‹ Le Pélerin de Sainte-AnneChapitre 40 sur 41 · LE SECRET DU CAVEAU · texte numérisé non relu

LE SECRET DU CAVEAU

Le soleil couchant brillait comme une lampe -d'or au sommet des montagnes bleues ; un souffle frais séchait le front des laboureurs. Par intervalles on entendait, au milieu des gras pâturages, le beuglement des génisses, le hennissement des chevaux et le bêlement chevrotant des agneaux. Le pèlerin, ivre de bonheur, s'en revenait en songeant à sa bien-aimée. Eêveur, il franchit la clôture de cèdre qui bor- <lait le chemin, devant la maison de son père, vct il s'en alla par la prairie vers l'érablière.

Le chef et son complice étaient tous deux ^enfermés dans le caveau. Eossette dissimulait mal sa terreur et ses regrets. Le vieux bandit avait pratiqué, dans un des côtés de la cave, vis-à-vis le sentier qui descendait au ruisseau, une étroite ouverture en forme de meurtrière. Le soleil du midi avait laissé tomber quelques chauds rayons dans le gîte sombre, le soleil couchant n'y entra point. Tout à coup, le chef

qui venait d'élever au-dessus de la porte sa tête de monstre, s'écria :

— Le voici I

Eossette regarda à son tour. C'était bien lui, l'orphelin, qui venait, tout à son amour, tout à son bonheur, vers l'endroit dangereux. Ils s'enfoncèrent sous la voûte épaisse, fermèrent la trappe et se donnèrent la main, dans une anxiété terrible. Le maître d'école tremblait. Il s'assit dans un coin, s'adossant aux pièces. Le chef prit le fusil, en fourra le canon dans la meurtrière improvisée, et le doigt sur la gâchette, l'œil fixé sur le sentier, il attendit.

Le pèlerin regardait la forêt d'érables qui déroulait son voile gris de l'autre côté du ruisseau. Il vit glisser une forme blanche à travers les troncs noircis. C'était la folle qui revenait à la fosse mystérieuse. L'arme mortelle tournait lentement à mesure qu'il avançait. Le brigand attendait qu'il fût sur la berge, tout près de sa tombe humide.

Autour des meurtriers, les ténèbres étaient profondes. Seul, par l'ouverture nouvelle, un rayon de lumière entrait comme un dard menaçant, ou comme l'œil de Dieu, dans cette ombre-

épaisse, et traversait d'outre en outre la cave profonde.

Joseph, souriant à la solitude qui l'environnait, s'arrêta sur le bord sablonneux du cours d'eau. La reconnaissance envers Dieu s'unit à l'amour dans son âme repentante, et il tomba à genoux. A l'instant même, une sourde détonation gronda.

La folle, sur l'autre berge, s'écria :

— La tombe est encore vide ! . . . . Pour qui ce sépulcre étrange ? . . . . Les corbeaux se rassemblent au-dessus du cadavre que la terre bénite ne recouvre pas ! . . . . Malheur à ceux qui traînent dans la fange la robe blanche des vierges ! . . . .

Et glissant à travers les arbres grisâtres, comme un flocon de neige dans un ciel nuageux, elle s'enfonça dans la forêt.

Trompé par le mouvement imprévu du pèlerin qui s'agenouillait, Fassassin tira trop haut et la balle sifflante se perdit dans le lointain. Au bruit de la détonation, le jeune homme tourna la tête. Il vit la cave noire et pesante trembler comme les épaules d'un vieillard. Une légère fumée s'échappa par les fissures et se dissipa dans

Taîr. Le bruit sourd se prolongea ; il fut suivi d'un craquement sinistre. Le caveau s'écroulait.

Un amer soupçon traversa l'esprit du pupille ; mais il fut repoussé comme une pensée mauvaise. Il était heureux, le pupille, de n'être pas descendu dans cette cave, comme l'avait conseillé sa tante ; il frémissait comme si le danger l'eut encore menacé. Il se leva, s'approcha des décombres, écouta, mais n'entendit rien. Un accident, rien qu'un accident : c'est ce qu'il pensait. Il revint au ruisseau et vit la fosse creusée dans le lit vaseux. Les paroles étranges de la folle lui revinrent à la mémoire et ses rêves gracieux s'envolèrent comme un essaim timide. Ce caveau qui s'affaisse à l'heure où il devait y entrer, cette tombe béante qui attend une victime, les menaces solennelles de l'insen sée, le silence des bois, les ombres du soir, tout le portait à la mélancolie et jetait le trouble dans son âme.

Il revint à la maison de son tuteur et raconta ce qu'il avait vu. Madame Eusèbe jeta un cri de terreur. Plusieurs voisins qui fumaient leur pipe avec Asselin se regardèrent étonnés.

Eusèbe avoua que cela ne le surprenait aucunement, vu que la charpente de cette cave était toute pourrie, et que le poteau qui la soutenait au milieu, pliait depuis longtemps sous le poids de la terre. On n'y descendait plus. Le pèlerin regarda sa tante, qui devint pâle comme la chaux des murs. Il sentit une angoisse extrême,car il devina la trahison.

Ni Saint-Pierre, l'œil fixé sur sa victime et plein de la soif du meurtre, ni le maître d'école,. accroupi sous la voûte humide et basse, et tremblant comme un poltron, n'avaient vu la toiture de la cave se courber lentement,, comme une vague que le vent creuse. Un instant l'affaissement s'arrêta : les étais parurent résister, et la vengeance de Dieu fut suspendue. Mais l'explosion de la poudre dans l'arme meurtrière, le choc imprimé h la masse hésitante par le déplacement violent de l'air, firent ployer, comme des genoux d'esclaves, les supports trop vieux, et la voûte de terre reprit en grondant, sa chute lente mais implacable. Les deux bandits poussèrent une clameur qui retomba sur eux. Ils s'élancèrent vers la trappefermée, au-dessus de leurs têtes, mais la trappe

ne s'ouvrit pas. Ils levèrent instinctivement leurs bras coupables vers le toit qui s'affaissait, comme pour le retenir et se préserver Je son poids énorme : le toit pesant ne fut pas arrêté par leurs efforts désespérés, mais il s'abaissait toujours lentement, lentement, et les pièces se cassaient et se broyaient les unes contre les autres.

— Malédiction ! vociféra le chef

— Seigneur, mon Dieu ! ayez pitié de moi î gémit le maître d'école.

Prière sans amour, cri de peur d'une âme coupable.

La masse pesait maintenant sur leurs têtes et ils se courbaient malgré eux. La chute s'accéléra. Une sueur froide mouilla leurs corps repliés. E-ossette, désespéré, se laissa tomber sur le sol, le long des pièces ébranlées. Le chei lutta, jetant à Dieu qui le damnait un blasphème épouvantable.

Ramassé sur lui-même, les bras tendus, il sentait sur ses épaules un insupportable fardeau. La masse alourdie qui descendait toujours l'écrasait de plus en plus. Il espérait tomber plus bas, s'enfoncer davantage : il la sentirait

moins peut-être. Il ne bougea plus, une fatigue inexprimable se glissa dans tous ses membres.

— Il n'est pas possible que je meure ici, pensa-t-il. . . . On va venir . . . On va m'ôter cette terre de dessus le dos... Etre enseveli vivant... Oh ! ce serait affreux 1... Comme on souffre dans la terre !

Et, ramassant toutes ses forces, il voulut essayer encore de soulever le poids qui l'accablait. Le sable lourd, entassé dans le trou béant, demeura immobile.

• — Si j'avais un peu d'air 1 pensa-t-il.

Et sa poitrine râla serrée comme dans les mâchoires d'un étau. Un horrible bourdonnement lui remplissait la tête : quelque chose lui battait les tempes comme des marteaux. Le sang lui sortait des yeux.

— Est-ce que je brûle ? se dit-il.

Seuls, ses doigts crispés pouvaient mordre la terre qui les enveloppait. Le sommeil le gagna.

— Il ne faut pas que je m'endorme... si j'allais ne plus me réveiller!...

Ses dents saisirent un morceau de terre et le broyèrent avec rage. Le poids qui l'écra-

sait pesait de plus en plus... C'était le poids de la colère du Seigneur qui pesait sur sa tête. Il râla, il râla... Un engourdissement extraordinaire paralysait ses membres, et il s'imagina n'avoir plus de pieds, plus de mains, plus de corps. Il n'était plus qu'une tête horrible. Et il essaya de voir dans la nuit implacable qui Tentourait. Il vit rouge : c'était le sang. Il essaya de rire. Il grimaça et ses dents grincèrent une dernière fois : c'était la mort.

UN SERREMENT DE MAIN QUI n'eST PAS DOUX

Le travail commande d'être matineux et la fatigue invite au repos. Asselin entra dans sa chambre. Sa femme dormait : du moins, il la crut endormie. Le visage caché dans le duvet de son oreiller, elle songeait. Elle avait raison de songer. L'assassinat de son neveu qui tout à l'heure lui semblait chose facile, n'avait pas réussi : plus que cela, les meurtriers expiraient probablement, victimes de leur propre malice. Ce coup imprévu du Destin la jetait

dans un abattement profond. Il lui semblait maintenant que les soupçons les plus odieux a-llaient planer sur sa tête. Elle voyait bien que ses complices étaient ensevelis sous les décombres, car son frère ne revenait point.. Elle cherchait à s'étourdir par la pensée que,, vivants encore, ils pouvaient être sauvés à la. faveur de la nuit.

Asselin s'endormit. Elle se leva, doucement^ se vêtit à la hâte, prit une bêche, une houe, et se dirigea vers le caveau. Elle avait peur de voir se lever, dans les ombres de la nuit, lesspectres des deux morts. Une plainte sourde sortit des décombres.

— Est-ce toi, Zidore ? demanda-t-elle épouvantée.

— Oui, tire-moi d'ici ; hâte-toi... répondit unevoix souterraine.

Couché le long des pièces qui formaient le côté de la cave, Rossette avait échappé à la mort. Quelques meurtrissures peu graves seulement... Mais il pouvait mourir asphyxié, mourir de faim aussi, dans ce tombeau d'un nouveau genre. Il avait,lui aussi,des terreurs indicibles et des emportements de damné. Il invoquait le

ciel et l'enfer, priait et blasphémait sans pouvoir rompre l'enveloppe de plomb qui le ceinturait. Quand il entendit la voix de sa sœur et les coups de la bêche dans la terre, il ressentit une joie immense. L'insensé, il ne songeait pas à la honto, au déshonneur, au châtiment qui suivraient sa délivrance. L'horreur de la mort est tellement naturelle que, pour vivre un jour de plus, on échangerait la mort calme d'aujourd'hui pour le martyre de demain. Une lambourde dérangée par la bêche lui broya un pied. Il poussa un cri, fit un effort suprême pour se dégager ; mais ne réussit qu'à faire descendre la terre autour de lui. Sa main droite seule, demeurée libre, s'agitait comme un tronçon de .serpent. La femme s'introduisit le bras dans l'ouverture que l'instrument de fer venait de pratiquer en dérangeant la pièce. La main de son frère saisit la sienne.

— Lâche-moi, cria-t-elle, je vais te sauver. La main qui la tenait ne se desserra point.

— Laisse-moi donc ! Il faut que je me hâte... Tu vas être perdu.

Et elle s'efforçait de se débarrasser de l'étreinte horrible. Les doigts du meurtrier.

fermés comme des tenailles, s'enfonçaient de plus en plus dans sa main potelée.

— Je ne pourrai pas enlever la terre qui te couvre... Laisse-moi donc !... Eusèbe dort. Il faut que je rentre avant qu'il se réveille.

La main crispée serrait toujours.

— Tu ne m'aimes donc pas ? Moi je sacrifie tout pour toi... Desserre les doigts un peu... Pourquoi me fais-tu mal ?... Ah ! que tu as le cœur dur !... Veux-tu me faire mourir ? Sauvons-nous tous deux plutôt...

Le maître d'école avait peur d'être tout à. fait écrasé par quelqu'autre pièce de bois. Ses esprits n'étaient plus lucides. Il râlait, et sa main ne s'ouvrait pas. Elle s'irrita :

— Laisse-moi, ou je dirai tout ! Je te trahirai... Entends-tu ? Je révélerai tes projets infâmes... Tu monteras sur l'échafaud... Ah t si j'avais su !... Canaille ! voleur ! assassin !...

Elle s'adoucit encore :

— Pour l'amour de Dieu, Zidore, laisse-moi donc aller ! Tiens, je t'en conjure à genoux... Pardonne-moi ce moment de colère... Vite^ laisse !... je vais te sauver. Il en est temps encore...

La main implacable ne s'ouvrit pas.

Asselin se réveilla vers l'heure accoutumée. L'horloge sonna quatre coups et le timbre argentin résonna gaiment dans toute la demeure encore silencieuse. Il fut surpris de ne pas trouver sa femme à ses côtés. Il le fut bien plus de ne pas la voir dans la maison. Il réveilla le pèlerin et lui fit part de son étonnement. Le pèlerin réfléchit une minute, puis il dit qu'elle était peut-être... Il n'acheva pas.

— Oîi ? questionna l'oncle en peine.

— Au caveau, finit-il.

— Au caveau !... la nuit !... pourquoi ? balbutia Asselin, qui pressentait un malheur.

Le pèlerin garda le silence. Il éprouvait un douloureux serrement de cœur. Durant la nuit, il avait songé aux paroles menteuses de sa tante, à la présence inexplicable de l'infâme E-ossette et d'un étranger, dans cette maison de tuteurs infidèles ; et l'intrigue infernale que ses ennemis avaient élaborée pour le perdre, apparaissait dans toute sa nudité.

— Allons au ruisseau, dit-il après un moment.

Quelques voisins se joignirent à eux. Ils

étaieat curieux devoir cette tombe du ruisseau dont la folle avait parlé... Eusèbe était muet : il tremblait d'une crainte vague. Ils virent quelque chose s'agiter près des décombres. A mesure qu'ils approchaient, cela se dessinait mieux.

— C'est ma tante, dit le pèlerin.

— C'est ta femme, dirent les voisins à Eusèbe.

— Est-elle folle ? remarqua Eusèbe... que fait-elle là ?

Ils arrivèrent. La femme était affreuse à voir. La terreur était peinte sur ses traits. Elle était échevelée et regardait autour d'elle d'un œil hébété. Ils l'entendirent murmurer d'une voix sourde :

— Laisse-moi !... voici quelqu'un.

— Que fais-tu ici, Caroline ? lui demanda son mari ?

Elle ne répondit pas et le regarda vaguement.

— Viens, reprit-il.

Il voulut la tirer à lui, mais il s'aperçut que son bras était pris dans les décombres. Le pèlerin ramassa la bêche qu'elle avait laissé

tomber près d'elle, et se mit à enlever la terre. Elle poussa un cri. Les doigts impitoyables du b)andit s'enfonçaient plus avant dans ses chairs.

— Il me serre de plus en plus, gémit-elle.

— Qui?

— Mon frère.

— Le maître d'école ! s'écrièrent les voisins stupéfaits.

Caroline pencha la tête.

Plusieurs avaient commencé leurs guérets, et des bêches étaient là, pas loin, plantées dans la tourbe. Ils coururent les chercher et le déblaiement commença. Cela ne fut pas long. Les bras vigoureux se penchaient et se relevaient comme des machines. Les pièces de bois cassées furent retirées par éclats. L'une des bêches toucha un corps mou, qu'elle n'emtama point. La terre fut enlevée avec précaution et la forme d'un homme se dessina.

— Rossette n'était donc pas seul ici, observa quelqu'un.

Le cadavre fut tiré des décombres et couché sur la prairie.

— C'est un vieillard, disait l'un.

— Il est chauve, ajoutait l'autie.

— C'est un étranger.

— Que faisait-il ici ?

Le pèlerin le regardait avec attention.

— Je le connais, fit-il d'une voix triste, c'est un chef de brigands ; c'est le chef des voleurs qui sont venus chez mon oncle, cet été, le maître des bandits qui ont enlevé Marie-Louise.

— Il venait pour nous dépouiller, observa l'un des habitants.

Le pèlerin secoua la tête comme quelqu'un qui savait le contraire.

Les hommes se remirent à la besogne. Dès les premières pelletées ils tirèrent un sac où se trouvaient du pain et du lard.

— Il ne s'attendait pas de mourir sitôt, fit l'un d'eux.

— Il voulait prendre une bouchée avant de partir...

— Il a oublié sa perruque,s'écria un troisième en secouant, pour la débarrasser de la terre, une calotte richement garnie de cheveux châtains.

— Et sa barbe î dit un autre en montrant une longue moustache noire émergeant du sable jaune.

— Cest l'étranger qui est venu avec le maître d'école pour acheter une ferme !

— Mais il était parti. Rossette lui-même l'a conduit à Saint-Jean avec la voiture d'Eusèbe, Pas vrai, Eusèbe ?

— Oui, répondit Asselin qui n'en revenait pas de sa surprise... mais c'est bien sa moustache... ce sont bien ses cheveux.

— Il va arriver démasqué ; il ne pourra pas tromper Saint-Pierre, dit le pèlerin.

On se mit à rire. Les restes d'un brigand n'inspirent aucun respect. L'un des instruments toucha un objet métallique.

— Mon fusil ! clama Asselin, de plus en plus étonné.

— Je comprends tout, maintenant, s'écria le pèlerin, et je sais pour qui la tombe du ruisseau a été creusée.

Et de la main il montrait dans le lit desséché de la petite rivière, la fosse béante. On le regardait avec stupeur.

— Je comprends, continua-t-il avec amertume, pourquoi cette femme inhumaine — il montrait sa tante — me disait hier, de venir vi-^ siter l'érablière, de descendre dans le caveau

pour voir comme il était en bon ordre et solide.. Mon Dieu! vous avez tourné contre les méchants eux-mêmes, leurs iniques projets !

La femme Asselin, à demi-couchée sur le sol froid, folle de honte, de rage et de peur, regardait d'une étrange façon les débris qui l'entouraient. Enfin le maître d'école fut retiré de sa douloureuse position. Il vivait encore. On lui desserra les doigts. La femme coupable, libre tout à coup, s'enfuit à sa maison.

Rossette fut transporté chez son beau-frère. Il ne mourut pas.

Toute la paroisse se rendit sur le lieu de l'accicident. Les hommes, les femmes, les jeunes gens formaient comme une procession qui montait et redescendait sans cesse sur la terre des pupilles. Le curé refusa d'enterrer le chef des -voleurs dans le cimetière bénit.

— Sa tombe est toute prête, dit-il, c'est luimême qui'l'a creusée.

Et la foule, enveloppant le cadavre dans un drap blanc, le porta dans la fosse du ruisseau. Pendant qu'on le recouvrait de terre, une forme légère, sortant du fond des bois, s'avan- .ça silencieuse sur la berge. Inclinée, elle regar-

dait l'œuvre sinistre avec curiosité. Tout à coup elle s'écria :

— Marie-Louise ! Marie-Louise ! viens ! la fosse du ruisseau n'a pas été creusée pour toi... La tombe se ferme ! . . . . Le ruisseau va couler sur la face d'un maudit ! . . . . Mais l'eau ne lavera pas les souillures de son âme. Marie- Louise, viens !... . Foulez la terre avec vos pieds pour qu'il ne se lève plus ! . . . . Ils étaient deux. Creusez un trou pour l'autre. ... un trou jusqu'aux enfers! . Marie-Louise, Marie- Louise, ne viens pas !. . . . L'autre n'est pas enterré !

Elle disparut sous les rameaux ombreux.

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