OU PICOUNOC CROIT SE TROMPER DE MAISON
Quand Saint-Pierre et Picounoc sortirent de la Colombe victorieuse, il pleuvait et l’on entendait le clapotement des vagues contre les quais. Is firent un long détour pour dépister les curieux, s’il s’en trouvait, et ils revinrent à leur bouge ordinaire.
— Une belle heure pour entrer dans les honnêtes maisons, fit en souriant la bonne femme Labourique.
— C’est que nous n’y entrons pas, répondit le chef.
— Soyez tranquille, la mère, votre vertu sera d'autant plus respectée qu’elle est moins respectable, ajouta Picounoc.
— Canaille, va ! gronda la vieille, tu mériterais de......
— Les contrevents et la porte de l'auberge
era
de la Colombe victorieuse restèrent fermés, le matin, pendant que la vie se réveillait dans les alentours. Hélas un deuil plus sombre que le deuil de la mort avsit menacé la pais bl: demeure. Après le sang, le crime. La vertu s’effarouchait ; elle voulait un asile plus discret. Dieu mène ceux qui le cherchent sincèrement. L’Oiseau de proie avait atteint de sa griffe cruelle
* la Colombe imprudente, la Colombe allait cher-
cher son salut dans la fuite.
Vers le soir, Emmélie et sa mère allèrent évancher leurs angoisses dans le cœur du pré. tre. Le prêtre, c’est le refuge des âmes affligées. Il leur conseilla de jaisser la ville, et de renoncer à la profession dangereuse d’aubergiste. Elles y avaient renoncé déjà du fond de leur cœur. Il se trouva qu'une jolie maisonnette était en vente, près d’une église, à la campagne, elles l’achetèrent ets’y réfugièrent comme dans un nid caché.
La mère Labourique rit à gorge déployée en voyant l'enseigne pompeuse d’en face s’obstiner à décorer une porte qui ne s’ouvrait plus. Elle pensa que la rivale s'était enfuie secrètement pour n’avoir pas à payer son loyer,
D 2m eee
Picounoc dormit une partie de la journée.
Son sommeil fut calme comme le sommeil de l’endurci. Il rêva de sa mère et de sa sœur qu'il n'avait pas vues depuis dix ans. Illes vit toutes deux sur la ferme modeste où il les avait laissées, alors que lui vint la fantaisie de voyager dans les hauts. A son réveil il se rendit sur les quais pour voir si quelque goélette faisait voile pour le bas du fleuve. Dans la rue il rencontra deux femmes voilées de noir. Il les regarda avec une attention curieuse et sourit. Une goélette appareillait, il s'embarqua. Une chaloupe le mit sur la grève de sa paroisse natale. Il arriva à la maison de sa mère en sifflant un motif qu'il avait appris dans les bois. Ii aperçut une bande d'enfants sales et criailleurs qui jouaient à la porte avec des chevaux de bois et des poupées de linge.
— Diable! pensa-t-il, à qui tout ça? Ma sœur est-elle mariée? ma mère a-t-elle convolé ?
Puis, s'adressant au plus grand des gamins :
— Ta mère est-elle en bonne santé ? dit-il.
L'enfant se sauva derrière la maison et les
autres le suivireat en riant Piconnoc entra. Il