‹ Le pèlerin de Terre SainteChapitre 35 sur 100 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Offices dans la basilique du Saint-Sépulcre.

Droits des diverses nations. — Offices grecs, arméniens, cophtes. — Offices latins. — Le dimanche des Rameaux. — Le jeudi saint. — Le vendredi saint.

Six nations différentes célèbrent leurs officeo dans la basilique du Saint-Sépulcre, chacune dans son rite propre : les Latins représentés par le patriarche de Jérusalem et les Franciscains, les Grecs non unis, les Arméniens, les Cophtes, les Abyssins, les Ethiopiens et les Syriens.

Ce serait un beau et magnifique spectacle, si tous ces peuples, qui viennent des quatre coins du monde pour honorer le tombeau de Jésus -Christ et chanter ses louanges, chacun dans leur langue, déposaient là, dans une commune prière, leurs antipathies et leurs dissensions, et vivaient fraternellement dans l’union de la même foi et de la même soumission à l’Eglise catholique, l’unique et véritable épouse du Christ ; mais, hélas ! chaque nation vient avec ses préjugés, et ceux-là qui ont brisé les liens def

l’unité semblent ne s’entendre que pourempiéter chaque jour sur les droits imprescriptibles de la vérité.

Les Grecs surtout ont l’esprit de domination et cherchent par la ruse et par tous les moyens les plus iniques à déposséder les Latins qui devraient être les seuls possesseurs des lieux saints. Le monde retentit souvent des mauvaises querelles qu’ils leur suscitent et des criminelles voies de fait auxquelles ils ne craignent pas de se livrer. Tout le monde connaît les profanations qui ont eu lieu à Bethléem pendant que nous étions encore à Jérusalem ; mais laissons là ces menées odieuses, ces criminelles entreprises d’un peuple aveuglé par le schisme et l’hérésie.

Les Latins, les Grecs, les Arméniens, les Cophtes, ont leur chapelle particulière où ils fout leurs offices. Outre cela, ces quatre nations ont leur habitation propre dans l’intérieur. Comme les portes de la basilique sont ordinairement fermées et que les Turcs sont en possession des clefs, les religieux qui y habitent ne peuvent eu sortir à volonté. La seule communication qu’ils aient avec Textérieur, est un guichet pratiqué dans la porte d’entrée, et par où on introduit journellement leur nourriture.

Les Franciscains ont leur couvent et leur chapelle au nord ; les Grecs, à l’est ; les Arméniens, au sud ; les Cophtes ont une petite chapelle derrière le saint tombeau, et quelques chambres à l’ouest. Les Latins, les Grecs, les Arméniens, les Cophtes ont un droit respectif de faire brûler des lampes devant la façade et dans l’intérieur du Saint-Sépulcre, à la pierre de l’Onction ; sur le Calvaire, ce droit est réservé au.x Latins et aux Grecs. Les supérieurs des trois premières nations ont seuls le droit d’exiger l’ouverture de l’église ; mais, à chaque fois, il faut qu’ils paient une rétribution aux Turcs qui veillent à l’entrée de la basilique,

De ces dispositions, il résulte que souvent ces diverses nations célèbrent en même temps leurs offices dans la même église, mais dans des lieux diffiérents, et comme la basilique est immense, la confusion est moins grande qu’on ne le croirait d’abord. Entre chaque groupe, il y a souvent un espace vide qui sert de ligne de démarcation, et les processions sont réglées de manière qu’il n’y en ait qu’une à la fois.

11 est difficile de rendre l’impression qu’on éprouve lorsqu’on s’i.sole dans la basilique, de manière à entendre tous ces chants, en langues si dissemblables, ou lorsqu’on parcourt les divers sanctuaires où se font les différents offices. L’emsemble est loin d’être harmonieux ; c’est une véritable Babel ; on s’en consolerait, si l’on pouvait croire que tous ces chants partent d’un cœur bon et droit, d’un cœur dévoué à Jésus-Christ et à son Eglise ; mais il y a quelque chose de tiiste et d’affligeant quand on pen.se que souvent ces hommages publics sortent de la bouche d’mif ints rebelle.s.

Bien des fois, j’ai examiné les céiémouies, écoulés les chants des Grecs, je n’ai pu me résoudre à y trouver de la dignité et de la mélodie. Les ornements de leurs évêques, de leurs prêtres officiants sont riches et magnifiques; mais tout cet appareil extérieur forme un contraste choquant avec leur pose légère. On ne saurait s’emj.êcher de penser et de dire : La vraie piété n’est pas là.

Les Grecs,'comme tous les Orientaux, chantent beaucoup ; on distingue parmi eux de belles voix; on entend un instant une mélodie qui frappe doucement l’oreille et remue le cœur, et puis tout à coup quelque chose qui vous agace ; il semblent que les plus belles voix ,se soient exercées à chanter taux, et quand plusieurs chantent ensemble, il y a quelque cho.se de discordant, de nazillard qui déchii(‘ l’oreilh'. O'i’onl-iLs dune fait de cette langue

grecque, si harmonieuse, si poétique, qui [a charmé toute l’antiquité ?

Les Arméniens ont quelque chose de plus grave, de ))lus sérieux, de plus imposant dans leurs cérémonies. Leurs ornements ne sont pas moins riches, ils sont vraiment resplendissants de beauté, et leurs processions dans l’intérieur de la basilique présentent le coup d’œil le pl as intéressant.

Je n’ai pas vu les Cophtes déployer l’appareil de leurs cérémonies, mais souvent j’ai passé devant leur chapelle, et j’ai vu là un prêtre otticiant, en présence d’un bien j)etit nombre de fidèles. Il chantait langoureusement et d’un ton aigrelet, agaçant, il n’avait guère qu’un répondant qui chantait des leçons sur le même ton, en sorte que je n’avais rien plus à cœur que de m’éloigner. J’avais déjà vu la même chose à Alexandrie, dans une église cophte.

Allons maintenant aux offices latins, et là nous nous dédommagerons des impressions désagréables que nous avons subies.

Les Pères de Terre-Sainte font chaque jour une inocession aux divers sanctuaires de la basilique, et chantent des hymnes et des prières appropriées à chaque lieu saint qu’ils visitent. Kien de plus touchant! La voix grave, pieuse, mélaucoliqiie de ces bons Pères, presque tous Italiens, a quelque chose d’onctueux, de pénétrant, qui convient si bien à la sainteté du lien. En les entendant, l’àme est doucement émue. On respire comme un ])arhnn délicieux qui embaume le cœur! A chaque station, ils répètent cette ])arole : C’est ici, hic, et alors la pensée se reporte naturellement vers le jour où se passa l’événement qu’ils célèbrent dans leurs chants. C’est surtout quand on descend dans les profondeurs où fut trouvée la sainte croix, ou quand on est monté sur le Calvaire, qu’on sent tout ce qu’il y a d’émouvant dans cette parole : C’est ici, Les

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