‹ Le pèlerin de Sainte-Anne [microforme]Chapitre 19 sur 68 · ER ES · texte numérisé non relu

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La porte du camn s’ouvrit alors et un robuste garçon entra. Il était blanc de neige.

— Que fais-tu dehors par un temps pareil, Djos, lui demanda Tintaine, en déchargeant dans le creux de sa main sa pipe culottée ?

— Est-ce que je vous demande ce que vous faites ici, vous autres ? riposta Joseph Letellier, car c'était lui qui entrait en effet.

Un de la bande dit :

— Il vient de méditer sur la faim de l’homme … quand arrive midi.

Un autre :

— Il cherche la belle au bois dormant.

Un troisième :

— Il fait le catéchisme aux renards.

Et Djos, moitié riant, moitié menaçant :

— Par Sa Majesté Satan! si vous ne vous fermez pas, je vide le camp... Et vous périrez tous dans les neiges éternelles !

— Amen, fit Poussedon.

— Versons-lui donc un coup pour lui rendre sa belle humeur, proposa Lefendu.

L'ex-élève tira du placage une cruche au

ventre intéressant ; un autre apporta une tasse

de fer-blanc. Djos sourit, prit la tasse et but une chaude gorgée.

— Tu ne dis pas ton bénédicité, observa Picounoc d’un air scandalisé.

Djos fit le signe de la croix. On applaudit.

— Tu sais qu'un bon chrétien doit offrir au bon Dieu toutes ses actions, continua Picounoc.

— Et ses omissions, ajouta Djos.

— Toi qui es dévot comme le diable ou le bedeau, fais-nous donc un sermon sur la fréquentution, proposa Fourgon.

__ Mes chers frères, remarqua l’ex-élève, mettez donc une sourdine aux cordes de votre organe. Zn chordis et organo.

Djos repartit :

— Pas de sermon aujourd’hui, je suis enrhumé, mais une prière. À genoux !

— Va pour une prière; tout le monde à genoux !

— Je prie la cruche votre mère nourricière, continua-t-il, de vous verser un peu de son esprit.

Et il versa à chacun au milieu des éclats de

rire.

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