‹ Le pèlerin de Sainte-Anne [microforme]Chapitre 11 sur 68 · PT RATER RENTRER · texte numérisé non relu

PT RATER RENTRER

— Montrez-moi vos mains, fit le docteur rousselé.

Le vieux tendit ses mains déchainées. Le jeune homme les palpa, les examina, fit jouer les doigts, pressa les jointures. L'autre criait comme un forcené. Les habitants étaient dans l'admiration. Le docteur prit une fiole pleine d'une liqueur rouge et la versa sur les parties lésées. Ensuite, il s'attaqua aux jambes. Le bonhomme résistait. Il n’était pas capable d'en supporter davantage, jurait-il Il y avait des femmes qui pleuraient. L'homme de l’art ne se laissa pas attendrir. C’eût été de la lâcheté !

Au bout d’un quart d'heure le malade s’écria :

— Je ne sens plus de mal ! je suis guéri !

Son sauveur lui dit :

— Marchez, ne craignez rien. Venez avec moi.

Un cri d'enthousiasme s’éleva du bateau.

— Comment pourrai-je vous payer ? je suis pauvre, bien pauvre, exprima l’heureux vieillard.

— Bah ! fit le médecin, je soigne les pauvres pour l'amour de Dieu, et les riches, pour de l'argent,

Puis, se tournant vers les habitants qui descendaient à terre :

— Messieurs, si jamais vous avez besoin de nes services, venez à l'hôtel de l’'Oiseau de proie, rue Chamnlain.

Presque tort le monde lui fit escorte. Chacun s’en revint souriant et heureux, tenant de petites bouteilles remplies jusqu’au goulot, d'une eau colorée qui pouvait guérir de tous maux, même de la soif. La recette avait été bonne.

kossette avait suivi les autres, quand il voulut payer, le docteur lui dit :

—On ne parle pas de cela. Je suis votre débiteur.

—- Vous, mon débiteur ?... je ne comprends pass

— J'ai bonne mémoire. Vous m'avez traité avec bonté jadis, eh bien ! c'est à mon tour, quoi de plus naturel ?

— Diable ! vous m'intriguez : qui êtes-vous

donc ?

— Qui je suis ? devinez. Si vous ne trouvez pas, tant mieux. Moi, je sais que vous êtes maître d'école, que vous vous appelez Rossette, que Geneviève...

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— Par les cornes de Satan ! vous savez bien des choses, exclama Rossette.

Et il dévisageait le marchand de drogues, et il se mettait l'esprit à la torture pour retrouver, dans le passé, quelqu'un qui ressemblât à cette barbe roussie, jetée en broussaille sur cette figure de fouine. Soudain :

— Ha ! coquin, je te reconnais !

Et il lui lança son nom à la figure.

— Eh ! oui, vous l'avez ; c’est cela ; c’est lui. c'est moi, aflirma le jeune homme... On gagne sa vie comme l’on peut.

— Et les affaires ont l'air de bien aller.

— Pas mal. Au reste, j'ai plus d’une corde à mon arc. Mais j'ai des associés de fortune... et d'infortune.

— Je comprends, fit Rossette.

— Faites-vous encore l’école ? demanda le docteur.

— Non, cela ne paie pas assez, et fatigue trop.

— Que faites-vous ?

— N'importe quoi.

— Avez-vous de l'argent ?

— Un peu.

— Voulez-vous entrer dans nos rangs ?

— C'est dit. Les yeux fermés, de confiance.

Après cette singulière entrevue, le maitre d'école alla prendre Geneviève au bateau, et la conduisit chez Mademoiselle Paméla Rossette, sa sœur, une modiste d’un certain renom établie at N° 30 de ia petite rue Saint-Joseph.

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