‹ Le pèlerin de Terre SainteChapitre 18 sur 100 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Départ de Suez.

Tsmailia. — Le canal.

Eu quittant Suez par le chemin de fer, uous avons à droite le canal d’eau douce, et à gauche cette chaîne de montagnes, derrière lesquelles marchaient les Hébreux, lorsqu’ils eurent reçu l’ordre de Dieu de revenir vers l’oc-, cident. Ces montagnes sont presque toujours les mêmes jusqu’aux approches d’Ismailia. Nous avons dit que la terre de Gessen se trouve sur les bords du canal d’eau douce entre le Delta et Ismailia. Autrefois, une branche du Nil traversait cette terre, la meilleure de l’Egypte, pour aller se décharger à Péluse ; mais depuis longtemps, le Nil l’ayant abandonnée, elle est devenue en grande partie aride et stérile, et le canal qui la traverse ne portera pas avec lui la même vertu fécondante.

Ismailia est une ville nouvelle fondée par M. de Lesseps, qui a voulu lui donner le nom du vice-roi régnant. Elle est bâtie sur un vaste plan, qui probablement ne sera jamais rempli. Il y a une assez jolie église catholique avec un très-modeste clocher ; cette vue réjouit le cœur chrétien ; et, ce matin, j’ai éprouvé une douce émotion, en entendant la petite cloche qui envoyait ses sons argentins anx quatre vents du désert, pour les inviter à saluer, avec l’ange, la Vierge, reine du ciel et de la terre ; mais une pensée triste m’a saisie tout à coup. Cette cloche, me suisje dit, a trouvé plus d’écho dans les airs que dans les cœurs car ici, encore plus qu’ailleurs, il est bien petit le nombre de ceux qui aiment Jésus et Marie.

Nous ne sommes sortis que vers quatre heures d’aprèsmidi. La chaleur était excessive, accablante. Le theimomètre marquait, à l’ombre, 20 degrés Eéaumur. Nous

avons parcouru les rues bien alignées, mais presque désertes, de cette cité nouvelle qui attend des colons Européens ; cai les Arabes n’ambitionnent ]ias ces belles maisons construites comme en France ; ils se contentent de quelques huttes à l’entrée de la ville. La plupart des rues sont plantées d’acacias et autres arbres de l’Orient ; mais les plautatmns sont jeunes et ne donnent encore qu’un faible ombrage. Pas de terre ; il faut aller la chercher au loin ; du sable, et toujours du sable. Nous avons visité avec le plus vif intérêt un magriifi(]ue jardin appartenant à un Français. C’est un véritable Eden placé dans le désert. Là, mon confrère a goûté toutes les joui.ssances réservées aux botanistes, et dont ma parfaite ignorance m’a privé. Que de noms français, grecs ou latins il a appliqués aux tieurs, aux plantes, aux arbres ! Je lui en laisse l’explieation, et je me résume en deux mots. Beaucoup de productions qu’on ne trouve que dans les climats chauds, même des ananas ; une distribution admirable ; des allées, des bosquets, de petits lac.s, des pièces d’eau, des tuyaux sans nombie portant de tous côtés l’eau si fécondante et si rafraîchissante du Nil, puisée au canal. Sans eau, ou n’obtient rien, absolument rien. Ce vaste jardin a dû coûter des sommes fabuleuses.

2‘2 mars.

Dès cinq heures, je célébrais la .sainte messe, et nous partions en toute hâte, ])arce que nous savions que beaucoup d’Anglais et d’Américains devaient, comme nous, aller à Port-Saïd. Nous nous dirigeons vers le lieu de rembarquement, avec un maronite au service des PP. Franciscains ; mais nous n’avions pas compté avec le vent, qui pendant la nuit avait souftlé de l’est avec violence et qui soulevait les vagues du lac Timsah. On nous renvoie plus loin, à une lieue, à l’endroit où le canal quitte le lac, et où la tempête ne peut plus sévir. Quel désappointement ! Combien je regrettai de ne pas avoir à ma disposi-

tion qiielque baudet dont j’aurais ôté heureux de me servir pour un trajet si imprévu.

Enfin, nous voilà sur le canal maritime. Il est si connu aujourd’hui que je n’en dirai que quelques mots. Sa longueur d’une mer à l’autre est de 160 kilomètres (100 milles), sa largeur de 100 mètres (330 pieds) à la surface, et de 22 mètres (72 pieds) à sa base, et sa profondeur de 8 mètres (26 pieds). Pas une seule écluse, le niveau des deux mers étant le même. Sur le parcours, il y a plusieurs-, stations. A la station d’El-Guisr, ou a bâti une chapelle en l’honneur de la sainte Vierge, parce que, d’après une tradition fort ancienne, la sainte Famille s’est reposée en cet endroit, dans sa fuite en Egypte. Je la saluai de loin, regrettant de ne })ouvoir aller y déposer ma prière.

D’Ismailia à Port-Saïd, toujours des sables, pas la moindre verdure, sinon dans plusieurs stations où l’on trouve des plantes et des fleurs cultivées par des Européens. Partout c’est la sécheresse et l’aridité d’un désert biailant. On dit pourtant que, depuis que le lac est creusé, il tombe de l’eau plus fréquemment, au grand étonnement des Arabes qui étaient habitues à passer plusieurs années successives .sans en recevoir une seule goutte. Il est fort douteux, néai'imuins, que ce désert, malgré la jtluie et l’eau douce du canal, devienne jamais le jardin du Seigneur.

Un autre spectacle fort inlére.ssant attirait de temps eu temps nos regards. Xuus apercevions s’avançant à notre rencontre de gros vaisseaux anglaisa destination dés Indes. Ils voguaient avec facilité et même assez rapidement sur le canal. Les mouvements de leurs énorx.es machines bouleversaient et faisaient écumer les eaux, et nous nous éloignions humblement [)Our laisser passer ces monstres marins, ilans la crainte (pi’ils ne fissent chavirer notre frêle embarcation. Lorsc[Ue deux gros bâtiments doivent .se rencoutrei', sur l’avis du télégrajihe, l’un (l’eux s’em-

hosse dans une station jusqu’à ce que l’autre soit pass^, et par lè on évite tout accident.

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