‹ Le pèlerin de Sainte-Anne (volume 3)Chapitre 32 sur 50 · PRESSENTIMENTS · texte numérisé non relu

PRESSENTIMENTS

La renommée, sur ses ailes infatigables, porta vite dans toutes les paroisses, la nouvelle de la culpabilité et de la condamnation du

muet. Il y eut partout un soupir de soulage- g ment : la société gardait dans son sein un scé^ lérat de moins. Elle se trouvait plus à Taise. On ne soupçonne pas la justice. Comme la femme de César, elle ne doit pas être souillée par l'ombre d'un soupçon ! A l'abri de son immense égide, cette femme noble et sévère» cette vierge froide et rigoureuse, la justice, se rend coupable cependant de plus d^un amoureux larcin. Mais jetons le voile.

- Eusèbe Asselin ne trouvait pas avoir payé trop cher la condamnation de son pupille, et sa femme n'était pas loin de partager son opinion. Le mutisme de Ujos n'était plus un secret pour eux. Racette avait appris, des gens de chantier, la terrible punition dont ce garçon blasphémateur avait été frappé. Il l'avait fait connaître,/ de suite, à son beaufrère qui se garda bien d'en parler à d'autres qu'à sa femme. Le secret fut bien caché dans la famille. La première fois qu'Ëusèbe ren* contra Bélanger, après le procès, il lui dit :

— Eh bien ! avais-je tort de chasser ce garçon-là? Mon pupille! mon pupille! lui

l'enfant de ma sœur! Ah! je le savais

bien Qn ne se joue pas de moi facilement...

i$ LE PiLBUUf BE 8AIZITS ANNE.

^ Si j'avais voula vous écouter, où en serais^je-à cette iieure ?

—C'est vrai! répondit Bélanger, mais il faut qu'il soit bien fin pour jouer son rôle comme il l'a fait : il faut quB le diable l'ait inspiré, pour avoir pu répondre à mes questions d'une manière si juste.

— 11 s'était renseigné avant de venir ici.

— Et cette douleur? ces larmes? cette ^ir fection pour tout ce qui appartenait aux défunts ?

— G'était de la comédiô. Il y a de ces gen» qui se transforment comme ils le veulent : iU prennent tous les airs, toutes les figures ; ils rient et pleurent en moins de temps qu'il en faut pour le dire, et l'on jurerait que tout cela est vrai, sérieux, naturel. Mais le bon Dieu* n'a pas permis qu'il échappât. Remarquez- le, on dirait qu'il aveugle les scélérats, et qu'il fait commettre aux plus rusée des imprudences que les plus simples éviteraient.

Asselin n'épargna nul de ceux qui s'étaient constitués les amis ou les défenseur» de sa victime. Madiame Asselin fut plus implacable encore.

JM IPÈLtaiN BE SAINn AlTNS. 47

La petite Nofémie Bélanger pavait triste depuis le fatal dénouement du procès. Bile ne ehante plus en allant traire les vaches, et prie ponr être délivrée de ces liens mystérieux qui l'attachent au malheureux garçon, liens plus forts et plus durs que oeux d'une simple amitié. Elle sent bien que son cœur sans défiance s'est laissé prendre, et elle veut revenir à l'indifférence. Héks l le cœur qui s'est donné à l'amour ne se délivre pas aisé* ment de ses chaînes; il est comme l'oiseau qui ouvre ses ailes captives dans une cag^ étroite. Il s'élance vers la liberté, mais il retombe aans cesse plus triste et plusoneurtri. Une voix mystérieuse dit à la jeune fiUe que son ami n'est point coupable; mais elle s'efforce d'imposer ffiletice à oette voix qu'elle (nx>it menteuse. Quelquefois elle a honte d'avoir été la dupe de tje jeune étranger, qui n'a fait que passer, en quelque sorte, dans le village, et elle pense que ses compagnes auraient été plus : prudentes et plus sages qu'ellemême. Le souvenir des trois individus qui se sont montrés soudain à ses yeux et se sont ensuite cachés pour n'être plus vus de personne, le soir même du vol, surgit .dans s(m ,

48 LB PÈLSBIN DE SAINTS ANNB.

esprit comme une brilme dans la plaine, et l'empêche de saisit Tenchaînement des choses qui se sont alors passées, comme la brume empêche de voir la lisière de la forêt. Elle est heureuse parfois de pouvoir douter. Quelques unes de ses amies, les plus malignes, celles qui n'auraient pas dédaigné le joli muet, lui font des compliments moqueurs dont elle ne fi'ofifense point, croyant les mériter. Chaque fois qu'elle passe devant la maison déserte des pupilles, elle éprouve une angoisse. La pensée du muet revient plus vive, et l'orgueil blessé latte dans son âme contre l'amour perdu.

Depuis l'arrestation du pèlerin, dans la famille Lepage, au Château-Bicher, un nuage avait obscurci la sérénité qui remplissait le cœur repentant de Geneviève, et ce nuage portait la tempête dans son flanc. Geneviève se croyait à l'abri des insultes ou des reproches de son ancien maître, dans cette maison calme, loin de la ville et loin du monde.

— Comment, pensait-elle, pourra-t-il jamais deviner que je suis ici avec la petite Marie- Louise ? Il me croit encore au presbytère de Beauport ; il sait que j'ai des protecteurs ; il va craindre leur courroux.

LB PÈIfBBlN DB SAINTE ANNE. 49

Et confiante en son heureux sort, elle se reposait dans une paix profdîide. Fortement attachée à l'enfant, elle la suivait partout, veillait sur ses jours avec la sollicitude d'une mère, lui ménageait mille surprises agréables, et lui parlait souvent des parents dévoués que le bon Dieu avait sitôt appelés à lui. La petite Marie-Louise qui n'avait jamais entendu une parole affectueuse, ne comprenait point l'amitié dont elle était l'objet, et demandait naïvement pourquoi on l'aimait et ne la battait jamais. Madame Lepage s'était vite attachée, elle »U8si, à sa fille adoptive. Elle ne l'avait près d'elle que depuis quelques jours, et déjà elle faisait des projets riants pour son avenir. On avait parlé, en famille, de la' mettre au couvent. M. Lepage voulait en faire une demoiselle. Madame Lepage voyait arriver à la porte, dans ses rêves un peu vains, les cavialiers jeunes, riches et farauds; G-eneviève se la représentait dans l'habit de bure et sous l'humble voile des religieuses. Tour à tour la petite Marie-Louise disait qu'elle n'abandonnerait jamais les nouveaux parents qui l'avaient adoptée, ou qu'elle serait religieuse, selon qu'elle faisait ses confidences à Geneviève ou

à madame Lepage.

^0 LB l>ftLVRIN DB 8AIMTB ANinB.

Les jours s'écoulaient paisibles eomnie le beau fleuve qui dormait à la porte de la maison. Le repentir avait élevé Tàme de G-eneviève à des hauteurs que n'atteignent pK>int les miasmes du vice. Mais, avec le maître d'école, le trouble et la crainte étaient entrés dans la maison. Les menaces de Racette retentissaient continuellement aux oreilles des deux femmes, et sa colère et ses mensonges les remplissaient de mépris et de terreur. Q-eneviève était devenue triste et n'osait guère sortir. La nuit, des rêves pénibles troublaient son sommeil, et quand s'ouvraient ses «paupières, elle croyait voir le monstiie s'avancer dans les ténèbres à pas lents vers sa couche pudique. Elle essaya de chasser comme des folies ces pensées ^t ces craintes. Oefùten vain. Pauvre Geneviève, tu peux redouter les desseins pervers de ton ennemi ! Il nourrit des projets de vengeance ! Il n'a pas oublié ses premières amours, et ta vertu l'aiguillonne! Il n'a pas oublié tes paroles courageuses et ton ïioble mépris, et la haine, non moins que l'amour, tourmente son cœur. Il te retrouvera : il l'a juré. Il soustraira l'enfant à la garde sainte : il l'a juré. Il ne se repose plus ; il jouit d'avance de son triomphe

lOt fÈLBRIN' D» 8AINTB A^IUM. 51

facile. Il se délecte dans l'imûga de tes souffr&âces prochaines ; il se flatte d'être le favori delà fortune. Il n'est plos seul à te poursuivre. Comme le démçn de l'Evangile, il est allé chercher des démons plus méchants que lui, s'il est possible, et tous ils viendront pour te surprendre ! Pauvre Geneviève, tu as raison de t'abandonner à la tristesse et de verser des

pleurs ! >

Maîie-Louise a vite oublié les événements dont le souvenir empoisonne l'existence de sa protectrice. Dans sa jeune âme les sensations ne se gravent que légèrement, et les images s'effacent vite. Les enfants sont comme le sable des rivages : la dernière vague qui passe effacé les traces de la vague précédente, et les impressions d'aujourd'hui font oublier les impressions d'hier.

La petite orpheline, aimée, choyée, caressée, devient vive et joyeuse. La pâleur de ses joues fait place à l'incarnat, la gaité pétille dans ses prunelles jusqu'alors pleines de tristesse. Dans son heureuse insouciance, elle s'ébat comme les éphémères capricieuses qu'un rayon du matin fait naître et qu'un 80ufi9.e du soir em*

porte. Son sommeil est calme, car son lit est moelleux et ses couvertures sont chaudes. Elle fait des songes agréables car elle est aimée.

Le maître d'école s'empressa d'annoncer à son beau-frère l'heureuse découverte que le hazard lui avait permis de faire.

— Décidément, répondit Asselin grisé par la chance, le ciel est pour nous !

— C'est un beau coup de filet, répliqua le maître d'école : trois ! G-eneviève et les deux pupilles. Et cela quand tout espoir semblait perdu.

— Les deux beaux-frères causèrent longtemps^ ainsi, à l'auberge de L Oiseau de proie, le soir même de l'arrestation du muet. Asselin demanda à Racette quand il se proposait de prendre sa revanche, et d'enlever l'enfant.

— 11 faut laisser s'instruire le procès du muet auparavant, avait répondu le beaufrère.

— Prends-garde qu'elles ne t'échappent encore !

— Elles ne seront pas assez fines oette fois. En tous cas, je les dépisterai bien encore.

—Tu aurais faJt mienx de ne pas tant insister pour avoir Tenfant : on aurait eu moins de soupçons ; on aurait veillé avec moins de vigilance.

—Peut-être! N'importe! c'eist fait. Je

surveillerai la maison. J'ai des amis dévoués. Et puis l'on fait parler les habitants qui viennent au marché. Dans deux ou trois semaines, l'affaire aura été oubliée ; la paix sera revenue dans la maison de Lepage, et tout le monde s'endormira dans une funeste confiance. Alors

CHARLOT s'exerce LA MAIN

Les habitués de V Oiseau de proie suivirent le bonhomme Saint Pierre à l'hôtel de La Colombe victorieuse. Voleurs et gens de cage marchaient bras dessus, bras dessous. Pour être juste envers tout le monde, nous avouerons que les derniers ne connaissaient point l'infâme et dangereux métier de leurs amis d'un

jour, iief^ida, FonsaodoB ot ploaiewrs antres étaieat rieb^s dç dëfmt^i mfifi Us ny^i^t encore .de^ qnalitée : ils ét^eat ivrogste^, sacreurs et libertins, mais, à rezcepMw d^ Picoonoc, ite respectai^t le bien d'antroi. Ils n'auraient pas voulu pour beaioçoup, être appelés voleurei, et ils se vantaiânt de boire et de blasphémer mieux que tout le monde.

L*ex-éiève, tont à ses Têves d'^oionry se sépara de ses compagnons et se dirigea Tera les petits bateaux échoués sur la grève. Il voulait savoir l'heure du départ, car il s'embarquait le lendemain pour Deschambeault.

La maîtresse de La Colombe victorieuse fut ravie de voir entrer à la fois tant de personnes dans sa maison encore inconnue. Les trois habitants se levèrent et souhaitèrent le bonjour aux arrivants, avec la politesse exquise que Ton cultive si bien dans nos campagnes. Les brigands et les hommes de chantier rendirent le salut avec une évidente affectation. Le chef s'approcha du comptoir.

— Messieurs, dit-il anix .habitants, vonlee- V0U6 prendre un verre ayço. nous autres ?

--Bieu des mereis 1 monsieur, répondirentils, nous venons de prendre.

—Cela oe fait rieu, repartit le chef, approchez donc ! Nous n'avon» pas Thonneur de vous connaître^ mais la connaiçsance se fait vite.

. — Quant à cela, c'est bien vrai ! répliqua l'un des cultivateurs.

— Versez à tout le monde, madame, commanda St. Pierre.

L'hôtelière mit plusieurs carafes sur le plateau luisant. Tout le monde s'approcha, les trois cultivateurs comme les autres.

— Que prenez- vous, messieurs ?

Chacun choisit sa liqueur préférée. Le rum fut jugé plus fort et plus pur que celui de la Labourique.

— C'est une bonne maison, pensèrent les brigands ; nous y reviendrons.

La conversation s'engagea. On parla d'abord du beau temps et de la récolte, puis ou en vint à parler du jeune voleur que la justice 9vait arrêté dans s^s beiiux exploits.

— Mille noms d'une pipe ! commence le

56 LE FÉLBSni DS 8AIEITS AHHK.

chef, ce garçon paraissait pourtant bien honnête.

— ^Est^ce que l'on connût les gens à les voir? continue le charlatan.

— Honnête ? monsieur, reprit avec feu rnn des habitants, honnête ? ce garçon4à ? oui, il Test, j'en suis sûr !

— Comment pouvez-vous affirmer cela, vous monsieur ? le procès a eu lieu, la preuve a été accablante, le jugement, approuvé de tout le public !

—C'était le docteur au sirop de la vie éternelle qui prenait la défense du tribunal.

— Ah! monsieur, si vous saviez ce que je sais, vous verriez bien que les tribunaux peuvent se tromper, et que la justice a souvent un bandeau sur les yeux !

— Mais que savez-vous donc, vous, que les avocats et le juge n'ont pu savoir ?

— Je sais que ce jeune homme n'a pas commis le vol pour lequel il a été condamné. Je ne dis pas qu'il n'a jamais volé, jamais fait de mal, jamais mérité de punition ; je ne le connais point; mais pour ce vol

LB FÈIiBRIN D£ SAINTE ANNB. 57

— L'habitant achève sa phrase par une se-

cousse de tète.

— Si vous saviez que cet homme est innocent, vous auriez dû venir rendre témoignage en sa faveur, observe le chef : il est trop tard maintenant.

—Pardon ! il n'est jamais trop tard.

— Qu'allez- vous faire?

— Je vais raconter ce que je sais, ce que j^ ai vu, ce que j'ai fait. J'ai déjà consulté un avocat à ce sujet, et l'aiFaire va marcher. C'est sérieux, voyez-vous. ^

— Oui, cinq ans de pénitencier, murmure le charlatan un peu rêveur.

— Si nous pouvons vous aider en quelque chose, cher monsieur, dit le chef, nous le ferons de tout cœur. Tous les honnêtes gens doivent s'unir pour faire triompher la vérité comme pour écraser le mal.

— Ce que vous dites là est vrai, monsieur, observe à son tour l'un des habitants de Saint Thomas, et quand vous saurez ce que monsieur Page nous a raconté, vous jugerez comme lui et comme nous, que le muet est innocent ; plus que cela, vous comprendrez

58 LB pÈtiVam db saints anne.

qu'il est la victime de quelques monstres indignes d'être appelés des hommes.

Les voleurs se mordaient les lèvres.

— Il me tarde de savoir les moyens que vous avez de sauver ce pauvre jeune homme, recommence le chef. Je m'intéresse à lui sans beaucoup le connaître ; je ne Tai vtt que quelquefois à Tauberge; mais sa ligure me revenait. Et puis il est si triste de voir souffrir rinnocence.

— Ce ne sera pas long, réplique Page, je vais vous exposer les raisons que j'ai de parler comme je le fais.

Alors il dit que le matin même qui suivit la nuit du vol, lui Page, il avait sauvé un canot qui descendait à la dérive, plein d'eau, et que l'accusé, solidement lié avec de fortes courroies, était couché dans ce canot.

— Cela pouvait être une ruse du voleur, remarque l'un des brigands.

— Une ruse? reprend l'habitant; vous croyez ça, vous ? Il avait les mains attachées derrière le dos, et les pieds presque coupés par les cordes. Une minute de plus, ii se noyait ; c'était fini : l'eau en passant sur l'em-

barcatioîi la fit chavirer. J'ai encore le canot chez moi: une auge toute fendue, quoi! Je im voudrais pas faire dix arpents dedans, même avec un bon aviron à la main. Ce pauvre garçon pleurait de joie quand je Tai

déposé sur le rivage Ahl il l'a échappé

belle ! Il doit un beau cierge à son patron !

—^Diable ! c'est étonnant, dit le chef.

— Oui, monsieur, c'est étonnant ; mais c'est comme cela,, vous pouvez demander à Flayien Kichard, si jamiais vous le rencontrez ; il était fèXkx la grève quand je suis revenu avec le noyé ; car .j'appelle cela un noyé, moi, un homme qui se promène ainsi, tout enchaîné, danK un. canot pourri et plein d'^u.

— iEti'onine soupçonne personne à Lotbinière ?

— Lee vpleurs d^e voient être uorn^breux, car

un gros gs^TÇQU cpiqfiaie JLemuet ne se laisse-p^

garrotter par des femmes.

• —^11 parait qu'une jeune fille qui demeure près de chez Asselin, a vu trois étrangers vers le soir ; même que ces^ polissons l'auraient embrassée pendant qu'elle trayait ses vaches, dans le coin du clos. On saura le court et le long de cette • histoire : les tivocats vont de-

mander un nouveau procès, et l'on fera paraître de nouveaux témoins. Si la justice est trop lente, le peuple abrégera les formalités...

— Vous serez un bon témoin vous ?

— Moi ? je sauve ce garçon, ou il n'y a pas de justice au monde. J'étais à la cour quand la sentence a été prononcée ; j'avais un moment à perdre. Je suis bien content, aujourd'hui, d'avoir été curieux une fois dans ma vie. Je n'avais pas entendu parler de ce procès, mais j'ai bien reconnu le jeune homme. Je me suis fait expliquer l'affaire. J'ai demandé la'date du vol, le nom de l'endroit où il a été commis, et j'ai compris de suite qu'il, y avait méprise, et que le malheureux accusé était la victime des voleurs, plutôt que le voleur lui-même. Je ne me suis pas gêné de le dire, et je le dis encore, et je le dirai toujours. Je suis descendu à Québec exprès pour cela.

Le chef se leva, car tous s'étaient assis pour causer. Il tendit la main^à Page :

— Vous êtes un brave homme ! lui dit-il, je vous souhaite bonne chance.

Page offrit à son tour^un verre à tous ceux qui se trouvaient dans la salle. Personne ne

crut devoir refuser. La conversation continua de plus en plus animée. Le soir arrivait. Voleurs, habitants et gens de cage soupèrent à La Colombe victorieuse. La vieille Labouri^ue en fut malade de dépit. Debout dans sa fenêtre aux vitres poudreuses, elle épiait l'heure où sortiraient ses habitués oublieux. Elle attendit longtemps.

Picounoc a profité du moment où chacun

se déplace, pour aborder la fille de Thô-

telière. Les yeux d'Emmélie l'attirent invin-

ciblement. 11 se plaît à regarder les boucles

soyeuses de ses blonds cheveux ; il cherche

à deviner les appâts de sa gorge. Ses regards

insolents troublent la jeune fille, et elle se tient

à distance. Il lui parle de Tex-élève. Malgré

elle, la blonde enfant rougit. Il veut la

questionner ; mais elle se retranche dans un

xntitisme discret. Il vante les qualités du

jetuie homme, aa gaité extraordinaire, sa fran-

ciiise admirable. Ce système réussit mieux.

Oa se plaît toujours à entendre dire du bien

de ceux que l'on aime. Emmélie devient

bientôt moins défiante et cause plus librement

ayec le rasé Ficounoc.

Petit à petit une flamme nouvelle s'allume

dans le btidtir tda ifarçeH d&baiaché. A'^ec la passion de l'attiiour le plaisir s'é vefitliB.

— Si j'étais Tenu le.premier, pense-t-il, peutêtre auraîs-je eu Tamour^e cette fille charmante : maintenant, il est trop tard, elle aime.... et c'est un homme de cage, co)nme moi, qu'elle aime ; c'est un garçon qui gagne sa vie dans les chantiers, comme moi \, Batiscan ! j'aurais bien dû venir le premier ]...... j'aurais été

aimé I Comme 'Paul Hamél je BUis capable

de parler à une fille ; je ne suis pas plus sot que lui!

Emmélie voit bien qu'il se passe quelque chose d'inusité dans l'âme de son interlocuteur, car il est distrait et cause avec moins de verve. Elle croit prudent de se retirer, et, s'excusant, elle entre dans la cuisine en fredonnant une chanson.,

. Picounoc la suivit des yeux : le feu de «m âme montait à sii tête et jaillwnait de fiés prunelles.

De son côté le chef a remarqué l'hôtelière et la comparant ô'ia Labotitique, il voudrait cracher à la figure de la rieille d^ VOtseau de proie. C'efiitquela propriétaire de La Golombe

victorieuse est uDiei belle immu^i ïOfiigî'^ son air: de souffrance, et que le. vieux Saint Pierre est un libertin^

Aprds lé souper^ les deux babiiants de Saint Thomas laissèrent l'auberge. Los autres con< vives s'attardèrent à la table. Ce- nefiit, qjie vers neuf heures que Page sortit pour, retourner au bateau où son cousin, Bichard devait Je rencontrer. Il voulut partir plustôt, mais les voleurs le retinrent à dessein jusqu'à la nuit. Ils avaient besoin des ténèbres pour agir. Les ombres, les ténèbres, c'étaient îeur éïéaient. Jtls y vivaient^ s- y plongeront, comme le poisson vit et se cache dan» l'eau^ comme l'oiseau nage et s'enfonce dans les airs.

L'un des brigands s'en^ était allé depuis une demi-heure déjà.

— Tu pars de bien bonne heure, Oharbt, avait dit le chef, as-tu quelqu'amoureux rendezrvous ?

— Vous avez deviné juste j.. et je Toubldaie J L'affaire du muet m'a. complètement absorbe : je ne pensais plus à Paxoélft c^ui m'a juré d'être, à la barrière Ste» Foye, au coup du caaofuu . .

— Tu as du temps devant toi.

— Pas trop. Il n'est pas, galant de se faire attendre. Au reste, ma grande vertu, c'est la ponctualité.: j'arrive toujours à l'heure voulue.

— On verra.

— Vous verrez.

Il salua et partit.

— Aie ! des amitiés à Pam^la ! lui cria Poussedon.

— Un bac pour moi ! dit Lefendu,

Chariot se dirige vers la plaoei ou gisent sur le flanc, ou sur leur fonds plats, les divers petits bateaux venus de partout. La «mer est basse ; il fait noir. Quelques rares lanternes jettent, comme celles d'aujourd'hui, de pauvres et tremblants reflets vers les endroits dangereux. On dirait les doigts des morts montrant les lieux- où se cachent des poignards perfides. Chariot fouille de son pied mal chaussé la boue putride de cette grève. Il cherche quelque chose. Tout-à-coup il se penche, ramasse un objet qu'il ne voit point, mais qu'il trouve bon, et se glisse le long du quai, dans un angle tout obscur. Il attend. Un quart

L« PàLlBIN DB SAINTS ANNE. 65

cTheure s'est à pleine écoulé, lorsqu'il Toit passer devant une lanterne trop discrète, un homme qu'il ne reconnut pas, înais qui doit être l'habitant d^u Gap Santé. L'homme se dirige vers la Place. 11 marche en murmurant sur la grève ténébreuse.

— Page ! est-ce toi ? demande* Chariot.

— ^^Oui 1 qui est là ? toi, Richard ?

— Oui ! viens donc par ici.

— Y a t-il plus beau ?

—Oui.

— Page dévie de la ligne droite qu'il suit, il se rapproche du quai : Oùes>tu ? je ne te vois pas.

—Ici!

Page entre dans l'angle noir où se tient Chariot.:

— Diable ! Richard, te sauves-tu ? Il

n'y a pas plus beau ici que là bas on enfonce dans la vase jusqu'aux genoux Je

retourne prendre l'autre chemin.

Personne ne lui répond plus.

— Viens-tu Richard ? continue-t il

Pas de réponse.

,:06 u^ ptemnr .i^ iBAwsjt ,4mh

rie ptmf» 1>iw.

Il ijQxianie de -dos «ttiqnai «t se dirâfe "srars icB bevgf». Alors 'Oiitarlpit jB^a^ianGe tax ie bout ;da8 pieds denièié l«iL II marébe dcmceiimôlt, doucement, pour n'êive ^pas eutendn. H « une m^ l^véQ, i^dfOiB ^ i^ain» un c^ôjUûux. Quand il ^Sit asise? pvèBp ifl alt>^ J^ caUloijix de toute la force de son bras sur la têt0 du malheureux habitant qui tombe la face dans la vase. Chariot, transporté par Tivresse du sang, frappe de nouveau sa victime évanouie. QEumd il juge la vie éteinte .dans ce corps couvert de blessur^es, il s'éloigne satisfait. M en s'en retournant il pense : j'ai bienfait de ne pasane servir de mon arme à feu. Un çs^Uloux cela tue aussi bien qu'une balle et fait moins de bruit.

UNE LUEUR d'espérance.

En sortant de La Colombe victorieuse, le vieux Saint Pierre, le maître d'école^ Icioliarlaian,

Sbberi ;ét ' lest geto do c^fer éi^ie^l 9iitrrlè»jà Jj Oistom dt proies là^hws^^ieàimih Ijsluùt^yx^ leur dit en guise de bonjour : Vous : tiiitff ^tyouvé le jeu beau.

' Pioomioo répondit^ Pas Je J0^ comm 1« femmes ! Tordflèobe'I q?(!€kirto ad^il^l^ biloii4<( j'y retournerai.

— Pourquoi n'y êtes- vous pas resté ? répliqua la vîei'Iïe fdrtetttelli conttaTîée.

— Pour avoir le plaisir d'y retourner.

I^ lionise lie se m^tisa iM>iBt. il^U^ boiv dait ses vieux amis« Powisedan propos^ d!alle|? passer la nuit dans la rue St. Joseph. Lefendu seconda la proposition. Les voleuts promirent dte \^à aller rejoindre i^endant la nuit. Picounoc était trop absorbé dans la pensée de la jolie blonde d'ea face, pour tjrouv^r des grâces aiix beaatés douteuses dé la petite rue Si Joseph. Il resta à i' Oiseau de proie. Le chrf s'étant ap^ocl^ê de lui, tous deux se XQÎrent à causer, comme s'ils eussent été seuls. RaeQtte s'était jeté sur le banc et, demi-couché, la tête appuyée sur sa main, il l'efyassait dans teon -èsî^rit, 1^8 iheiâeiltsi variés de i^a- ; liQ&velle existenÇQ^;; .Sotfcrt M iè ,Qlw^ri«^a4 fi^j^lD^I*

)68 ht PiLlElH I>S SAimB AMNl.

de la vente du edrôp de la vie étem^e, et du prix élevé da bois carre. Picoanoc dit au îchcrf:

— Tordflèche ! Je suis mordu au cœur. Je donnerais dix ans de ma vie pour devenir le fidôle et légitime époux de cette jeune fille.

— Est-elle farouche ?

— Brrrrrr ! farouche ! comme une levrette que les chiens ont chassée ! .j'ai voulu

lui toucher le petit doigt, rien qu'un peu, "tomme cela, mademoiselle s'est retirée aussi Vite qne si je l'eusse brûlée.

— Elle s'apprivoisera.

— Varenne ! elle ne comprend que le latin de Paul.

— Laisse faire ! elle ne sera pas deux ans derrière un comptoir d'auberge sans perdre un peu de sa rigidité.

— Tordflèche ! pense-t-elle que^ge vais attendre deux ans ?

Le chef se prit à rire.

— ^As-tu l'intention, dit-il, de brusquer l'atone, et de prendre la place d'assaut ?

LE fÈLEBIN DE SAINTE ANNE. 6^

— Si j'étais certain de réussir, je ne dirais pas non.

— On pourrait peut-être s'entendre tous deux et agir de concert ?

— Avez- vous des intentions pour la. mère?

— Je ne vois plus quelle au monde. Je brûle d'un feu dix fois plus ardent que 1« feu de l'enfer. Je me sens dessécher depuis une heure, comme les arbres que les incendies dévorent.

— Rien que ça ? '

— C'est un martyr épouvantable. Si je meurs ainsi je monte au ciel en corps et en âme.

— Hormis que votre corps ne soit tout consumé.

— Cette repartie amusa le vieux cynique qui reprit : Et tu crois qu'Emmélie aime l'exélève ?

— J'en suis trop certain.

— Alors ne te berce pas d'une espérance yaine, comme dit la chanson.

— Tordflèche ! c'est bien embêtant !

— ^As-tu du courage ?

— Si j'ai du courage? En yoilà une de-

BOi^de ! J'ên,ayaiiS une piroTision considérable et je n'en ai pas dépensé une miette. •

: — As-ta de la sensibilité ?

— Une sensibilité extrême quand on me fait du mal; pas la moindre quand je fais du mal auK autres^

— Si une jeune fille te supplîaitVpar toutes. qu*elle a de plus cher au. monde oti ailleurs, de là respecte!*, et de t'en retourner gros Jean comme devant, que ferais-tu ?

; — Pour cela, par exemple, Pîcounoc est le chevalier le plus parfait de la terre; il n'eùtend pa« badinage là-dessus Je la respecterais comme si elle était ma femme.

Un éclat de rire partit du fond de la saUe. C'étaient Robert et le Çharlataïi qui trouvaient drôles les questions et les. réponses des deux amoureux.

Au même instant la porte s'ouvre et Chariot entre. On ne peut rien- lire sur sa figure impassible. 11 jette les yeuK autour de la pièce; pour reconnaître oeux qui s'y! trouvent. Ses bottes sont crottées, tee^ mains,. sâleÀ et légjèromfint'taehéfià.dë vçingiev IL ^asse -dan^-la

eaiiâne. Oti rèntend m lAt^er. Lb xAà&ï le fejpint dana D^ appartement enfumé.

—L'affaire eét-elle Mte ? detiaandè-t-îl tôtit bas.

— 11 en a pctar sofn CiOfloaiïte.

—Tu n'as pas été vu ?

— Pour qui me prenez- vous ? . . .^ . .

— Je sais, je sais ! il fait noir ! '

—Noir comme chez le loup."

—Une balle?

—Une pierre. Un cailloux fait exprès. 11 est tombé du premier coup, et ne s'est pas relevé.

—As-tti continué ?

— San* doute, et j'ai fait la chose en conscience. S^il n'est pas'mort, il 'a la vie dure.

—Cet individu aurait fait acquitter le muet, , et qui sait enisuite ce qui serait ali venu.

Les deux brigands reviennent dans ïa salle d'entrée. Le chef était rayonnant.

— Prenons un coup à la santé de ce pauvre ' muet injustement condamné, dit-il, et fasse lo ciel que son innocence soit reconnue !

La santé fut bue avec enthousiasme.

72 LB PÀLBRIN 1)8 8AINTJB ANNE.

. — Les gens des chsuatier sont bien des vices, remrqua Picounoc, mais .j'aurais gagé dix piastres contre une que Djos n'était pas coupable.

— Viens ici, Picounoc, dit le chef en tirant le garçon nasillard par la manche de sa vareuse, nous n'avons pas fini de causer de nos adorables voisines..

— Batiscan ! ne m'en parlez plus, la tête ime fend, le cœur me brûle. Je vais devenir fut rieux.

—J'ai une chose à te proposer.

—Quoi?

— Si nous allions tous les deux à La Colombe victorieuse tu comprends ?

—Je comprends que l'on nous flanquera à la porte.

— Non pas! nous irons comme tout le inonde y peut aller. Nous souperons, nous veillerons, nous serons sages pour ne pas exciter les soupçons, et nous demanderons une chambre.

— C'est une idée.

— II faut de la détermination, 'en aurai.

Lk PÈLEÈIN DB SAINTB ANNE. 73

, —Nous choisirons une nuit de pluie : la policé se met à l'abri quand il pleut.

— Et nous choisirons une nuit où Tauberge de La Colombe n'aura point d'hôtes.

— ^Est-ce compris ? '

— C'est fait. Tordflèche ! je m'en fiche ! je partirai de suite après, pour aller voir ma mère que je n'ai pas embrassée depuis quinze ans, et les embrassades finies, je remonterai dans les chantiers.

Pendant que le vieux Saint Pierre et le vagabond Picouijoc, forment des projets infâmes, la jeune Êmmélie et sa mère entrent dans leur chambre modeste pour se reposer ^Qs fatigued de la journée. Elles ne regrettent pas d'avoir vendu leur terre, car la maison qu'elles viennent d'ouvrir est passablement achalandée. L'avenir leur apparaît plus serein que le passé. Emmélie songe à son nouveau cavalier. L'ivresse de ce premier amour la transporte dans un monde enchanté. Déjà elle se brode une existence toute de bonheur et de joie. 0 douces espérances des cœurs aimants ! ô doux rêves du jeune âge ! que vous apportez de charmes à la vie ! que vous semez de

74, Ll PÈLXBIN DE'sAIMTB

fleurs sur nçs j^J. et^^ue F^j^fts^^^emeW de ne pas devînef cc^\a^ vous voi^f «envolez vite! . Emmélie et sa mère venaient de céder aux deaceiiTS dû sommeil; lorsque «trois coups violents fireitt^ trembter la porte de Fauberge. Le sommeil s'enfuit commq lîoîpeitj^ qj^efiraie la.d^tonajtion. du fijisil,. IÇlles^, se leyèrejpLt en treDciblant eï vinrçnt ouvrir en se mettant sous la garde de Dieu.

santé du muet, dans l'auberge ^%]^ Wfis;^- L,abqv^riflia?, C9W^ m /ap, ffçajbat, ç«^4 «* dïtf;, . 4^P8 ij^e qçUwlç. li«Wi^^ W iffoiitFifté . jejune .l^onjfli^. pj^^re, eiii m\?i.^fi9•, l>9^. té]j!^br«&e^ye^eppe^it ]?.vje}llft pj-i^i;.4ft,lft,r,ii«t.S,tf §,t*T ïiiftla? , ; .ma|s. <??? .t^ftèbref, . ^'Qp j; ; rjfti^ 4' ftHî:?i;i?t CQ]i5^^?i;ée9 .à .ce^lep qi^ .r^wi^^«i)^t ^ 1^^ ^st^,^. .

dfP*^,4^*,.a#MSQ|>?v %o;:ftnç,ç.^.i;}qpfluq^, pieu'.

Xt -m^t^ DÉ SAINTE ANNE. "^

^n fitdfohd ^te^bè fègtié dliioûr de lui, silëndé efliràyant coiiitiîë fcéldi dé la 'tômT)e. fi ïi'eiitëilâpâià léYèttt laànùûtet à trkVèts lés 'barrèatil àe fel: diô k fen^tte : là hxiit m càlm^, il vattàtàit '<iftfe la tétaï>ête i'éiéVât ft fentëridtàîf ï)éùt-êttè, cbiûiicié^es ëcliôs pérctùs et lointains, les plaintes des rafales ; et ces phiiostëA to inéleitadent «ax mëmtkeB c<k»me ées Voix, smieb et ^itf<»< Aw fitAk hB mtài heureux s'attache à tmA: te in^dmêt ^^tA est seul dans son cachot se fait des amijs du liseron ^i .s'étiole devant sa fenêtre étroite^ de la brise 4^ dessèche, aux jours d'été, leB parois humides de son tombeau^ et du {frillon qui crie sous la pierre de la porte.

. Le muet, car c'est lui qui pleure en silence, s^attendait à chaque instant de partir pour le pénitencier. Il croyait que chaque, jour nouveau, qtié chaque ïioùvèllè nuit estaient les dérhièYs qu'il éfiàit paséef dân^ i^où dàclibl ïl Iréihîssàît à là pensée de i'îniaûiîé dont son frôM attrait êtVé lîûàrèjuê. Il è'ëhdbfiùit ètt éôàgetint à kà inèffè, et ioh isôtnméU ftit ]^Msîbfe. DètciUè \é jôttr parut, là pôYté dé èâ ôèÛtfïè é'oTÏf rit et i(h ï)ïêtïe 'éhfeèt. Le ï^et éMl ïèvè ÛepiÙB àfeéeÉ îdà^fenl^s tH \Mléiï i

76 LE VfOJfapX DB 8AINTK ASM,

genoux devant on petit crucifix qu'on Im avait permis d'accrocher au mur. Le prêtre s'agenouille près de lui. Tous deux s'asseyent après quelques minutes. Le muet est triste, le prêtre a un reflet de joie dans les j&ax. Il prend la main du prisonnier et la serre, arnica* lement :

*t^A jez confiance, mon enfant, dit^il, Dieu ne vous abandonnera pas. Il semble voubir fidre^ triomiAier votre innocence.

' Le muet regarde le prêtre avec étpnnement.. Le ministre du Seigneur continue:, tin habitant du Cap Santé est venu à Québec/ et il: raconfe qu'il vous a sauvé d'une mort inévitable et barbare.

' Le mùét rayonné de joie et regarde lé crucifix.

' — Déjà l'esprit public se réveillé, ajoute le prêtre, et Ton veut savoir, ce qu'il y a de vrai dans ce récit. Malheureusemenit l'habitant qui peut vous sauver est , daps un état des plu^s lamentables. Il a été assailli et battu cruel* lement, hier soir. On , l'a cru mort. <I1 est à l'hôpital. Les médecins ne savent encore s'il Recouvrera la connaissante, et :s'il. pourra

' I2r PiLlSIir> DS SAINTB ÂNKI. ^ 77

parler. * Cet événement fait sensation, et confirme en quelque sorte la Téritê des paroles qu'aurait dites ce brave /homme. 11 est évident que les voleurs ont intérêt à le faire disparaître. .On n'explique pas autrement l'assatit dont il à été la victime. Votre départ 3seta nécessairement retardé, et probablement que l'on vous fera un nouveau procès.

Le prêtre parle longtemps encore au prison- Jiier, et fait descendre dans son cœur brisé un rayon d'espérance.

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