‹ Le pèlerin de Terre SainteChapitre 36 sur 100 · I.E PÈLERIN · texte numérisé non relu

I.E PÈLERIN

Pères ne se contentent pas de cette procession quotidienne-; chaque jour, chaque nuit, leur petite église retentit d$ leurs chants religieux. Les offices s’y célèbrent avec une grande solennité ; un orgue soutient le chœur et fait entendre les plus douces harmonies ; il semble qu’on soit en Italie.

Les Pères de Terre-Sainte célèbrent aussi leurs offices les plus solennels devant le Saint-Sépulcre. Alors, tout l’espace qui se trouve entre le tombeau et le chœur des Grecs est transformé en un chœur où l’on officie comme dans les cathédrales de France. J’ai assisté à l’intronisation du patriarche qui vient de succéder à Mgr Valerga (1) ; c’était une fête magnifique ; les chrétiens de toute nation, de tout rite, étaient accourus, et ils ont dû, en se retirant, emporter une haute idée de la beauté, de la splendeur du culte catholique.

Le dimanche des Eameaux, le patriarche a officié solennellement. A Jérusalem, combien cette fête paraît belle ; Ce sont de vraies palmes que le patriarche bénit et distribue aux pèlerins, accourus de toutes les parties du monde. Je remarquai aussi beaucoup de chrétiens de Jérusalem.

Notre consul était là, en grand costume ; il représente la France, protectrice des lieux saints. Il s’avança des premiers vers le patriarche, et reçut de ses mains une palme magnifiquement ornée. Ce fut un spectacle ravissant, lorsque toute cette foule, la palme en main, se mit en mouvement, et fit trois fois le tour du Saint-Sépulcre, trois fois le tour de la pierre de l’Onction.

En ce moment, il me semblait que je voyais Jésus- Christ descendre le mont des Oliviers, entouré de ses disciples, et, à son arrivée, une foule de peuple qui étendait ses vêtements sur son passage, qui jonchait la terre de

(1) Voir à la fiu du volume.

branches d’arbres et faisait retentir les airs de cris de joie et d’allégresse. Je mêlais ma faible voix à celle des enfants, pour répéter avec eux : Hosanna au Fils de David.

Le jeudi saint, le patriarche officia de nouveau. 11 y avait foule ; les soldats turcs étaient échelonnés dans l’église, pour entretenir le bon ordre, et leur mission me parut très-facile à remplir. Leur tenue fut convenable ; il faut leur rendre cette justice.

L’auguste cérémonie semblait produire sur eux une impression religieuse. A la messe, eut lieu la communion ■générale. Tous les prêtres, en très-grand nombre, notre •consul, lès pèlerins et beaucoup de fidèles de toute nation, reçurent la sainte communion des mains du vénérable patriarche, homme qui se distingue éminemment par sa gravité, son recueillement, sa dignité. I^a consécration des saintes huiles se fit ensuite, avec toutes les cérémonies prescrites, et ce ne fut pas sans un vif intérêt que nous entendîmes les chanoines du patriarcat chanter tour à tour ; Ave, sanctum oleum. Ave, sanctum chrisma. Leur prononciation italienne et la variété de leurs voix .donnaient à la cérémonie un caractère original que nous n’oublierons pas.

■Le vendredi, le soir, eut lieu une procession toute particulière, qui, dans tout autre sanctuaire, même en ce jour anniversaire de la mort de Jésus-Christ, n’aurait pas la ■mêmè raison d’être, ne produirait qu’une émotion ordinaire. Dans toutes les autre, 3 églises, on expose les emblèmes de là passion-; des voiles funèbres figurent les ombres de la mort ; 'des simulacres de tombeaux offrent l’aspect de grottes' sépulcrales. Partout des figures ; ici seulement la réalité. Ici 'sbnt tous les lieux qui ont été les témoins des scènes lés plus 'douloureuses de la passion; ici est le vi’ài toriîbèàu de Jésus-Christ. Aussi, pas un pèlerin ne manque à cette solennelle procession, et j’ai vu qu’ellè

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inturessnit aussi au plus haut point cette foule de peupltï <le toute nation qui se pressait sur le parcours.

La procession part de la chapelle des Franciscains qui était remplie par un nombreux clergé. Tous s’avancent un cierge à la main, et font entendre des chants lugubres si conformes à cette journée de deuil et de tristesse.

On s’arrête dans la chapelle de l’Apparition à sainte Marie-Madeleine, et là, un P. Franciscain prononce en italien un discours qui, autant que je pus le comprendre, me parut parfaitement approprié à la circonstance.

Ensuite, la procession se déploie majestueusement, sous les vastes arceaux de la Vierge et s’arrête à la chapelle de Saint-Longin. Là, un autre P. Franciscain prononce, une allocution en grec moderne. On écoutait avec attention ; j’écoutais aussi, mais je ne compris rien. Tout ce que . mon oreille put percevoir ce fut le saint nom de Jésus, souvent répété. L’orateur semblait un peu embarra.ssé de la langue qu’on lui avait imposée.

Plus loin, à l’autel de la Flagellation, ce fut un nouvel orateur qui parla en polonais, avec une aisance, une force, une ardeur qui me faisait vivement regretter d’être totalement étranger à sa langue. Assurément, ce devait être quelque généreux enfant de - l’héroïque Pologne qui dépeignait sa patrie éplorée, marchant par le chemin de la croix.

La procession monte au Calvaire, elle se rend à la chapelle de la Crucifixion. Là, on attache sur une croix un Christ de hauteur d’homme, et cela sur le lieu même où notre divin üauveur se lais.sa clouer par les bourreaux. Quelle scène attendrissante ! Comme les souvenirs de la passion revivent alors et remuent fortement l’âme chrétienne! Que de larmes involontaires .s’échappent des yeux de la foule silencieuse ! Ce fut en face du Christ étendu sur la croix qu’un religieux prononça, en allemand, un

discours que scs compatriotes durent être heureux d’enteudre.

De l’autel de la Crucifixion, ou passe à l’autel de la Croix. L^i, un nouveau spectacle, non moins capable de briser les cœurs les ])lus durs, s’offre à nos regards. Le Christ est élevé en croix. On se croit transporté au moment de la mort de Jésus-Christ. L’émotion gagne tous les cœurs ; un frémissement parcourt toute l’assemblée, et, à ce moment solennel, un orateur français, le P. Bernai'd d’Orléan.s, du couvent de Bethléem, paraît. Il porte des regards attendris sur le Christ en croix, au lieu meme et au jour de ses grandes douleurs. 11 se tourne ensuite vers la foule qui se presse autour de lui, et il laisse échapper de son âme ardente, de ses lèvres enflammées, des paroles en quelque sorte inspirées, capables de fondre la glace des cœurs les plus froids. Avec quelle force, quelle vigueur il dépeint les souffrances de Jésus-Christ et le bienfait de la rédemption ! Il devient surtout très-touchant lorsqu’il énumère les longues persécutions de ces généreux religieux qui, depuis ])lus de six cents ans, veillent à la garde des saints lieux, et qu’il fait défiler devant vous ces nombreuses phalanges de martyrs qui ont été immolés sur le tombeau de Jésus- Christ voulant verser leur sang là où le Sauveur avait répandu le sien.

Le discours fini, on procède à la descente de croix. Ne semble-t-il pas qu’on voit reparaître Joseph d’Arimathie et Nicodème, aceomplissant respectueusement ce triste, mais honorable ministère.

On quitte le Calvaire, on se range autour de la pierre (le l’Onction splendidement illuminée. On étend le Christ, (îomme au jour de l’ensevelissement, et alars un P. ï’ranciscain paraît dans une chaire improvisée, et, au milieu d’une foule c()mpacte ras.semblée dans cette vaste partie de la basilique, il fait un discours en arabe. Je vis que la

plupart de ses auditeurs le coinprenaieut, et il douna à sa voix et à ses gestes uue énergie, une ardeur qui captivèrent constamment leur attention.

Enfin, la procession alla se placer devant le Saint-Sépulcre, et alors s’éleva la voix d’un jeune religieux espagnol, qui harangua, dans sa langue, ses compatriotes. Il fut beaucoup remarqué ; il y avait dans sa parole un feu qui se communiquait même à ceux qui ne le comprenaient pas.

• On conçoit combien cette cérémonie doit être intéressanté. Sept langues sont mises^à contribution pour célébrer la mort du Sauveur, et les assistants, accourus de tous les pays du monde, peuvent entendre, chacun dans leur langage.'quelques paroles touchantes qu’ils répéteront dans leurs lointaines contrées.

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