PULCHRA ES
Le matin se levait radieux. Le soleil déroulait une nappe de lumière sur les ondes calmes du grand fleuve. La mer montait, et la cage échouée sur la grève du Domaine commençait à flotter. Djos était allé de nouveau sur les côtes verdissantes. Jamais les merles et les pinsons n'avaient mieux chanté. Les bois s'étaient séchés au souffle du matin et une senteur délicieuse venait de partout, comme un encens de la terre qui serait monté vers le ciel.
Djos suivait le cours du ruisseau qui perd son onde dans le tuf du rivage, quand, tout à
up, il aperçut une forme gracieuse perdue à
demi dans la limpidité du courant, à demi dans
les fougères dentelées et les caïllous polis des bords. C'était le corps flexible d’une enfant. I y avait du sang sur la pierre. Elle s'était peut-être tuée dans sa chute. Il la releva en tremblant. Elle ouvrit de grands yeux tristes et parut avoir perdu le souvenir. La serrant avec pitié sur sa poitrine, il l’emporta.
En le voyant accourir avec cette enfant, les gens de cage, intrigués, se groupèrent sur les derniers plançons, et se mirent à le plaisanter.
— Un enlèvement! s’écria Tintaine, les mains au ciel.
— C’est une enfant, observa Picounoc : elle est innocente comme toi et moi.
— Comme toi et moi, ajouta Lefendu, c’est un peu risqué.
Le contremaitre s’avança vers Dijos qui eutrait dans l'eau jusqu'aux gnoux pour atteindre la rame que l’on avait jetée en guise ue passerelle.
— Quelle est cette enfant ? Où l’as-tu prise ? Pourquoi l’apportes-tu ici ? dit-il avec humeur et volubilité.
Le pauvre muet regardait le contremaitre