LE BLASPHÈME
C'était six mois avant l'atterrissage du grand train de bois sur la grève de sable, vis-à-vis la forêt du domaine, en février, et le dimanche. Il neigeait, et les rameaux ressemblaient, sous leurs flocons blancs, à des vieillards couronnés de diamants. Les travailleurs de la forêt, réunis dans le camp, se reposaient des fatigues de la semaine en jouant aux cartes ou aux dés, en dormant sur les couches de branches, en causant autour du poêle bourdonnant. Quelques-uns se vantaient de leur cynisme ou de leur impiété. Soudain Poussedon se dressa :
— Si j'ai dit un mot de prière depuis que je
suis ici, je veux que le diable me désâme !
— Bah ! la grande nouvelle, fit un autre,
— Il y en a qui prient, observa un troisième.
— Du bout des lèvres.
— Du fond du ventre, ajouta l’ex-élève :
Deus venter.
— Djos, par exemple ?..
— Dijos, c’est un farceur ; il fait semblant de
prier.
— Jugement téméraire! s’écria une autre o
voix, une voix un peu moqueuse et fort nasillarde — Sait-on jamais, en effet, ce qui se passe dans l'esprit de ses frères ? Peut-on sonder les mystères du cœur de l’homme ?
—- Et de la femme, donc ?..
Le rire éclata.
— Pas d'interruption, Lefendu! Je dis, con-
tinua la voix nasillarde, que vous portez un jugement téméraire sur votre compagnon. Le curé de chez nous m'a souvent affirmé sur sa parole d'honneur que l’on ne peut pas pénétrer dans l'esprit de ses semblables.
— In spiritu semblablorum, termina lexélève.
— Vive le seniblable au rhum ! crièrent plu:
sieurs.
DR
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ardent, a coma