèle- .rin, et elle lui demanda ce qu'il voulait.

Le muet fit signe qu'il ne parlait pas et qu'il avait faim. . Alorsla femme ouvrit l'armoire, prit le pain enveloppé dans la nappe et le mit sur la table, .après ayoir étendu la toile blanche ; puis, se penchantlans une fenêtre, elle dit à une fille qui se trouvait dehors près de la Jaiterie :

—Greneviève, apportez donc du lait et du sucre.

La fille entre portant une terrine de lait à la crême. Le muet recule d’'étonnement.

Mais quand il voit une charmante petite fille s’avancer, tenant joyeusement dans ses bras un pain de sucre d'érable, il pousse ce cri particulier qui lui échappe dans lés angoïëses ou lés joies profondés, il onvre les bras, saisit l'enfant et la couvre baisers. C'était la petite Marie-Louise ! c'était sa sœur! L'enfant jette un cris Gonevièvé a pèur :

—Laissez-la, dit-elle, laissez-la !

fondre d'un ur, en Je rant. Gepentre un pèlequ'il voulait.

tps et qu'il vrit l'armoire, appe et le mit toile blanche; être. elle dit à rs près de l: |

du lait et du

syrine de lait à d'étonnement.

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la \

jante petite fille |

rummhatiietineng, 2 7 |

Et elle s'avance vers le pèlerin comme une tigresse sur la chasseur qui lui ravit ses nourrissons. Le pèlerin la repousse tranquillement,

—J'ai promis de la protéger, dit-elle folle de terreur ; sa mère me l’a confiée! Vous ne l'emmènerez pas! Vous me hacherez par morceaux avant qu'élle sorte d'ici! Vous-ne savez pas Commé jé l’aime, et comme sa mère qui est au ciel aurait du chagrin si le maître d'école la reprenait>

Le muet, impassible, l'écoute. Il a laissé l'enfant se retirer. Il est ému de l'affection et du dévouement de cette fille étrange, et des pleurs roulent dans ses paupières. Geneviève, attirant à elle la petite, l'embrasse :

—Non, va !tu netomberas pas entre les mains Je voudrais bien, par exemple !...… Tenez, monsieur, mangez si vous avez feim, mais laissez-nous nés éhfants..….. C'est tout ce que nous vous demandons !

Le pèlerin devenu souriant, s'approche de la table. |

—Vous êtes drôle! dit la maîtresse de la maison, à Geneviève. . Pourquoi tout ce bruit,

toutes ces paroles? Quand mêmé ‘il embrasserait la petite Marie-Louise ! Elle est gentille, et rien de plus naturel que de l’embrasser,

— Oui, repartit Geneviève, mais ce n’est pas la première fois.

Deux voitures s'arrêtent à la porte ; ce sont celles, que le pèlerin a vues venir. Quatre hommes descendent des calèches et entrent sans frapper. Deux cris terribles font à la fois trembler la calme demeure, un cri de fetiqur, un cri de triomphe :

—hRacette !

—(Geneviève !

À ce cri le pelerin bondit. Geneviève entraine l'enfant et cherche un refuge dans sa chambre à coucher.

Le maître d'école la poursuit en riant et en se frottant les mains de joie : Le pèlerin ressemble au jeune lion que la balle de plomb a blessé. . La colère décuple ses forces, Il empoigne le maître d’école par les reins, l'écrase sur le plancher, le traîne jusqu’à la fenêtre et le jette dehors comme une guenille que le taureau fait voler du bout de ses cornes. La

'il embrasest gentille, 1brassér.

ce n'est pas

rte ; ce sont nir..… Quatre ss et entrent ; font à la fois ri de terreur,

eneviève en efuge dans 5à

en riant et en e pèlerin ref le de plomb® orces. Il emreins, l'écrase à la fenêtre et jlequele tau' ig Cornes.

maîtresse de la maison demeure stupéfaite.

Le maître d'école rentre, fou de rage :

—C'est lui! dit-il aux constables, c'est le voleur ! c’est le faux pèlerin ! c’est lui, prenezle! canaille, va! tu vas le payer!

Les constables mettent la main sur l'épaule du pèlerin: Au nom de la reine, vous êtes notre prisonnier.

Le muet les regarde d’un œil qui veut dire:

Pourquoi ? |

— Vous êtes accusé de vol, continue l’un des constables,

—Du vol qui a été commis à Lotbinière, chez un.nommé Asselin, ajoute un autre.

Le muet courbe la téte. [l n’a pas songé à cette affreuse alternative de la mort ou de l'accusation, Toute résistance étant inutile en face de quatre hommes bien armés, il se laisse mettre les fers aux mains.

: Racette s’approchant de la maitresse lui dit: Vous le voyez, madame, l’on vous débarrasse du plus vilain coquin que la terre ait jamais porté. Je suis un brave et honnête homme moi, ces messieurs le savent et peuvent

lé dire (il montre ‘les constables, qui répondent par un signe de tête affirmatif.) Je viens de découvrir ici une enfant à laquelle je m'intéresse beaucoup. Elle est ma petite nièce; c'est la charmante Marie-Louise, Cette enfant m'a été enlevée; je puis dire qu'on me l’a volée! Rendez-la moi, je vous en conjure, et je vous serai reconnaissant toute la vie.

— Nous avons ordre, répond la dame, de ne la remettre à personne.

— Et de qui tenez-vous ces ordres ?

—Je ne puis le dire.

—N'allez pas-écouter les propos de cette fille que je viens de reconnaître, de Geneviève !

Cette Geneviève, c'est une folle, c’est une fille de mauvaise vie ! Elle perdra l’etifant'; elle lui apprend à haïrsés parents et à les fuir, C’est affreux cela, madame! Oh! si vous saviez comme j'aime cette petite. Tenez! rendez-la moi, et je vous donne la somme que vous me demanderez,: Si vous croyez que je suis un menteur, faites venir l'enfant! taissez.la faire. Vous verréz qu'elle m'appéllera son. oncle!

qu'elle viendra vers moi avec plaisir ! qu’elle se jettera dans mes bras! Vous autres, mes-

qui gépon”

£) Je viens nelle je m n° petite nièce , Cette enfant qu'on me l'a en conjure, et la vie.

L dame, de ne dres ?

08 de cette fille de Geneviève | », c'est une fille gnifant'; elle lui les fuir. C'e gi vous saviez nez ! rendéz-la e que vous me que je suis D jaissez-la faire, era son onc e' jaisir ! qu'elle #° ous autres, MF

sieurs, dit-il aux constables, allez donc la chercher, saisissez-la, j'ai des droits sur elle; amenez-la !

—Nous ne le pouvons pas, répondent les constables. Nous n'avons des ordres que pour arrêter le voleur que voici. Notre tâche est terminée.

Le muet a peur que la maîtresse de la maison ne se laisse convaincre. Il attache ses regards sur elle et suit avec anxiété toutes les impressions qui passent sur sa ligure. Geneviève, un peu remise de son effroi, entend les paroles hypocrites du maître d'école. Le courage et l'énergie lui sont rendus; elle sort de la chambre où elle s'était cachée, s’avance hardiment vers Racette et l’apostrophe ainsi :

——Lâche séducteur de femmes, tu peux cesser tes hypocrites prières! tu n'auras pas l'enfant qu'une femme sainte m'a confiée. Tu m'as perdue un jour, homme sans cœur, et cette femme m'a sauvée! C’est elle qui m'a tirée de tes mains pleines d’iniquités, etqui a déchiré le voile qu'une folle passion avait jeté devant mes yeux ! J'ai vu mes fautes ! j'ai vu l’abime où tu m'entrainais, et j'ai prié, et j'ai pleuré !

à IUT RD TE PP

je sais bien que je suis une misérable femme ; mais au moins, j'ai le désir et la volonté d’expier mes fautes et de vivre dans la vertu que : j'ai trop longtemps négligée. Toi, tu cherches de nouvelles victimes! tu voudrais souiller l'âme pure de cet ahge comme tü as souillé la mienne ! te venger de moi sur l'innocence de la plus belle ‘enfant, Monstre! va-t-en! Tes lèvres impures ne toucheront jamais le front de la petite Marie-Louise! Va-t-en, ou je te déchire la face avec mes ongles! Va-t-en!

entens-tu ?......

Le maître d'école est presque effrayé de tant de colère et d'énergie. Il ne reconnait plus lu faible femme qu’il a vue tant de fois et si longtemps soumise à ses infâmes volontés.

C’est que rien comme la vertu et l'amour de Dieu, ne donne de force et de courage. Il sort :

—Je te retrouverai, Geneviève, dit-il en AE grinçant les dents, je retrouverai Marie- Hors Louise, ne fut-:ce que dans l'enfer !

—Infâme ! dans l'enfer tu iras seul !

Le curé de Québec avait une sœur au Cha teau-Richer, et cette sœur n’avait point d'en

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able femme ; volonté d exla vertu que à, tu cherches drais souiller a as souillé la l'innocence de A va-t-en | Tes jamais le front ten, ou je te igles ! Va-t-en

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fants. On le sait déjà elle était la femme d’un riche et honnête cultivateur, M. Athanase Lepage. Elle vivait heureuse autant qu'une femme peut l'être, quand elle n’a pas de petites créatures adorables à faire sauter surses genoux et à serrer contre son cœur. Ce fut à cette sœur chérie que le curé confia Marie-Louise et Geneviève, l'innocence et le repentir. Madame Lepage aimait déjà beaucoup la gentille enlant, et ne s’en serait point séparée volontiers, même si elle ent'été libre de le faire. La paix et Le bonheur régnaient sous le toit du cultivateur chrétien. Mais ce calme délicieux fut troublé par l'arrivée inattendue du maitre d'école. Un de ces hazards inexplicables qui semblent avoir toute l'intelligence du mal, omme il y en a parfois, venait de guider les pas du plus cruel ennemi de la fille repentante t de l’enfant, vers leur retraite ignorée. Le haitre d'école avait en vain cherché ses vicimes depuis plusieurs jours ; il les avait dehandées à tous; ei c'est à l'heure où il désesérait de les retrouver qu'elles passent devant s yeux ébahis. La vie est pleine de ces sprices du sort.

Le pèlerin fut amené à Québec et jeté en

prison. Asselin attendait avec inquiétude le retour de son beau-frère et des constables. Il eut une grande joie du résultat heureux de ses recherches, et il passa la nuit à l'auberge de l’Oiseau de proie, ayec Racette, le charla. tan et les autres voleurs. Ce fut une nuit d'orgie et de débauches.

Le pèlerin passa cette nuit dans une anxiété profonde. Il lui semblait qu'il était le jouet d’un rêve pénible. Peu à peu le calme revint dans ses esprits. La prière soutint son courage, Il ne voulut pas désespérer. Il supporta cette nouvelle et terrible épreuve avec la résignation du vrai chrétien. Les anges du Seigneur versèrent la grâce divine dans son âme soumise, comme une huile douce sur les plaies saignantes. L’essaim des esprits bienheureux remplit son cachot humide, et il dormit du sommeil paisible des justes.

Il languit plusieurs jours au fond de sa noire cellule, ne mangeant que du pain noir et ne buvant que de l’eau. Comme s'il était juste de faire subir à celui qui n'a pas encore été convaincu du crime dont on l’accuse, le traitement sévère que l’on inflige au coupable.

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Le jour fixé pour le procès arriva, et il fut trainé au banc des accusés. La foule remplit la salle. Chacun le regardait avec mépris.

Asselin vint dire comment, le croyant honnête, il l'avait pris à son service et bien traité, et comment l’ingrat s'était enfui après avoir proité du sommeil paisible de son maître pour le dépouiller. Les constables jurèrent qu'ils avaient trouvé, dans la ceinture de son panlon, plusieurs pièces d'argent qu’Asselin reconnut pour siennes. Ces pièces avaient été glissées là par Racette lui-même, qui pour cela, s'était assis à côté du pèlerin en revenant

du Château Richer.

Aucun détail ne fut oublié: n1 le cheval retrouvé sur la grève, ni le canot du père Grrégoire Houle disparu pendant la nuit du vol, nl la fuite précipitée du muet.

Le juge fut inexorable. Il fit une leçon sévère au pauvre accusé qui pencha la tête, et le condamna à cinq ans de pénitencier. Alors lk malheureux pèlerin frémit tout à coup, une expression de mystérieuse douleur se peignit sur sa belle figure; il leva vers le ciel ses mains enchaînées et ses grands yeux pleins

de larmes : il voulut s’écrier : Je suis innocent ! mais la parole vint mourir sur ses lèvres muettes.

La foule s’écoula. De tous côtés on entendait :

--La sentence est juste ! Il faut un exemple !

La surprise fut grande quand une voix discordañte retentit disant :

—Mille noms! moi je dis que la sentence est injuste, et que ce garçon-là n'est pas le voleur ! |

Lot

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