LE ràLKtQP BR.SAXlIpTB AKHB
vers l'église de la baase- ville. Qudques commis, debout sur le perxpn des magasins, l'invitent à entrer. .
— Avez- vous besoin d'un beau chapeau ?
— Vous faut-il de magnifiques pantalons ?
—Entrez ici; nous avons de tout, et pour rien.
— Ici, jeune homme, ici ! JL-es meilleurs articles, les plus nouveaux et les moins chers !
— Le muet n'entend rien, ne voit personne. n ne seule pensée Tabsorbe : retrouver sa sœur. Il entre dans l'église. Cinq heures sonnaient à l'horloge de la sacristie. Plusieurs personnes, à genoux dans les bancs, priaient avecferveur. Dn Tieillard faisait le chemin de la croix» prosternant son front dans la poussière, devant chaque image sacrée de la passion de Notre* Seigneur. La lampe, comme une âme pure qui brûle de charité, comme une étoile qui brille da^s la nuit) yapillait légèrement, suspendue à la voûte blanche, et ses rayons, pleins de douceur et de mystères, se jouaient avec amour devant le tçtbernaçle . d'or où reposait le Saint des Saints, tla. calme profond; régnait dans l'humble syictuaire^,; ^eul^ment,. on ,<}rojàit ■
LE. Bàii^RHV .91 'SAINTS AWt. . 211: 1
entendre, de temps en ternp^, le frôlement . d'ailes des w^% qui se proeternaient devant l'autel du sauveur des hommes. La Vierge \ Marie, semblait se détacher de la toile, pmr venir presser dans ses bras les adorateurs de son Fils, et ses regards souriaient aux âmes pieuses. Le muet s'agenouille devant le balustre. Ses yeux se fixent sur la croix placée comme une sentinelle divine devant la porte du tabernacle, son âme s'épanche dans le sein de Dieu. Comme l'enfant prodigue était revenu couvert de haillons, les pieds déchirés par les ronces et les pierres du chemin, mourant de soif et de faim, vers son père miséricordieux ; tel il revient, contrit et repentant, vers le meilleur des Pères. Oh ! comme il voudrait se confesser ! Le péché écrase son âme d'un poids insupportable...... Il consentirait à. ne plus
parler le reste dei sa vie, pour le bonheur de parler une fois ! Il récite mentalement les prières qu'il a apprises sur les geuoux de sa mère..., ..Hélas! à peine sait-il les prières que tout chrétien qst obligé de savoir ! II parle à Jésus Eucharistie, à là Sle! Vierge, à son ange gardien, selop que le veut son cœur plein . de regrets et d'/3spérances. TTu prêtre ouvre
la poîte d^i k saei^ifttlè; lue mwt; - d^ûn mowt^-^ me»t pTompt et ifïéfliéèài, 80^ trft«Te dfeboûfc Le prêtre vient à M: AVea-ifoUs^ bésbiu de mô» ministère ?
Le muet fe^it signe que oui.
.-rV-epiçp. ■ •. . .
L'infqrtaKié pose ^mx doigt sur sa / botïche et
fait ungésteï.de désespoir. •
—Que Voulez-vous ? "• demande lé ihimstre du Seigneur. • ' . i <
Le muet rètom,b'e à genolix et part à sangloter en se frappant la poitrine.
-"Eteç-^Qll^^W.-'- .■■ .•"." '.'., : . /
Liçgesinel^9*]pa|M|ç rép^ii<J'piiT up..signç, dp.
■lCi,e«> '' ''■■ '«1 • ,•..'•■■". ! . . C r ^ ' •
— VoutezrvoTisfitlier à confesse ?.
Même signe. Alors le prêtre ajjoute: Sui- ' vez-mpi ! Tous deux, passant près de' Taulel, disparaissent dap& la petite sacr^stî^. à eàté dti chuœur. l^e confesseur entre dans le cônfessionnaL et le pçnitejjt s'agenouille à sei^ pieds» derrière Thumble rideau de serge. 4^U bruit léger du guichet qui glisse devant la jalèusîé du confessionnal, un saisissement inexprimable
8'eixiq[iàf& dU: igaa'^oa de: fifaaikior î;«ilj ooiàprend q^u'il va se passer quelque i chose. id<étournant et de^ xos^^iéxi^uxr < >. .I^qogte/nps il >pJeîirei e<;iougtemps ;^ô <îoufess^ur lui parle. Enfîav^3Paiit.:fti^.îiQia^Çi k 'misériQpnJiP^ divine, l'envoyé de Dieu prononce, en &l^aat le signe de la croix sur la tête du, pénitent prosteriié, ces paroles, étonnantes qui délivrent les âmtes de Tenfer et. les rendent au ciel. Le muet ressentit une ivresse ineffable. Il revint dans l'église et resta longtemps devant le Saint Sacremoiit.
La nuit commençait à planer sur la terre. Les murs de la petite église paraissaient noirs entre les fenêti'es légèrement éclairées. La lampe brillait plus vivetnent, et les ombres faisaient ressortir son éclat comme les épreu- Vt^s font téssortit Téclkt de la vertu.
Le muet se leva pour sortir. Il prit Tàllée dé droite. Bâtis la tiiême allée veMient deux personnes, une femme et tineétifant. Un rayon de k lampe tôtaba svCr le vfeage de Te^fant au moment -où elle passait à càté du pénitent. Celui-ci fait un pas en. arrière, et se retrouve en face de la petite lille. Il lève les mfaiiis au ciel comme pour rendre grâce à Dietj, et tombe
2 14 . ly: JPÈSLÊBMXl' I»: Sâimj^ ànM,
a genoux aux pieds de Penfaot ! G^ètfôt sa petite^sœur. ; .
11 Tenveloppe de ses btc^s et k presse sur son cœur. La femme veut le repousser: AUez- TOHs-en, dit-elle ! Qui êtes- vous ? Laissez cette enfant! •
Le muet ne bouge point. L'enfant, qui le reconnlaît, ne semble pas eflray êè. L)e prêtre, attiré par le bruit, accourt. ' '
— Ah ! vous voilà, dit-il à la femme ? Et c'est Tenfant dont vous m'avez parlé...... Mais que
faites-vous, vous? (Il s'adressait d'un air sévère au muet,) qu'est-ce que cela \^eut dire?
Le muet tenait toujours sa petite sœiir contre sa poitrine, et ne paraissait pas vouloir s'en séparer.
— Laissez donc cette enfant, reprend le curé.
Le muet fait signe que non.
— Est-ce là cet homme dont vous, m'avez parlé ? demande-t-il à la femipq
La femme répond : — Non, monsieur le curé ; celui-ci, je ne le connais pas.
—C'est peut être un de ses amis ou de ses complices ?
— Je n'en sais rien.
: — Le connais-taj ioi ?: ditnl à Marie-Louise.
— Je l'ai vu sur la cage.*.... î .
—*Sur laçage .sur la cage.... ..Je n'y comprends rien ! murmure le prêtre, et il ajoute : N'itoporte ! Je l^ai promis, jeté sauverai! •
Le muet, en entendant ces paroles, laisge la petite Marie- Louise, prend les mains du prêtre et les baise affectueusement ; puis il pousse reniant dans les bras de son nouveau protecteur et s'éloigne. .
A la porte de l'église, il se trouve en face de deux amis de chantier, l'ex-élève de troisième et Sanschagrin.
—Sérieusement converti, Djos ? dit Sanschagrin, en guise de salut.
— Converms ad Dominum, répète l'ex-élève.
—Imagine-toi, reprend Sanschagrin que nous voulions, Paul et moi, aller faire un tour de calèche, et ce misérable charretier refuse de nous mener*
— Et nous voulons même le payer d'avance.
— Il dit qu'il est retenu pour sept heuresprécises
— SepUma. hara prœcisa.
2I(: u sÉLUiii DB BAvmt-JLtmm^
--Oh^ ta bien TUr: voilà qae Tangélns sonne ; il est sept 1ijsuti»&.
^A potit^ cloc))e 41? ^ bass0-v|ll(s tiute joyj9¥^pe^l^nt ses .ât^, ilfaria, peudan^t que pluç loin, sur le c$^p, la gFO$s^ cioç|ie 4e la cat]^(§* drale, remplit le ciel de sa voix lente, sonore -et sublime. La porte de la chapelle •s'ouvre en effet, un prêtre paraît suivi d'une femme -et d'une enfant. Le charretier vient au devant d'eux, prend l'enfant dans ses bras et la monte dans la calèche : la femme s'assied à côté de la petite fille. Le cooher se place sur le devant et fouette le cheval qni part au grand trot.
— C'est vrai quH était retenu, dit Sanschagriu à Tex-élève^ c'est un digne homm«.
— Vere dignum etjtistitfH^ ajoute le maniaque de Paul Hamel.
— ¥iens donc avec nous autres à l'Otseoi/ de proie^ demande {Sanschagriu au muet.
— Viens donc ! dit Paul.
Le muet n'avait guère envie de retourner dans oe taudis; mais il ne connaissait pas d'autre monde, le malheureux, que celui qni fréquente ces sortes de maisons. Et puis
<{«é^uè^oBè râtta^aSt à cet1?e auberge où' il éteÉtt t^&ié lohgté)àipB, quand lés mauvais traiteiûiehts et ia haine de son 'oncle le poursuivaient sans Telâche. Il n'avait pas été maltraité sou« ce toit méprisaible et l'amitié l'avait protégé de sa tiiiain bienfaisante ; il était donc excusable, dans son ignorance, de .céd^r aux 60)iiQita%ion;s' de aes oa^^^rades. ,
LE CUJRfÉ DIE QVÈ^tC*
Q^eiiavièye ne doi^it gâè?^ |ki[»rè6leB02^e extraoi?di|^'i(e qiui ^vli^a ses esprits: Sa; conscience, se réveilla comme un lac secoué. par une com^iotion souterraine. JjCS remords dé? çhirèrent son âme ; elle eut peur de mourir. Elle crut que ce réye était un avertissement, et elle prit la résolution de ne pas le mépriser. Oomipent, en effet, expliquer ces songes mystérieux qui visitent paiîbis notre sommeil, Mutôreht à â^dë ybUài le ^téi^de ri^tiit,^t liôttéifoïift iMvl^ d'iltfé dtoùbfe ffeienq talque
218; L^ PfeLflj^lN DB.SAINTB 4NNB»
sorte i ou nous transportent en jcles lieux éloignés, poqr noi^s montrer ce q\ii s'y passe» jetant comine nn demi-jour sur des événements que rien ne pouvait faire prévoir, nous donnant coipame une faculté ,d*être, à la fois, en plusieurs lieux ou dans plusieurs ten^ps ?
■ Geneviève fait le signe de la croix et se recommande sincèrement à la sainte Vierge* Elle se trouve fortifiée.
Une idée vient à son esprit, une idée de salut, comme un ph {ire qui luit tout à coup sur le rocher dangereux pour guider le navire qui vogue vers le naufrage. Elle se lève, revêt ses meilleuri^liatiitigf.^t d^sceàd dàliè la salle où se trouvent réunies plusieurs femmes. On lui fait ùiié' Técè|>lic^ti fort ô«aîcàlle. Elle se montre aimàblei^ Le miaitre d^'é^'té dormait encore.
Elle prétexte une raison pour sortir et se diriffe vers ' Tégiise de ja haute-ville. ' Elle entre résorument dans la sacristie, deinande à parier ^u cure'qùî'soft du confessionnal. Alors ùh trouble profond s'empare d'elle; là hont/e ej: la cdlitusion se ^peignent sur ses traits.
Pp Wt^ij^t; qugL ,lw>i^n^e fii^ ^niaig pi u^. humWe et plu§<çqinp^tissantque cet :$idm;ra^^ çur^ ?
LB PàLIBIN M fiAINTI ÀNÎIS. 2^19
Il avait la ' naïveté de Feh&nûe avec r«périence des années, la candeur de l'innocence avec la connaissance de toutes les misères humaines. Son regard doux et ferme attirait tous les cœurs et faisait tomber toutes les préventions. Sa voix était onctueuse et la charité coulait de ses lèvres comme une huile sainte. Prompt à pardonner, lent à punir, il ainïait les pécheurs, comme Jésus-Christ les aimait, en détestant le péché. Il était véritablement un père au milieu de ses enfants, véritablement un pasteur au milieu de son troupeau. Gomme son divin maître, il eut donné son sang pour «es brebis. Il leur donna une longue vie de prière et ' d*amour, de travail et de bonnes œuvres. Dès ici-bas sa vertu fut récompensée, et il porta longtemps la mitre sacrée des princes de l'Eglise.
Faisant un effort suprême, tîenevièvé avoue ises relations criminelles avec le maître d'école ; la conversation qu'elle a surprise, le rêve qu'elle a fait et tout ce qu'elle sait de la petite Marie-Louise. Le curé, fort ému, lui ait ^qu'elle doit remercier Dieu d-e ce qu'il fait pour elle. L^enfant que des méchants â'effot-cént 4e perdre sera sauvée, si elle le veut. Et en
aap uB,?jb«^9w j)|î BAmm.é^^it'
jsaixva^ cette petite fij|^, ell/^ ç^ djêlwrç el[lp mém^ 4^ chaiiiesshput^nsds qgi U ci^tivent : Fuyez cet hpmme qui vous tient sous im jo^g jjifâme, OQutiane-t-JÎl, il i^e voi^ aime poiqJ;. Après vom, une antjre. Quand vous aurez p^^rdu les charmes qui le retiennent, il vous r^yettera comme on rejette un instrument brisé : il tous méprisera, Qar il aura connu votre faiblesse. Vous ne serez jamais heureuse dans le crime, paroeque la vertu est le bien de Dieu. La vie passe vite et personne n'échappe à la mort. Quan4 vous mourrez vous serez dans le déspspoir, parcequ'il ne sera plus temps de revenir à Dieu. La contrition n'est pas nu simple acte de la volonté. On la demande à Dieu, on l'obtient par la prière et la méditation. Il faut que vous sauviez Tenfant ! il faut que vous vous sauviez vcmamême!
— Je le veux, répond Greneviève.
—Je vous trouverai un refuge à toutes deux. Je connais «ne famille qui vous accu^i^era et où voi^is vivrez dans la paix et la vertu. II n'y n point «l'eii^EBait d^ans çeitte &]ii«Ue. U a plu à Dim 4fi^ zeAnMT oet booliew à ma ao^or bie&r aum$e.*.^..L^ Seigneur qpdl YMt toiit ^i&fi»-
jM MUSiM 'Ss^ff/LlNTi iâhnb; 22L
la petite ^^Vi^ ^M8, «Uw à rrHdteM^eii, j^ vpus pjéyi^a^^^i' ^^ ^ais écrira à. jm sodor ; j^anrai la réi>onse de suite, et yeuji^edi. ^Çi-i'rj^i l'espère, vous partirez. Vous . commencerez une vie nouvelle, une vie de vertus et àe félicité. La mère qui veille sur son en&tiH; ^u
haut du ciel, veillera aw8si çur .vous: elle
vous Ta promis.
La Ûrôlet Veiialt d'afrtver dé la dàïûpkgne, Racettè et Paméla Tàtt endaiëfit chez elle. En femmë'dôupablè dlle '^àtrfit àù prbjel dé ses amis. Elle calcula d'avance ce <][ue là bëalité* de'fèdlâiÈt^x^ttvaiJf Ifii rapporter .' C'esî xin àp|>àt'sédûi^si!it, dtèâ!it^<ellè, et é^tk ëë vëiid à ptix d*dr. \NiB nié fiârlezpas de celles qùjB W plaisirs ont couronnées dé leurs épines: Aménes^mol oèttô petite et je Ift'drefiB&rbi bteà.
Le frère et la sœur sortirent enchantes. La femme puttti^uid: airait lUîéraleiheart 'P^7<é «a jeune vi^ûnd. Eq jeve^^nt^ je Wfvîtr^ 4'éçale disait : C'est un bon conp ! £!Ue. ^'ân çtortira jan^ais. Elle ne songera ^gùère à fetrçuver une famille qui rougirait délie, et des amis qui la repousseraient. ^
222 LB. PftLBBIll 98 «AIRB ÂMBÊ^
— Chu/Tépoindak8a«œiir,etjM fiUrttesqitt arment ici  danse OU' treiw mmn*€m eortent point, si oe n'ert pour aller m ciaietidre.
•^Eufièbe ra jabilér a cette noayelle; Je l'attends vendredi
—Tu lui as écrit ?
— Oui.
En parlant ainsi ils entrèrent.
— Habille-ia, dit le maître d'école, et la condnisons avant que Gteneviève ne rentre.
— C'est l'afiaire d'une minute: elle n'a qu'une robe à revêtir.
— Farceur de muet qui voulait m'ôter cette
enfant ! grommela le maître d'école il sera
fin s'il la rattrappe ! Et lui, je le pincerai
bien ! Il aura bien son tour!
U fut intemmipu dans son monologue par un cri de sa sœur !
~Qu'as-tu donc ? lui demande-t*iL
Paméla soi4 tout excitée de sa chambre.
— La petite est partie
— ^Que dis* tu ? partie ? la petite est partie ? ..• ce n'est pas possible.
Et U oBtre dans la <^ambre, fouille p^ixtmd : : pltw personne, pi w rien !
—Comment cela peut-il se ftiire ?...... Adée !
Adée c'était la servante. Elle répond:
•^Quoi ? monsieur ?
— Est-il venu qnelqu'un ici ?
— Non, monsieur, c'est à dire oui.
— Non ! oui ! es-tu folle ? Parle ou ne parle pas! Est-il venu quelqu'un?
. «—Mademoiselle chose que vous avez
amenée hier soir.
— Q-eneviève ?
—Oui, monsieur, elle est entrée tout à l'heure.
— Et elle est partie avec l'enfant ?
— Je n'en sais rien.
—Comment ? tu n'en sais rien, reprend "Racette qui ne peut revenir de sa surprise.
— J'étais dans la cour quand elle est sortie — si elle est sortie— je ne me défiais pas d'elle, moi.
Racette pense: Elles sont peut-être en haut : on se désole pour rien. Il appelle ; per-
é(»ûi^ ne rèpdnâ. Il - àiotite, pàttthÉift cUàque appartement, visite da ^ia^e €(t le grl^ûîer :
Parties ! e^clame-t-il avep 4^%P<>îf^f -^Uee fiont parties !
Gréneyiève sortit de l'église forte et consolée. Elle retourna en tremblant >àai¥d cette 'Maison de malédiction où ellie :a¥ait p^é, la ^Ajit^ Le maître d'école et sa sœur étaient sortis. La servante dit : Ils sont allés chez la ï)rolç(t pour lui (lemander de pre'ndreùhejètine fille tSbe^elle. Geneviève entra datos la chambre dé mademoiselle Racétte. Le lit était dêftfit. Tj^énfaiït dormait encore, bien qu'il fut près de^miâi: 'Geneviève l'éveilla, la revêtit de sa robe, etrèimne- <na piJeds nus et sanfe ch&peJftUi La {>auvre orpheline n'avait jamais eu de souliers, et son chapeau de pmlle était r^sté d^us le boisi L% servante alla dans la cour verser ijpe cuvette d'eau. Geneviève et Marie-Louise sortirent. Geneviève tremblait. La petite lui demanda.: — Vas-tu me conduire chez mon oncle ?
Elle la conduisit à l'Hôtel-Dieu.
ui PkuaiN j)« SiVii<» A^wil* S9^
LES D.BUX CALèClîES^
Le maître d'école chercha Qe^ievîèv^ et la petite Marie-Louise, pendant trois jours, et ne put découvrir le lieu de leur retraite. Il ne pouvait s'expliquer atie fuite aussi prompte et si jieu'préhiéditée. Il se perdait en coujectures': Serait-ce le muet? pénsaît-il, serait-^e (Bheneviève? H se rendit à Taùbcrge de VQi^cm de proies où.MiMiiettti toujours qu^K qqe^ .nu^ d/e; seSk noav^^.us compagnons. 1 1 leur fit p^t dxs/sa mésaventure : totls jurère-njfc de l'ai(ler ilaos ses rççhercb^s. Et e^ eSf^t, ils so répandirent (Jaixs I9, vijljle, cpmiia^e 4€h| bê'tes fauves, rôd^t, flairaft,t p^rtQU,t,^'attaiTdABt'aox cpins de? rx^^^ pçur épieir \^ g^m et- qm^^ tionQcint toi^tle monde. Mai9 lews peines furent ii;^utilee ; ils tr^valUèreoteu pure piQrte, tJnç retraite sûre autanrt- que sacrée dominait aux fugitives sou efficace protection cp^tr^ iQurs epuç^is, Le.yei?4ï«di arïka.; Ki^o^tji^
226 ht PÈI^BRIM DS SAINTS ANNE.
qui avait mandé son beau-frère de descendre à Québec, craignait maintenant de le voir venir. Son triompiie s'était changé en une défaite humiliante. • 11 était morne, irascible, et se serait donné au diable pour le plaisir de se venger de Geneviève et de perdre l'enfant.
L'aprèsdinée du vendredi s'écoula et le beau-frère ne vint point.
— Le bateau doit être arrivé maintenant, pen* sait-il ; si Eusèbe était descendu, je l'aurais vu déjà. Il n'est pas venu, tant mieux ! je vais me rendre au marché, pour m'en convaincre.
Et il partit. Une pensée lui vint : Si je passais par le palais ? il y a peut-être quelque berge de Lotbinière : je les visiterai de crainte que les diablesses n'y soient cachées.
Il se dirigea vers le palais. Il n'y avait là qu'un bateau de Lotbinière et un autre, de St. Jean Deschaillons ; mais les fugitives n'étaient point à bord. Racette, déçu de nouveau, prit la rue St. Paul et chemina lentement, comme un homme qui ne sait où il doit aller. L^ Angélus sonnait. * Pendant que les âmes pieuses faisaient monter vers le ciel, avec les flots d'harmonie de l'airain sacré, leur humble
prière, lui, le misérable, il blasphémait le saint nom du Seigneur. Tout à coup,. comme il passait vis-à-vis la côte des Chiens, il vit venir une calèche. , Le souflBiet en était relevé comme aux jours de pluie, et le cheval trottait dru sous les coups de fouet. La voiture passa comme une flèche, mais il put voir, de ses yeux de lynx, une femme et une enfant assises toutes deux en arrière, et il entendit un cri léger. La foudre l'eut frappé qu'il ne se fut paé arrêté plu» subitement.
— Les malheureuses ! hurle-t-il ! les infâmes ! Et il s'élance à la poursuite de la calèche : -^Arrêtez-les[ ! crie-t-il, a^rêtezUes !
Lés gens se détournent pour voir et ne comprennent pas ce qu'il veut dire. Il rencontre tin charretier, moiite dans la voiture:
— Vite ! fais crever ton cheval s'il le faut
—Rejoins là calèche qui vient de passer f
— Ce n'est point aisé !
— Mal,édiçtion ! vasrlu partir ? Fouette !, marché t file ! eh afanl I
Le çqchçr çieçp JejjÇfitplus.réjpéteiTt 4^efoqet iîJt>ojire les flancs 4^ çl^^val qui bondit et s'é*
228 ÎÉ PÈLBtLÏN î>i ÔAÏNÏB AKlTiS.
làïice sûr la route. Les roues de la calèche tournent comme deux scies rondes. Pourse g-arer de cet attelage rapide les autres voitures cèdent tout le chemiu. Les deux calèches passent devant le palais ôt s'engagent dans la rue St. Joseph, qu'elles suivent jusqu'à la rue du Pont. Alors, tournant à droite, elles prennent celle-ci poUr gagner là cathpàgne.
Quand la cadècbe qjui emportait &^nevièv6 et Marie-Louise passa la barrière du pout Dor* chester, l'autre n'était plus qu'à quelques perches en arrière. ' .
—Fermez la barjière! crie le pr^n^ea: cj^cher au gardi^/U, terwez vite! npw i^mmes poursuivis. "*
Le gardien ferme la batiSèare. fiaceiteqni
vient 4^ dira à son^kt^rretier: Ptu»ie tout droit si la barrière est ouverte, poti^e un juron en voyant le,gardieja la refern^er. Mais * le retard n'est pas long, et la rapidité du qheval qi^ se sauve n'est égalée que par la rapidité de celui qui le poursi^it. Lès fers résonnent fort sur le chemin durci. Déjà des £6b6il8 d'écUnlie se Airtnént ëou» les hicifnàis, •et .les ôhéYàtii éïhàleiit, de iéU^âr naseâtit di'
Utés, xm souffle br4kitit. Le trot 4ie suffit plus et les TOittires se metteiit au galop. La petite Marie-Louise tout effrayée tient Grenevière par le btas et se serre contre elle. Geneviève, pâle et interdite, se croit déjà entre les mains du maître d'école sans pitié ; elle pense au rêve de la nuit précédente. Son amant d'hier, à ses yeux si séduisant et si beau, s'est changé en un monstre affreux. Elle invoque la mère de M arie-Louise et lui dit encore: Sauvez-nous !
sauvez-nous ! Elle est tirée de cet état de
stupeur par la voix du cocher qui s'écrie : Il fiiut arrêter : je n'ai pas envie de faire crever ma bète Cette parole est comme un poignard qui fouille le cœur de la pauvre fille.
— N'a;rrêtez pas, dit-eUei n!arrêtez pas !
-^Mais ils jAour rejoignent!...... ils appro*
chent !
Il se penche pour régarder en arrière : Ils voiit pa9^e(r et jiioufi barrer le eheoiiu, contin^et-il. Ypttsoie Qoaums6<ez pa« de mdsQii où vous fieriez en sûreté ? *
-^ene C(MÊim perëoâne id, je suis étrangàse.
Att même instant seà yeux aperçoivent lé
230 LS PàLtRIN DE SATNT£ ANNB.
clocher de Téglise de Beauport qui porte haut, dans Tair, la croix de J ésus. Le clocher fait toujours naître une pensée consolante, un rayon d'espoir ! C'est le drapeau qui rallie les troupes éparses ; c'est le phare qui annonce l'entrée du port tranquille ; c'est le doigt de la religion qui nous montre le ciel.
— L'église ! s'écrie Q-eneviève, rendez-vous à l'église.
— L'église est encore loin, répond le charretier en secouant la tête.
Et le cheval court toujours; et le fouet tombe, comme un serpent tordu, sur le dos de l'animal tout blanc d'écume. Le maître d'école encourage son cocher : Fouette ! arrive ! rattrape-les î les voici ! on les les gagne ! on les tient! Tu seras joliment récompensé, mon garçon. Fais crever ta bête s'il le faut, je ' t'en promets une meilleure,
— L'animal est bon, réplique le cocher. Si j'étais sûr d'aller en paradis comme je suis sûr de les rej(^ndre !
Eacette sourit et songe à la douce vengeance qu'il va exercer. L'église approche ; le clocher monte vite dans les nues. Les denx chevaux
LE PàLlRIN DE SAINTS ANNE. 231
coûtent côte à côte, tête contre tête, et les roues, à chaque moment, sont sur le point de se broyer dans un choc terrible. Penché en avant, Eacette regarde Geneviève d'un air moqueur.
— Arrête donc, ma belle ! Tu n'as pas coutume de te sauver ainsi! Arrête donc! nous
allons monter dans la même voiture !
Geneviève ne voit rien, n'entend rien
La petite Marie-Louise dit : Mon oncle ! c'est mon oncle ! on peut bien l'attendre.
La calèche qui emporte le maître d'école se trouve enfin devant l'autre.
—Bien ! maintenant, barre la route ! ordonne Eacette.
Le cocher obéissant guide son cheval de
iaçon à gêner la fuite de l'autre. Le
maître d'école se penche pour regarder le résultat de ce stratagème. Il n'y a plus rien ! L'autre voiture a décrit un demi-tour et s'est jetée dans le chemin qui conduit au presbytère. Geneviève et l'enfant n'ont que le temps de descendre et de se précipiter dans la maison, quand arrive le maître d'école. Il ne rit plus, mais la colère transforme son visage. Le curé.
282 m tAltrtv z>ib satute ai^ns»
surpris, demande ce qtie signifie cette brasque visite.
— ganveiz-nous de cet homme ! dît Generiève, hors d'elle-même. Et elle entraîne la petite au fond de la pièce, comme pour la cacher.
Itacette réplicfue brutalement et avec audace : C'est ma femme ? c'est ma nièce que j'élève •je les ré.eia.me ! — . Vaus ne pouvez pas me les refuser
Le prêtre hésite : Qui êtes-vous ? demandet-il à Racette.
— ^Je suis Joseph Racette, de Lotbinière, maître d^école,
—Vous êtes sa femme ?
— Non, Moiisieur le curé.
— La misérable ! fait Racette.
— Le curé s'adressant à la petite : Conuais-;tu cet homme ?
-^Mon oncle^ dit l'enfant en souriant»
— L'innocence est admiMble, observe te owé, et son témoignage porte la convictions 4an9; It^a e9prits.
Kaoeite s'applèudit de son atiitace.
si^Venifojat croit dire ia Uréfibé, lepiiend Ci^eneyiève, et moi je la dis.
— Voyez-la ! repart le maître d'école, infidèle
Bt dans pitié, :elle fait le toit conja^al
Piourtant, J6:i?ai biea aimée, je «rai traitée avcfc dèliaateBse et boaté !
—Menteur! reprend Q-ene vie ve Tu m'as
■perdue, tu m'as rendue k plus misérable et la plus infâme des créatures, mais je ne suis pas
^ta femme tu n'as pas voulu que je fusse ta
4emme quand j'ai désiré l'être. maintenant
je ne veux plus l'être ! je ne le veux plus !....
Elle tire de son sein une lettre qu^ejle doune au prêtre : Lisez.
— Ce n'est pas pour moi !
— N'importe! cela ne fait rien, lisez, M--^ pure.
£Ucette est tenté d'arracher ce papier des iziains du curé qui lit atteii^tivemeat ; ses doigts crochus se déplient même daa/s <ce des^ sein ; mais le curé, par mesure de prudence, s'est un peu retiré. Il lit jusqu'au dernier mot, replie la lettre et la rend à G-eneviève, puis ouvrant la porte, il dit à Racette d'un ton qui ne souffre pas de réplique : Sortez !
Le maître d'école sortit. Le feu jaillissait de ses prunelles, la rage faisait claquer ses dents
. Quand il entra chez lui, il trouva son beau* frère Eusèbe en train de badiner avec des nymphes de la rue St. Joseph. Mademoiselle Paméla l'avait mis au courant de ce qui s'était passé depuis quelques jours. Eusèbe fut rudement désappointé. La rue St. Joseph n'avait pas mieux gardé sa victime que le bois du domaine. Cependant les fumées du rhum obscurcissaient un peu son jugement ; il ne songeait pas aux conséquences que pourrait avoir cette disparition, et se laissait enivrer par les jouissances de l'heure présente. Racette fut d'abord d'une humeur intraitable ; mais il se calma. L'espoir de retrouver tôt ou tard Q-eneviôve et l'enfant, et de se venger mieux quand on ne le soupçonnerait plus de haine, lui lit supporter sa nouvelle déception avec plus de patience.