‹ Le pèlerin de Sainte Anne (volume 2)Chapitre 52 sur 66 · Est-ce qu'il ne parle pas demanda-t-on · texte numérisé non relu

Est-ce qu'il ne parle pas demanda-t-on

-Non répondit Lepage ; c'est ce muet qui

a été condamné dernièrement à cinq ans de

pénitencier.

Un murmure de surprise s'éleva ; plusieurs

dirent :

LE PÈLKFaN DE SAINTE ANNE, 181

—Ce n'est pas étonnant alors qu'il enlève les enfants ne le laissons pas échapper.

Pendant que le maître d'école, rendu fou par rivresse, élevé pour le plonger dans le cœur de l'innocente enfant, son large couteau, la porte s'est ouverte sans bruit, et une ombre triste et lugubre est entrée. Le maître d'école, tout à son crime, n'a rien entendu. L'ombre silencieuse s'avance vers lui, lève ses bras maigres, tend ses doigts nerveux comme l'écrevisse, ses mandibules, et au moment où le couteau s'abat sur l'ange endormi, saisit, comme une tenaille de fer, le cou dégagé de l'assassin. Racette, surpris, laisse tomber l'arme f ;tale. L'ombre, vive comme l'éclair, la ramasse.

Alors menaçant à son tour le bandit sanguinaire, l'ombre lui crie : Monstre ! quel mal t'a

fait mon enfant? c'est mon enfant ! sa mère

me l'a donnée pour que j'en prenne soin sur la

terre ! Sauve-toi ! Je t'enfonce ce coateau

dans le cœur et, au lieu de sang, l'iniquité

coulera !

— Geneviève, dit le maître d'école ne

frappe pas! écoute! Je ne voulais pas la

tuer c'était pour lui faire peur rien

de plus !

— Va-t-en ! sors ! crie la folle en fureur, ou

je te déchire en lambeaux !

Et elle faisait jouer l'arme menaçante devant la figure livide de l'ivrogne Il veut

éveiller ses camarades : la pointe du couteau lui fend la lèvre. La folle s'irrite de plus en plus, comme un feu que le vent attise. Elle est horrible dans sa fureur. Le maître d'école effrayé se sauve. Elle le poursuit dans la rue, et le couteau tranchant effleure, de temps en temps, le dos du lâche qui se sauve. Tout à coup elle s'arrête. Le maître d'école profite de ce moment de répit pour s'esquiver. La folle revient sur ses pas et s'engage dans la rue Saint Joseph. La porte de mademoiselle Paméla est encore ouverte. Elle entre : Les brigands enivrés ronflent toujours. Mais l'enfant est disparue.

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