LUEUR D'ESPÉRANCE
Le vieux Saint-Pierre, le maître d'école, le charlatan, Robert et les gens de cage étaient revenus à l’Oisceau de proie. Rossette à demicouché sur un banc, la tête appuyée sur ‘a main, repassait, dans son esprit, les incidents variés de sa nouvelle existence. Robert et le charlatan rarlaient de la vente des drogues et du prix du bois. Picounoc et le chef vantaient tout haut les charmes de leurs voisines de la ’olombe victorieuse.
— Je suis mordu au cœur, disait Picounoc
avec une secousse de tête désespérée.
Et le vieux affirmait à son tour qu'il donnerait à peu près toutes les années qui lui restaient à vivre, pour devenir, un jour, l'époux fldèle et légitime de la mère d’Emmiélie.
— Elle est bien farouche, cette jeune file, reprenait Picounoc.
— La mère est féroce, répondait le chef.
— Ce serait drôle si vous alliez devenir mon beau-père...
— Tu remplacerais dignement les enfants que j'ai abandonnés.
— Je me sens dessécher comme le foin coupé.
— Je souffre un martyre indicible. Si je meurs ainsi je monte au ciel en corps et en âme.
— Hormis que votre corps ne soit tout consumé.
— As-tu du courage, Picounoc ?
— Si j'ai du courage ! en voilà une demande ! je n’en ai jamais dépensé.
— As-tu de la sensibilité ?
— Une sensibilité extrême quand on me
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fait mal ; pas la moindre quand je fais mal aux autres.
Un éclat de rire partit du fond de la salle.
C’étaient Robert et le charlatan qui trouvaient drôle l4 conversation des deux amoureux.
Charlot entra. 11 jeta les yeux autour de la pièce pour voir ceux qui s’y trouvaiert. Ses bottes étaient crottées, ses mains, sales et légèrement tachces de rouge. Il passa dans la cuisine et sc lava. Le chef le rejoignit.
— L'affuire est-elle faite ? demanda-t-il tout bas.
— En conscience, s'il n’est pas mort il a la vie dure.
La jeune Emmélie et sa mère entraient dans leur chambre modeste pour se reposer des fatigucs de la journée. L'avenir leur apparaissait plus serein que par le passé. Emmélie songeait à son premier amour, et se sentamt emporté dans un monde radieux. © douces espérances des cœurs aimants ! Ô rêves délicieux du jeune âge ! que vous prêtez de charmes à la vie! et que l’ou est heureux de ne pas deviner comm vous vous envolez, vite !
Les deu: vertueuses femmes venment de
céder aux douceurs du sommeil, lorsque des coups violents ébranlèrent la porte de leur maison. Elles se levèrent en tremblant et vinrent ouvrir en se mettant sous la garde de Dieu.
Pendant que par dérision on buvait à sa santé, dans le tripot de la Labourique, le muet couché sur un grabat sale et dur, dans une cellule humide, pleurait. I] pleurait sur la malice et l’aveuglement du monde. Il se demandait, dans son ignorance, pourquoi Dieu permet que le mensonge et l'injustice triomphent. Il comprenait cependant qu'il avait des fautes à expier et que le châtiment le purifierait. Il se soumettait, car il était repentant; mais il frémissait à la pensée de l’infamie qui souillait à jamais le nom de son père.
Un matin qu'il était à genoux devant un crucifix qu'on lui avait permis d’accrocher au mur, la porte de sa cellule s’ouvrit et un prêtre entra. [l avait un reflet de joie dans les yeux, ce prêtre. Il lui prit la main et la serrant amicalement : |
— Ayez confiance, mon enfant, dit-il, Dieu ne vous abandonnera pas. Il semble vouloir
faire reconnaitre votre innocence
VA
Le muet le regarda avec étonnement.
— Un habitant du Cap-Santé, continua le ministre du Seigneur, est venu à Québec, et il raconte qu'il vous à sauvé d’une mort inévitable et barbare,
Le pèlerin regarda son crucifix avec un rayonnement de plaisir.
— Déjà l'esprit public se réveille, continua le prêtre, et l’on veut savoir ce qu'il y a de vrai dans tout ce récit. Malheureusement le citoyen qui peut vous sauver est dans un état des plus lamentable. Ila été assailli et battu cruellement. On l’a cru mort. Cet événement fait sensation et confirme la vérité des paroles qu'aurait dites ce brave homme. Il est évident que les voleurs ont intérêt à le faire disparaîitre. Votre départ sera nécessairement retardé et probablement que vous serez rendu à la liberté.
L'espérance descendit dans l'âme brisée du pèlerin,