CHAPITRE XV
Port - Saïd. — Départ pour Jaffa.
Nous arrivons à Port-Saïd, et nous sommes accueillis avec cordialité par les PP. Franciscains. Ce fut pour moi une bonne fortune. L’eau du Nil, la seule que nous pussions boire depuis notre entrée eu Egypte, le changement subit de climat, la mauvaise nourriture, tout avait troublé mon organisme ; je pouvais à peine me traîner, et un jour de repos m’éiait devenu bien nécessaire. 11 paraît que tous les étrangers qui arrivent eu Egypte sont condamnés, au bout de quelques jours, à payer un tribut au Nil. L’eau qu’il fournit seul, et qui paraît si douce et si rafraîchissante, produit presque toujours un effet extraordinaire, même quand on y mélange du vin. La peau de la tête et des mains se soulève; des éruptions paraissent ; c’est ce qu’on appelle, dans le pays, les boutons du Nil. Quelquefois même, un dérangement ]dus grave se manifeste. Pieu de plus incommode, et j’ai hâte de quitter la terre de Cham, cette terre maudite, pour entrer daus la terre promise.
Après une nuit tourmentée, affreuse, .sans sommeil, je trouve encore assez de courage pour me lever et célébrer la sainte nie.sse. C’était un dimanche. Je me couche de nouveau ; et, après ({uelques instants de sommeil, j’éprouve un peu de soulagement; mais il reste un malai.se inquiétant. Je ])arcours lentement la ville à laquelle .son heureuse situation et son ])ort magnitique. [iromettent un brillant avenir, aux dépens d’Alexandrie. Chemin faisant, j’entre chez un
phaiTuacieii français ; je prends quelques remèdes cutitre les plaies de l’Egypte, et je pars.
Sur le vaisseau, nouvelle déception : pas de cabine ; tout est occupé, tant rencoinbreuient est grand. Le pont, d’un bout à l’autre, est couvert d’Arabes et de Lévantins aux costumes variés. C’est un spectacle des plus bizarres. Les uns sont couchés sur leurs sacs, les autres accroupis ; beaucoup font entendre des chants langoureux et monotones. Quelle fatiguante musique ! Je remarque aussi l)eaucoup de Grecs qui vont en pèlerinage, quelques maronites, enfin la caravane française composée de dix-huit j>evsonnes, douze hommes et six femmes. Tous s’étaient installés à l’avance ; et nous, les derniers venus, nous étions exposés à passer une nuit sur le pont ou dans le salon. Enfin, l’obligeance d’un employé finit par me procurer un lit dans une cabine ; et là je pus reposer en compagnie d’hérétiques et de schismatiques dont je n’eus pas à me plaindre.