LE CHARLATANISME EN PLEIN AIR
j!ie ss^nedi ^aivaut était un jout de oiarché. Dès l'après-dîaer de la . yeille, lés h^1>itant3 arrivèrent de la cam; " ira pro-
duits. Les uos débftri éan des
poches pleines d'avoii û'iU en-
tassèrent comme des ce is antres
apportèrent des ooncoi is et des
mçlous odorants, des ■ s et dès
cives, des petits pois verts et des gousses 4^ fève :. presque toute la famille des graminées, et celle dés cucurbltacées, et celle ""des liliacêes, et colle des légumineuses. De jeunes iîiles vinrent de St. Nicolas avec des paniers de frêne et des cassais d'é- . corce de bonleaii, gonflés de framboises et de bluets. Des femmes adroites offraient en Vente des pièces de toile ou d'étoffes qu'elles avaient faites au métier ; des cbapeaux défaille tressée à cinq, à six et même à hnit. Cbacun preç^t
It4 ^S» PiLUIH DB SAIBIS>B^'AIfN2.
sa place sur le marché, invitant de la voix et du geste, les orgueilleux citadins à acheter les produits de la nàtiire et de l'industrie.
Portant sur son dos une boite énorme que retiennent des courroies de cuir passées en ayant des épaules, un jeune homme sort de l'auberge de V Oiseau de proie^ et se dirige vers le ïnàifcïié. Il s'arirête pi'èô dMn pdfchië où piâssè béaùcbup dé hiônde, débouclé ëéb balhdbs de cuir et d'épôSè là boîte sûr le pavé. Il rouvre, en tire plusieurs petites ftbles 4^'ii enfoncé daùis lés pochëè db sou ^ilét, ]ettë Un coup d'teii scrutateur autour dé Itli, puis gravement coâime ùél càhdldàt qtii niôritë sur le tréteau populaire, il îûonf e sur sa boîte reterinée.
— Que veut donc faire cet individu? se demandent les habitants.
On ne connaissait pas encore, à Québec» l'éloquence du charlatanisme en réclame.
— Mésdathes et messieurs, dit, d'une voix claire et légèrement impressionnée, le débitant de drogues que nous onnuaissons, m/esdames et messieurs, approchez, venez ici, c'est k VOIX de rhùm^nité compatissante et ohari-
iatdë qiri' ireng, itiy.^»d^ Yénes/ toos. tous qui . soufiarese, JBahescet weûx^ iioiqmes î et lei&ixie& !: f Q9ei<|ae sôiib 1» ma} que vous- ekdaiiez> j'ai vax. r&i]|è^.p<>ur> ie gi»éHr. C'est le sirop de la vie/6tem€i)l6 !. €-eot ôorijbrsiir k»botiteiUes.; paa. : de oo^tieiisçojis poe^bles^^l Oe n'est point .du chaTlsAftttisine qtiieje fais. Vous m'aies; tu -en-! • lév^T,eomme par enchaniemçntj les.donlears > les plias aiguës.' - Je suis sûr de moU) art, et oe . n'est p9iat pour l'argent. qiie je, travidlK c'^ porar le .bonheur de Kliumanité souffrante^w.u
Les habitants s'approchent peu à peu. ' '
T-rPï^eqeî} dpRc. sqift d^-nof effets, dispn^Jea plus avi4ie^;WX,i?iMWS eçap?:^ss^^, i^ous aUp^p / voir ce quac'tesjt, ejbfljQUs. ne .serxpus. ps^ç Jp°K" tenpps, ^ . .;.,. .. ^,
Le cercle -des curieux s'éJargit^^et le; cl^ar-iar,. tan s.' anime; . -Rien coumii^ 4'être ^awt^^ pg^ur.. donner de . la . veia^e. LerdoctWTf à k: bapbp ; rouge eJi au siar^p de la \i^ié4>wmllBrcmtinW • ^' Mesdames^et luetsiours^ sotifiressiTrou^ da^UMil ' de dents ? oeinàl.qui t^onsmet^ia ragp au.cc^ur. et les 'Ifltrmesî aux<3ir6!ax« Avez^vqusdeif. rhi;ma« tismes/ent^ndêiâ^-vom^? ces douleurs inezpli*quabl^s etiuTtsible84iairouJS|broieiat'lamoeUe
186 i<s pÈLEBm BB aAims AKm.
des o8 comme des tenailles. Avez-yous des i maux d'oreilles qui rendent sonrds étibas ? Avez-Yons des blessures, coupures, déchirures,, engelures et brûlures ? Etes-vous dyspeptiques, rachitiqaes;, apoplectiques, sujets aux ^ coliques ? Etes-Tous faibles ou trop saaignîns ? Etes-vous enclins à vous démettre les doigte ou les mains, les pieds ou les reins ? Voulezvous, jeunes gens, conserver votre teint de rose, n'avoir jamais de rides et rester toujours jeunes? Voulez-vous, vieillards, retrouver l'ardeur et le feu de la jeunesse, éviter la décrépitude, l'engourdissement, et vivre jusqu^à cent ans ? Faites usage de mon sirop. Le voici. (Il montre, à la bande émerveillée, une iiole pleine d'une liqueur rouge quelconque). Je le fabrique moi-même; ce n'est point de la contrefaçon. Gela me coûte cher ; je vais cueillir en personne les herbes dont j'ai^ besoin pour le fabriquer, sur la montagne dé St. Augustin, avant le lever du soleil, sou» la neige, la' veille de P&qués» fleunes. Je ne fais payer que mon trouble.... ..Vous comprenez que jeiMerpeux donner tout mon temps . peur rien. Je ne vends cet élixir . que trente^ sous la fiole, xién ique trente sous ; c'est . pofur lien, messieurs, pour rien !
Li piumv j>M Mm» Awi, lOT :
•r-Commant app^Ue^t-il celf^ ? demandç un habitant de Is^. Oi;oiK. à; so|i voisin. < -rll a dit : £li«..!Ëli,H J'ti Dablié l'antre nom..
D'an autre côté Ton observe: Ça vant ' toajoars la peine d'essayer ; un trente sous, ce
n.'est pas tant! , Celui-ci demande: Eu
achètes-tu, toi ? Oelui*là répond : J'en ai envie.
•«-"-Au reste, cet homme est un docteur sans pareil ; ce n'est pas un hâbleur. Je l'ai vu, lundi dernier, au cul*de-sac, remettre parfaitement bien, comme toi et moi, dans le moment de le dire, un malheureux vieillard tout éclopé !
— Ah! c'est lui? J'ai entendu parler de: cela; c'est bim extraordinaire! Et dire que nos docteurs no sont pas capables de nou;s^ remettre un doigt, qui se démet !
. — Tiens ! le docteur de chez nous prétend bien que l'on ne se démanche pqint..
— Il est vieux, je suppose ;....Xes jeunes sont plus fins que ça ! , .. •
•Le charlatan, continue.' avec UAe verve digne d'une » meilleure -cause : ; Allons ! ' xties- • sieurs, qui en vetit'?:!QaiTeut de monf sirop de : I9 vie- éterneUe? :..
coup de coad«: à' Pfeirt^ot Piàiéa?n?cè, j« tè lé^ di^î&' bten qtrë -efe^t du- sirop -dé ta^ vie
— Qui en achète?' poûr&uit le marèhand irifàtigabîte. 'Voyons ! personne, an' milieu de vous, né souflfire dti mal db' délits? Personne nef \*«u;t 'rajeunir ? Pe7Sicmi»«e' ne veut- conserver son ardeur juvémle ?.«:..,:. Perspnne n'a de dt)Uleur Thnamatifinaaiei' Personne îperaonne ?..:iw
Uii "homîne inairchande dés légutùes à quélr^' quèé pas de l'a, sofUdàin 6n le voit pâKr, puis iï " porte la main à sa poitrine et s'ai)puie stir là * tabie d'un ;regrattiert • -î ' ••
^Qtf sivez-^voùè donc, mon afnii, demandé rhabftantr qui étalait ses déiirées'? ' '
— Ah ! je vais mourir, je croîs ! j'ai un rhumartifemei dans res'fcomac..;iV. Alliez donô chercher un docteur i.... ' •
L^habitatit'Crie- : Un* docteur! vite ! un docteur 1 cet homme va mourir. -
Tout le m/ondô jette lôsyefux^ sur le malade. Leobarlétan «aut^ de sa boîte e<f court vers le mâkiaureux qui soiiiffbe'. horviblement 11 no^ prend pas le temps de lui déboutioiûfMr sa veste,
41 eu è¥1fa«feè^' l<éi» tMmtôii^i'^édiitoiilà^ol^
sa main le coUtotttt ^Une^boaiefUtti il mouillp :çt friptio»nej|oçi|Ç^^^P^,la;jp>9Hn^ ^u miilade. Le rhumatisme disparaît comme p^^i; ei;ichantement, et le malad^ joyeux achète plusieurs iioles de ce remède' éxlràordinàire qm Ta 'sauvé. '-'■■■ ; ' '
" Messieurs, reprend le ch,arlatan, je remercie Dieu, et remerciez-Iej avec moi, de ce qui vient d'arriver. Vous âVeii là pteùve tuaintôûant de l'êffiôatie véttu 'de mon remède et de mon hoAttéteté. 8i vôtts négligiez d'aeli^etier ce sirop incomparable, vous Beties coupables, car vous vous exposeriez à souffrir, à négliger vos travaux et à mourir par votre faute.
-^Dne fiol'eponrmoi!dit ruhdes auditeurs, en ofi'rsnt un trente sous.
—Une potit moi !
— Une pour moi !
Tout le monde en veut, c'est un empressement indicible autour du ehiariatan heureux qui rit sôurnoiiiemeiit. Enfin H/anncmc^ qu'il n'en a plus. ...■■ ^
•^d* est . maihéjiir emi( [ ! j'^utaUf bi^ . y onulu e|i -aoheter \me couple,, murzaojce * : un , hubitao^t porteur d'uae énorme :téte frîfiéep{ :
—Venez avec moi, monsieur Asiselin, j'en ai à mon hôtel.
— Vous me connaisseiz?/
— Et qui ne connaît pas le plus riche habitant de Lotbinière ?
— Vous me flattez.
. — Pas diji tout.
— rEt îVoris, pomment ypus noujimez-yous, s'il . n'y a pai^ d'indiscrétio» ,? . . . .......
r— Moi ? J e n'ai pas d'autre nom (ine celui de docteur .......Mais venez pbr ici, suivez
moi ! •
— Pierre! dit Asselin à Pierre Boisvert, aie soin de mes'poches : je ne sera; p3^ longtemps.
Asselin suit le docteur au sirop de la vie éternelle, jusqu'à l'auberge de Y Oiseau de proie. Il entre. Plusieurs personnes fument dans la pièce. Un nuage épais se promène sous le plancher peu élevé.
— Vous prendrez/bien un petit, verre, M. Asselin ?
pour me Toffrir. •..• : .-. .,, : -, -.'ji- ri: i i
— Lje QÎjarMtfl^ ÎRviiie, çftp.^ qui. , ^oftt. dans
Tappapteropiîili.à y€inû tnni^fwi[.ÉiMeç|. M., Assçr lin. TJft seuiir ^fug^i, 4! tin'.gfiwste q;ui njç perpj^t. pas d'insister. t j ; ., .. .i^, , ;.
— Mais je crois, dit Eusèbe, dévisageant J^a; des, buyeuxs, que Xï'e^t vouf . qui ^vez été guéri tout à rheuî:e.4*!»fA,iri^umatisïne.
— Movmême, Dçionsieur, et je vi/ensipj remercier de. nouyeî^u moi^ sauveur, et Ivii demander de me vendre encore quelques bouteilles de ce remède impayable; car je demeure loin de la ville, et une fois parti, je ne sais quand j'y reviendrai.
— Vous êtes bien bon, répond humblement le charlatan à son admirateur, qui n'est autre que son coniplice, le Vieux St. Pierre. Vous n'êtes pas p-fessés, messieurs; continue-t-il^ asseyoni^-nou$et causons un peu. J'aime beaucoup à parler do la ^mpagne et de$ travaux, des cl^amps.;
Tout le monde put s'asseoir, grâucë au nouveau banc que la mère Labonriquie avait fait placer le long dp la cloison. Les. rondes »e^
^8%teQédèréiit rite. Oh«^eati se fit nu point d'honneur de payer la sienne.
-—Ont, dit AsseKn, qtte la cinqmème ronde avait parfaitement grisé, je suis un hiabîtaut à l'aise : aussi, je sais conduire la besogne : ce n'est pas le premier venu qui m^en remontrera.
—Et vous arez deux beaux bienis, maintenant, bazarde le vendeur de drogue.
* — Deuk biens? qu'est-ce que tu dis ?
patdon ! qu'est-ce que vous dites, monsieur le docteur ?
—Oui, dei^x biens ; vouç av^îz hérite de votre beau-frère ?
— Mo^i beau-frère? que le diable l'emporte !
—Le petit garçon n'est jamais revenu ?
— Jamw ! et il Ig^it iwieux de ipte pas revei^iir,
— ^La ' petite fille efst morte dans le bois ? Tous êtes heureux, vous, les poulets vous 'tombent tout rôtis dans la bouche : je voudrais que pareille: aubaine m'utrivât.
— Là pettte fîUe?;.'.... Oui, elle s'èst'écaftée en altant au« framboises. Je l'ai chétchée
partout pâ» moyen de^ la retfoa^er* €e
n'est pas ma faute comme vous voyez.
--^Ott la croit mort^ ?
— Morte ou pas morte, ça m'est bien égal *
Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle ne reviendra pas comme elle est partie C'est ça
qui ferait une jolie fille pour le plaisir.*.... vous savez ?
— Bah ! n'achetez pas la cage avant de prendre l'oiseau. C'est une enfant !
—Ça vient vite : laissons faire,..:..
—Vous devez avoir un joli ta^ de piastres dans votre coflfre ?
— C'est la femme qui compte ça ; moi, j'apporte à la maison..
— Laissezrvous votr^ femme seule quand vow venez à Q«éb^c ?
— Elle est bien capable de se défendre ; et
puis elle n'est pie^s i^i b0Ue ! ceux q^i la
prendront de nuit la rendront bien de: jpur.
— Mais des voleurs pourraient piller votre maison.?.
,^1)08 vfyleurs? ils seront ^ien ënb s^ils trouvait mpn argent.
s -hD.^Som^eiV ' de* : coffres, /ouriir des . tiroirfft c'est l'affaire d'uaimomfiut» . . ,. ,
— Pas si bête Eusèbe.As«aUn.: que. d^i< faire comme .tout le mpndç. Les vieilles casquettes et les yievix bas tout \isés sor^i ;pluç fidèles, gardiens que les cofixes e:t les tiroirs...?" . ...
— AuiieE-vous pensé, à cela, vous antreis ? dit le charlatan à ses amis.
■—Non!
—C'est qu'Euôèbe Asselin n'est pas un imbécile, allez ! reprit l'habitant enivré Doc-
teur ! vos remèdes, que je m'en aille vendre mon grain. Il se mit la tête sur son bras et s'endormit appuyé sur la table.
Un jeune homme sortit de l'auberge. O^était celui qui n'avait point voulu boire, se défiant de la traîtrise du rhum, et soupçonnant de mauvais desseins chez les hôtes de ï Oiseau de proie.
— C'est heureux pour lui qu'il ne parle pas,, dit le charlatan, car il ne sortirait pas ainsi.
—S'il savait écrire ?
— Il no sait pas écrire non plus, reprit Chariot, je m'en suis assuré. Vous comprenez que je l'aurais fait disparaître déjà, s'il eut pu none^
. LB ' PÈEiBBIN. DB ë/OOmB M»VJt. ^ 195
trahît ; cÂr il lie me* piaît guère,' et il. devine certainement quelque ' chosç dé notre vie ; j'ëi vu cela Tautre jcxuri im^i^ ^ ^^ yeu^>yec le contre-maître visiter notj;^ bpig.
— Il n'a. pas: d'afiaire ici, obaervîà. le. ohef.
— V ous oubliez, ^it la mère Labouriqiie, qu'il «st demeuré d&im cette maison autrefois, quand il était én&iit ; il est tout ^ naturel qu'il aime à revenir me.Toir. ' : • .
— Alors que n'enf re-t-ir dans vos appartements?- ■ ' ''' ■■ •' ^^' •■
—C'est cela! il n*a pais raison de rester ici dans cette pièce : il ne boit pas, il n6 s'amuse avec personne. ' ^ •'
Asselin ronflait comme une chaudière qui bout. Les brigands restaient seuls. ,
-i~V oyons s'il a de l'argent, dit le vieux.
Robert introduisit adroitement dans la poche des pantalons d' Asselin sa main crochue, et tira une bourse de cuir fermée par un cordon. On compta la monnaie. Il n'y avait que trois piastres et quelques sous.
— Ce n'est pas assez, fit le; charlatan. Ne perdons pas notre réputation pou t si peu.
cl96 .U JiBDBDf. DB SAIBSCBJANmX.
..*y^TiLasTaisoii^répKHi4it^l6 ohe£ \17eud8ide6 jbdateiUes.de. sdfx)^^'0èla.n9«ltt paiera: mieux. .
' ^^lysiillehrs, observa ChatM, si hortë le dépouillons, il sotkpçontteraE'le dbcfeuT (jfiii l'a prié- de venir' ici,< et . k veiaïe -de® droguies en iéprouv^rit un éphec redouta^ble, / .-
L^rgent :fot iremis dans, la bo«tse;«!et 4a ibourse dans le glMSsset 'du dormenr énÎTré, qui ne s'éveilla qu'une rheurB. après. Les brigands n'avaient pas quitté l'auberge.
— Vous m'avez mis dedans, dit Asselin en prenant un air joyeux pour effacer ^a honte,
-—C'est un accident...... ça se pardonne.
Au reste, personne que nous ne vqos a vu ; personne ne le paura jamais.
— Et puis, refpartit Assi^Kn d'un air plus dégagé, est'Ce que je ne suis pas libre de faire
une petite fête avec de nauveaax amis ?
— âans doute.
— Surtout avec un homme important et remarquable comme monsieur. Il montrait le docteur.
.-— YoUB me Mtes un complimeKtt qui me rendiorgueilleuic, répliqua ie dbaii*ktran.
LE P^LEEm ÎDÀ SAIli^E ANNE. 19T^
— ^Mohrtettaht difBu^be', iffanfr que j'aille ' SUT lé marcM. lï se lera. ' Le chàriàtan Inî pi^feefttattt une botiteiUie de skop :
'— Yôukz-vous Tâcîce'pter en signe d'amitié?
— Ah! vous êtes trop aimable! On ne
peut pas refuser, mais le vais en acheter une d'emi-doûzaine.
Le docteur à la barbe rouo;e ejnyeloppa six . fioles remplie* du. célèbre sirop de, la vie éter-f nelle, les remit à rhabitaut quixmy.a de.bjoa, cœur et sortit.
DRÔLÙS EST.
'Le muet, réparé brusquement de sa pro-^ tégéé, pendant la nuit du lundi, s'en était allé, rêveur et désolé, vers là cage qu'il regrettait d'avbir quittée sil6'f. Ori le sait, une pensée, pourtant, l'avait un ^U consolé, la pensée que l'enfant serait rendiie à si famille paîr te maSfre d'école. îl s-était proinis qu'il retiendrait' è la ville le vèiidi^i suivant, et ' qir'ir y reatèt^ait jusqu'au samedi, après le
198 LR PàdER^ m SAINTA A.NNE»
départ du bateau de Lo^binière, afia de voir si ie paître d'école ot Vepfaut preudraient pas* sage à bord. Il y vii^t en effet, et ç'e^t qe qui . explique sa présence à V. Oiseau de proie au moment ou son oncle y entra avec le charlatan.
Joseph n'était plus ce jeune homme cynique et pervers que nous avons vu dans les chantiers^ buvant mieux que les autres, jurant davantage, blasphémant le nom de Dieu plus gaiement^ Le châtiment terrible dont il fut l'objet le convertit. Quand une force invisible enchaîna sa langue, que ses lèvres s'agitèrent convulsivement pour ne laisser passer qu'un râle a^reux, que la colère du Seigneur offensé se manifesta d'une façon si terrible, il se prit à trembler ; il crut qu'il allait mourir ; que la terre s'entrouvrirait pour l'engloutir tout vif. Ses crimes passèrent devant ses yeux comme une volée
d'oiseaux sinistres. Il fut effrayé Si jeûna
encore, il n'en put compter le, nombre, ni comprendre la grandeur. Il revit les jours de soa enfance, alors qu'il avait encore la sainte innocençe du baptême, et des, larmes de ri^^etj i^oui lièrent ses yeux l^gards.. Il revit, comme dans «an r^ve, sfa mère mpur jante qui lui.deîaaçLdait de réciter un Ave^ Mmia, chaque jour, et
il eut honte de sa lâchet^. Il tomba à genouK et réci^ta m^entalement ; la prière angélique» . suppliant sa. mainte mère de le prendre en pitié. ,
Ses compagnons rient d'abord. Ils croient à une facétie et applaudissent. Le camp tremble €0us les lazzis et les battements de mains. Le muet à genoux se frappe la poitrine. L'an des hommes de chantier, Ficounoc, s'écrie : Le damné ! je ne le croyais pas si drôle !
Drôlus est ! dit Tex^élève.
. — C'est assez de singeries, lève-toi ! repiart ' Lefendu.
— Tu nous fais mourir, farceur, ajoute Fous- ; sedon.
Djos, reste à genoux et pleure. '
— Baptêoie ! hurle Picounoc, es-tu fou ? ^
—Il est saoul !
• L'ex-éJère lui donne une accolade arec ' le pied et lé fait tomber en avant. Alors, le muet se lève et sort de la cabane. Ses camarades ' le voient s' enfoQ^e^rsous les grands pins bhargés dQ neig^j tête, nue; et saus capot î Plu^i^urs commencent à soupçonner quelqrie olto$e;
d'eïtmordinaire. Paul Hamet dit pour leur ^ ôtei' cette idée sombre : Si quelqu'iÉin a imérité d*être pani, c'eiét laoi ! pUisî^ue c'es! mbi quî^ lui conseillais de faire ce qu'il a fait. Or jei parle encore comme rare de créa t«ireft# et Je bon Dieu n'a pas l'air des'^B apercevoir ; donc, ce n'eftt pas Lui qui a puni Djos ; doiwï Djo$ eat , plus fin que vouei autres, et il vous mystifie.
-^Mais il pleure ! observe le conque, '
— Toi; tu n'as pas voix délibérative au conseil, réplique Piconuoc, ferme!
— Pélibère avec la marmite,. dit Tin tàino.
— Cum marmitâ tuâ\ ajoute l'ex-élèA^e qui' sort'de la cabane.
— Où vas-tu lui demande-t-on.
—Ecoutez ! audite ou auditoiè, c'est la même chose, s'il est iVre, il faut* veiller sur Itii et ne pas le laisser périr dans les neiges éternelles, in ignem œUmum ! traductions libre ; je vais, je vois et je viens! VeMy vidi^ vieil toujours' traduction libre.
— Ya ! et qa<è le diable t'aiceompaguel
-*-Meréi ! c'e^t un meilleur oompagiion quci toi, Picotinoc.
j: Le. Gontjrexmaîtm léfutra.'^KMQme Textélè^e j5QrUit. On la; aracç^iiU c^ qui pfermt â!^YW lio^. Iljhws^fi. lePiâpftulefi et av^l^iUtt y^rxç
de Whûky» Qaeti^iiç$ iQom^nts plus 'tard l'ex-élève revint. Il é.taijt pAle et sérieux, liii d'ordip.aiTe si gai, Tout te inx)ii4(^ Tinterroge à la fois, mais tout le vi^^Uidbe à l>air de se moquer.
— Batiscan ! dit Tex^^lève, Uy a du mystère là dedans. Il est fou c'est certain, ou il est muet.
— ^^Picounoc s^ dressa : Vas-tu croire à ces châtiments que les curés nous prédisent ? toi, nn garçon d'esprit.
—J'y croie qiuafid je les vois, repairt Texélève, qiai parle sérieusemeat pour la première fois de sa vie.
— Où est41? q\je fait-il? Tas-tu vu ?
' — II est à genoux sur le gros pin que le vent a renversé l'autre jour et il pleure.
Une exclamation de surprise s'éleva sous le tpit enfumé de la cabane, et plus d'un visage pâlit..
c -^e. l'appelle, il se retourne, me regarde à
trav^ers ses larmes, <5Diitinuo rer*élève,..«.« Si
vous aviez vu rexpîessîôn de ses «yeux !
Deux flèches de feu qui om pénétré jusqu'au fond de mon cœur. Je lui debuaûde ce qu'il fait. Il lève les yeux au ciel et se frappe la poitrine. Je le prie de revenir, il me fait signe qu'il va nie suivre. « . •
— Et tu crois qu'il fait cela sérieusemnet, demande le contre-maître;
— Oui, je le crois !
— On va rire tout à l'heure.
—Tiens ! le voici ! dit Sanschagrin qui venait d'entrouvrir la porte.
Tous les hommes s'avancèrent dans la porte ouverte. Djos entra. Il était pâle mais ne pleurait point. Les quolibets commencèrent à voler comme les premières étincelles d'un feu qui s'allume. Le muet n'y lit pas attention. Les plaisanteries redoublèrent. Il demeura impassible et se coucha sur son lit de sapin. De guerre lasse on se tut. Les uns crurent à une punition du ciel, les autres, à une boutade du joyeux camarade. Mais le soir vint et la nuit s'étendit sur les bois sombres; puis le jour fit pleuvoir ses rayons sur les cimes des
Lf:. P^LIR^,^PE JSAINT^ ANNE. ^0^
pins, et les. hommes reprirent kurs travaux fatigants; et .le muet; ne parlait point. Et, pendairt plusieurs jours et pen^lant plusieurs mois, la hache affilée retentit sous le dôme de la foret, la scié vibrante mordit les pins résineiix, les traîneaux sans /mes crièrent sur la lieigo ; et le muet ne parla point. Dans tout le c);iantier Ton finit par coinprendre que la maiii de Dieu s'était appesantie sur le malheureux, jeune homme ; mais peu d'entre ces gens dépravés se repentirent et cessèrent de blasphémer le nom du Seigneur. Tant il est vrai que les miracles ne convertissent presque jamais les cœurs endurcis.
Le muet pTiait avec ferveur, du fond de rame, le matin avant d'aller à l'ouvrage, et le soir, après son rude labeur. Il ne redoutait plus les moqueries de ses camarades et restait^ devant eux; longtemps à genoux. Il soupirait après le jour où, porté sur Timmense cage de bois de pin, il voguerait jusqu'aux bords aimés de Québec. Acceptant le châtiment avec soumission, il espérait qu'un jour Dieu lui ferait miséricorde. 11 avait entendu parier souvent du sankCtuaite,de Sfee.Anne, où tant de pauvres malheureux. avaient été consolés, ou. tant de
20'é LE i»lLSRm DE sAnrrs AHNÉ.
lûalaâes avaîeilt été guéris, et il songeait à aller prier avec la foule des âmes saintes aux pieds des autels, dans ce temple de prodige.
L'hiver s'enfuit, les arbres reverdirent, les oiseaux revinrent à leurs nids de mousse. Les plançous furent mis à l'eau. Ils descendirent avec le courant, pêle-mêle, d'abord, ou seul à seul, selon les caprices de la rivière. Plus loin, quand la rivière devint plus large, ils furent liés et formèrent des radeaux. Plus loin encore, quand ils arrivèrent au fleuve géant, les radeaux furent réunis en une immense cage ; et celte cage nous Pavons vue descendre avec les eaux du St. Laurent, s'échouer sur la grève de Lotbinièrcj puis arriver au Capîtouge ; et noUs savons ce que fit le muet.
Les homiq^es de la cage s'aper^reut de la disparition du radeau qu'avaient volé Chariot et Eobert. Le contre-maître soupçonna les canotiers qui lui avaient demandé du secours la nuit précédente ; il interrogea le muet qui répondit par des gestes assez significatifs.
— Sais-tti, dei]iia)i4a le ooiftre-maître, en qi*el enidroit lies canotiers ont amarré leur bois ? Le knuét fit èigue qti*il le savait.
Il passait midi, le maet aTaît en le temps de se reposer et de prendre sa paît â^nn bon déj^ena^r apx îoottôliafttas. Il p«^ aveo le contre-maître. Rendus à Tendroit où le eaBot s'^^iiit ^rrêt^ h. nv^it préçédQi;ite, ils vireïvt des plî^nçoi^ \^en 9fmb)*blçg à ceux qi;j çpj3(iposfii}p}^ l^ur oagç, p^ais qui porjtai^t mie n^arqU0. d^ff^jQï\t^. Dei;^ Jipmnii^s ét^ent sur la grève, près du boiç, et cansaieijit à voixhwte. L'un était mis en bourgeois ; habit et pantalon noirs, cravate large, col blanc levé jusqu'aux oreilles, et chapeau de soie : l'autre était eu vareuse, en pantalon de toile et- pieds nus. Le contre-maître de la cage s'approcha d'eux. Le muet les étudiait avec attention;
— Voulez-vous avoir robîig:eance de me dire d'où vient ce bois? demande- t-il à celui qui porte la vareuse des journaliers.
— De St. Nicolas, répond bravement c^lui-ci. — Ne vient-il pas du OapRouge plutôt ?
— Pourquoi?
— Parcequ'il me manque un radeau bien 4Bemblable à celui-là.
— Monsieur !
2iOB LS PÈIJIBIN /BRv SAIliSS ASXSM.
— Ce bois, continue le contre-anaîtra, n'a pas sa vraie niarqne: il a été -estampé jdepuia peii, ...... deptçis qu!U est. ic^. ... ,\ :* -
—Voici le bo"argôois, répond le journalier, sans perdre sa présence d'esprit.
— Oui, messieurs, dît le bourgeois, ce bois m'appartient. Il a été Remarqué à neuf eu effet, vous avez raison ; mais il l'a été par bcux qui me Ton volé, et j*âi envoyé, cette nuit, dea hommes le quérir à St. Nicolas.
— Alors, monsieur, fit le contre-maître, je vous demande pardon
— Je comprends votre démarche et je vous pardonne volontiers.
Le muet était atterré. Il fit un geste de désespoir ; et quand il s'éloigna il regarda les deux hommes avec tant de mépris, il leur adressa, de la main, un adieu si insultant, que le contre-maître le réprimanda :
— Allons ! dit-il, sois poli !
Le muet pencha la tête. Le bourgeois, c'était Chariot, et le journalier, c'était Robert.
rvë'^xnnu^Ajait. 20C7
î.*ÉGLISte DE LA BASSE- VILLE.
Quand le muet sortit de l'auberge de V Oiseau <te proie^ où se' trouvaient réunià-les voleurs '^ ,sQjQ;r.^acl^;.Â^3&^lia, il.était, agité, d^s plus poignaUftes émotions.. Les* pax^les cruelle» de son qnole retenti^^siai^iit ^à sesoi^ilies; eo^EUOe u^ glaef fuQèb^Qs. . 8a i sensibilité >d'.entÀnt ne l'aVjWt doftc pa%. tr<«npé,..0ti lui: le fils: d'une .^our diÇ cet: homine sans -foi, <}m: l'Jkéritièr • d'uaae ferme' snperbie, il avait été traité plus mal qu'tsin' intrus, pluamal; qu'un, enlant du .crimei Nul châtiment ne lui ftit épargné, et jamais une parole^ de louange- n'encouragea ses eflorts pouii le bien : on l'abreuva de-toute sortes d'humiliationB, et pourtant sa- franche nature d'enfant se touTuait vers le bien, comme la fleur vers le soledl. Une main coupable avait brisé la tige qui sortait d'un sol fécond pour porter de bons fruits ; une main infâme avait fait couler la sève vigoureuse du jeune arbre pour la remplacer par
:9Q8 . fis^.KÈuiim Di isjoiraBciANju.
un suc NTénéneux, et l'arbre avait porté des
fruits amers, des fruits de mort.
— Malheur! ohl Inilfêfeia malheur! pensait l'infortuné jeune homme, à ceux qui m'ont détourné de lavoir droite où,i$ deViais marcher, et qui m'ont rendu un objet de honte et de mépris xà.mes propres î^ç^qx. ! tMaiejep^e.iifelèiy^Jai ! ^GommeJ'enfontpTodîgfee^ j'irai ^ers miOga pèrô !
Il ént^ndeât téUjbUlis iéé r^wx 61i«ni&<èls Ôe •son oncle, éotihfàitafit que rorphëJiii ta'e^^¥ètitit jftiâ^iid ; i'btefôîrè de lia pétJ4?e Mdlri^Lottiis^ égarée dWnfô h bois, f«t tih éèlatr qUi Itti infè'Attà la mérité. Elle iTtiê&i la paître enfant était de tl^ôp dans le monde ! EU^ 'aùss! était tdigours persécutée. EU<e n'avait pas ^sa ^pbàX^e
au soleil Souidestin était éeirit en lelbtres
de sang. Sa vie devait se cacher sous un linceul. Plus de doute, l'enfant qu'il a «auvée est sa sœur^ la petite Marie-Louise. Oet entraînement irrésistible qui le poussait vers elle, c'était l'inspiration du Seigneur : cette voix puissante qui l'invitètit à protéger de son . bras et de son amour, cette frêle créè^ture exposée à la mort, ce n'était pas la seule .vojx de la ©barité, c'était la voix, sainte ^t mystérieuse d^ sang. : . •
LE PisAa^m i^^'^A^Tï'^ÀMl. ' 2091 2
-—Où ^slteilé jàaiuteiiattt ^ tii^ i^œuf^hien . ai^ / mêëi Racetle ! Tyrettcte^gàïdlè îjé pnfe païàoa» net le mal que Ton me fait, tnëiS'jamiaiS'
je ne pe^4.mrm^ Ml mf^l q^Cm' l^V; ^9^ à ell^ j. à eU^^ i^A pet4^çt-SCçj?r,jma^^p^^^^^
Louise ! Elle, rie retournera pas à Lotbi-
nière puisque mon oncle AsèeHn ne la veut
plus revoir ! Racette est sans doute le com- ■
plîce 3e notre bonlrreàu. ' Ils'esf fàitfappeler son oncle, lui 'c«t^ étranger/ péuT'ifiie^ la ' préve^ïife" et set l''âttiicbeT: !r lii'enfant «se -euître ises maiû«depufirquatrejïmH!...:::i.lLae« ietemçts ! de Féitdg'tteF dSoii .v.jQ)ui sait? elle est pe4*têtre mîortiô ?.;:.v;Mieiui vaitttrlafmolrt ique la \îiê avëô cet hômméi iaiâaa|e-br.tiIMôiï:Diettrf.« je> «. pouvais parler ! 'Si^je^^Uvai^édri^e-! iHeonreux J soht'ceux qui'ne négligent /jamais- tesfilepotts ; qu'ilis Teçdivent'^<laiis4''e»fa»cev :;et- q;ui. mefcteat à profit' tous kâ imtûJA^i(^Wîm;ietxt eiOCQiài&d : ..::/.Sijé^pottVai&éfo»iteh:;u.= ^^' /'
Ainëi. çerisait Id muet. Bt;'ces periàées tu- ' mùltueuses tourbillonhaîènt dans son esprit comme les feuilles mortes que, le vent d'au- ' tomne enlève sur le boird des cheiriins. Il ' arrive, plongé dans oe& réflèxiotis; jusqu'à lia Tue JNotre-Dame, tourne lé coin et se dirige