‹ Le pèlerin de Sainte-Anne [microforme]Chapitre 45 sur 68 · VOX POPULI VOX DEI · texte numérisé non relu

VOX POPULI VOX DEI

L'état de Pagé, lamentable encore, n’était plus désespéré. Des soins attentifs avaient éloigné les complications fatales, et l’on prévoyait le moment où l'infortuné pourrait faire connaître le guet-à-pens dans lequel il était tombé. Un sentiment de compassion inclinait les cœurs vers le muet toujours captif. L’auréole du martyre entourait déjà son front. On se perdait en conjectures sur les auteurs du vol et de l'assaut meurtrier. Enfin la victime de Charlot put supporter un interrogatoire, et tout le monde apprit comment ie muet avait

été sauvé miraculeusement de la mort, et son sauveur affreusement maltraité. Le peupie s’'émut et demanda que la jeunc victime des

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des

méchants fût mise en liberté. La foule entoura la prison.

— Quand la justice se trompe, criaient des voix, elle doit se hâter de réparer ses erreurs.

Et J'autres :

— Qu'elle trouve les coupables, maintenant.

Il y avait des moments de grande anxiété.

Tout à conp l’on aperçoit dans le cadre noir de la porte, une figure douce et pâle.

— C’est lui ! hurla la foule.

Et un immense hourra monta jusqu’au ciel, et l'antique prison tressaiilit jusqu’en ses fondements. Le pèlerin pleurait. Ce retour subit de la fortune le touchait singulièrement. Il se dirigea vers l’église et la foule s’agenouilla avec lui au pied de l'autel. Le prêtre qui l'avait visité dans son cachot, vint à lui et le pressa contre son cœur. Après une action de grâces solennel, il le fit entrer au presbytère et le monde se dispersa.

Un agent secret de la sûreté publique fut alors admis à le voir. Il lui demanda sil pourrait reconnaître les bandits qui l'avaient garrotté et lancé snr le fleuve. Il fit un signe affirmatif. L'agent jubilait.

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— Sont-ils nombreux, continua-t-il ?

Le pèlerin indiqua de la main en élevant trois doigts.

— Trois ? dit l'agent.

Le muet confirma par un signe de tête, puis fit comprendre qu'ils avaient des associés.

— Pouvez-vous les retrouver, me dire où ils se cachent ? questionna de nouveau l’homme de la police.

Le muet répondit, à sa manière, qu'il était prêt à les retrouver, à les dépister.

Quelle surprise ! quel bonheur ! la justice allait donc avoir sa revanche. Depuis longtemps ces bandits exerçaient avec impunité leur infâme métier, déjouant toujours, grâce à des travestissements de toutes sortes, lesrecherches de l'autorité et les précautions des citoyens.

Ils sortirent. A quelques pas du presbytère, dans l'escalier de la côte Lamontagne, ils rencontrèrent Bélanger avec Noémi, sa fille.

— Joseph ! s’écria la jeunefille,rougissante de plaisir et de surprise. Et elle tendit à son ami

d'enfance une inaïñr, ioyale qu’il serra contre son cœur avec une ém-tion profonde.

ani

— Nous savions bien que tu n'étais pas coupable, dit le brave habitant. ..et cela nous est bien doux de te voir en liberté.

Le muet répondit par un regard de reconnaissance.

— Il faudra venir chez-nous, ajouta-t-il.

Noëmi répéta l'invitation, et le rayon de son œil noir fut plus éloquent encore que sa douce voix.

Le muet conduisit le limier de police à l’Oiseau de proie.

Le bouge était désert. La vieille Labourique poussa un cri de joie en se levant de son fauteuil disloqué, et courut vers son ancien protégé.

— Mon Dieu, Seigneur ! c’est toi, Djos ? Ah!

je savais bien que tu n'étais ni un voleur, ni un... Moi qui t'ai presque élevé !.... Moi qui suis si honnête femme, j'en avais un chagrin, va ! Je ne voudrais pas pour tout l'or du monde que ma maison passât pour abriter les brigands

ou les débauchés ... Non!

Et elle l’embrassa. Il fut tenté de la repous-

ser, mais il fallait se donner garde d’éveiller les soupçons de cette vieille hypocrite. L'agent

de la sûreté la questionna d’une manière habile, mais elle avait vieilli dans la ruse et le mensonge. Elle ne compromit personne.

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