‹ Le pèlerin de Terre SainteChapitre 41 sur 100 · JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

JÉRUSALEM

Voie Douloureuse

Troisième station.

Je me mets à la suite de Jésus, je marche avec lui dans cette voie douloureuse. Je le vois, suivi de ses accusateuis, de ses bourreaux et d’une foule de peuple, passer sous cette arcade, où il avait été montré au peuple ; la rue est en pente et descend ju.squ’à la rencontre de celle qui vient de la porte de Damas, autrefois d’Ephraïm. Après environ cent vingt-trois mètres, (quatre cent sept pieds) on est au bout de cette rue, et sur la gauche, une colonne cassée en deux et couchée contre le mur indique le lieu où Notre-Seigneur tomba pour la première fois, fléchissant sous le poids de sa croix et de ses souffrances, peut-être même heurté, dans cette pente rapide, par quelqu’un de ses bourreaux.

Quatrième station.

A 37 mètres (cent vingt-deux pieds) plus loin, on trouve uné ruelle venant des environs du prétoire, comme j’ai pu m’en convaincre, en la suivant assez loin. C’est par cette , petite rue que la sainte Vierge qui avait suivi les diverses phases de la condamnation de son divin Fils vint à sa rencontre, voulant le presser une dernière fois dans ses bras. Elle se plaça sur son passage, et quand elle l’aperçut, elle tomba comme demi morte. Y a-t-il rien de plus saisissant que cette rencontre ? L’Evangile n’en parle pas, mais tous les Pères en ont fait mention. Comment pourrait-on douter que la sainte Vierge, que nous retrouvons au Calvaire, n’ait suivi partout son divin Fils. Il y a encore en ce lieu une église abandonnée qu’on appelait l’église de la Pâmoison, ou Notre-Dame des Douleurs. Avec quel respect le pèlerin se prosterne, en considérant Jésus et sa sainte Mère, et répète ces paroles du Stabat: Qui pourrait ne pas s’affliger, en contemplant cette pieuse mère mêlant ses larmes aux douleurs de sou Fila 1 Quia poaaet non contrietari 1

DE TKRKE SAINTE

Cinquième station.

A 2.3 mètres (soixante-seize pieds) plus loin, on place ordinairement la cinquième station. A l’entrée d’une rué, vers l’ouest, ou trouve une petite excavation, dans une pierre du mur de la première maison, à gauche. C’est là l’endroit où les J uifs forcèrent Simon le Cyrénéen qui passait par là, en revenant des champs, de porter la croix de Jésus. Il est très-probable que Simon était rentré dans la ville par la porte de Damas ou d’Ephraïm, et que, manifestant quelque sentiment de compassion pour Jésus, on l’obligea à lui aider, ou peut-être, les juifs, voyant l’extrême affaiblissement où se trouvait Jésus, craignirent qu’il ne succombât, en montant cette rue rapide où l’on entrait, et qu’ils ne pussent repaître leurs yeux de l’horrible spectacle de son agonie sur le Calvaire. Peut-on franchir cette station sans porter envie à cet heureux Cyrénéen, qui eut le bonheur de soulager Jésus, au milieu de ses plus grandes douleurs ? La ville de Cyrène d’où était Simon est située en Afrique. Il y avait alors beaucoup de juifs. Cette ville s’appelle aujourd’hui Barca.

Sixième station.

On continue cette rue, laissant à gauche la maison du mauvais riche, et après quatre-vingt-neuf mètres (deux cent quatre-vingt-quinze pieds) on arrive à la maison de sainte Véronique, et un morceau de colonne encastré dans le pavé, auprès de la maison, indique la sixième station. C’est là qu’une pieuse femme eut assez de courage pour braver la fureur des soldats et des bourreaux, et alla essuyer avec un mouchoir la face du Sauveur. Elle en fut récompensée sur le moment même, car la face adorable de Jésus resta imprimée sur ce linge qu’on conserve encore à Saint-Pierre de Eome, sous le nom de volto santo. C’est peut-être

LE PÈLEBIN

pour cela qu’on a donné à cette femme le nom de sainte Véronique, qui signifie : vrai portrait. La tradition seule nous garantit ces faits. Mais, sans les discuter, ne suffit-il pas, pour rassurer notre piété, que l’Eglise les approuve ? Et, partout où l’exercice du Chemin de la Croix est établi, et il l’est dans tout l’univers, on loue et on exalte l’action héroïque de cette sainte femme.

Septième station.

Au boi;t de cette même rue, se trouve l’emplacement de la porte Judiciaire, c’e.st la septième station. Malgré le .secours de Simon, Jésus tombe une seconde fois. C’est la porte par laquelle sortaient les condamnés qu’on conduisait sur le Golgotha, qui était la place des exécutions.

Huitième station.

Le Golgotha commençait alors auprès de la porte Judiciaire. Maintenant cet espace est enfermé dans la ville et couvert de maisons. On suit donc la rue qui fait face à celle que l’on vient de quitter, et, à la distance d’une trentaine de mètres, (cent pieds), un trou, à gauche, dans la pierre du mur d’un couvent, indique la huitième station. C’est là qu’eut lieu la scène lapins touchante, la rencontre des femmes de Jérusalem qui pleuraient et se lamentaient sur le sort de Jésus. Quel contraste avec la dureté, la férocité de cette tourbe insolente qui avait suivi jusque-là le Sauveur ! Le cœur de Jésus dut eu être soulagé, et il le manifesta par ces paroles qu’il leur adressa : “ Ne pleurez pas sur moi, pleurez plutôt sur vous-mêmes,” paroles qui respirent tant de tendresse et de bonté, qu’eu les répétant on sent son cceur attendri et ses yeux mouillés de larmes.

Neuvième station.

Le chemin que suivit NoLre-Seigtieur ju.squ’ù la troisième chute est aujourd’hui complètement fermé et couvert de maisons. Il est regrettable que les chrétiens, en se groupant autour du Calvaire, n’aient pas laissé libre cette voie douloureu.se qu’on serait heureux de suivre dans toute son étendue. Il faut donc retourner sur ses pas pour arriver à la neuvième station. On prend la première rue à droite, et on arrive à une impasse où il faut entrer, en montant sur un tertre couvert de mille débris, et, à cent mètres environ, (trois cent trente pieds) au bout de l’impasse, une colonne encastrée, debout à droite, et tout près de la porte du couvent, évêché cophte, indique le lieu où Notre-Seigneur, arrivant près du Calvaire, tomba pour la tioisième fois. Eien de triste comme l’aspect de ces lieux, ouest au milieu des ruines. Sur un vaste terrain, on n’apercoit que des colonnes brisées, ou restées solitaires, comme témoins des édifices qu’elles ont soutenus. Constantin et les croisés avaient élevé là des constructions que le temps et le marteau des démolisseurs ont renversées. Je quitte ces lieux désolés, je retourne sur mes pas, et je me rends au Saint- Sépulcre, pour les cinq deruiières .stations ; car il n’y a aucune communication entre la neuvième et les suivantes.

Dixième station.

J’entre dans l’égli.se du Saint-Sépulcre ; je monte sur le Calvaii'e ; et, sur la partie sud appartenant aux Eères de Terre-Sainte, j’aperçois, «ur le pavé, une rosace qui m’indique le lieu où Xoti'e Seigneur fut dépouillé de ses vêtements.

Onzième station.

Devant l’autel du Crucifiement, dont j’ai [)a]'lé, un carré, en mosaïque, indicpie le lieu, où .Tésiis fut cloué sur la

croix.

Douzième station.

Et dans la partie nord du Calvaire, sous l’autel grec, on voit, dans le roc, l’ouverture où fut enfoncé le pied de la croix adorable où Jésus était suspendu.

Treizième station.

Il est assez probable que la sainte Vierge resta au pied de la croix, après que Jésus eut rendu le dernier soupir, jusqu’au moment où Joseph d’Arimathie, aidé de ISTicodème et des saintes femmes, détacha son corps et le remit entre ses bras. C’est pour cela qu’on fait la treizième station à un petit autel placé entre celui de la Plantation de la croix et celui du Crucifiement, et qu’on nomme le Stahat Mater.

Quatorzième station.

Cette station se fait au Saint-Sépulcre.

Je n’ai fait qu’indiquer les stations qui se font dans l’intérieur de la basilique du Saint-Sépulcre, parce que j’ai eu occasion d’en parler ailleurs.

Après avoir parcouru la voie douloureuse, on s’applique nécessairement ces paroles du prophète : “ O vous tous qui suivez cette route ensanglantée, arrêtez-vous de temps en temps, et voyez s’il fut jamais douleur semblable à celle de Jésus portant sa croix.” Quand on arrive sur le Calvaire, on se sent comme accablé par le poids de cette croix invisible qu’on a portée avec le Sauveur, et, après s’être prosterné devant le tombeau, on se retire silencieux, plein de pensées lugubres qui vous poursuivent toujours. Il semble qu’on a toujours sous les yeux le spectacle déchirant des scènes de sa passion {h ).

{b) Voir à la fin du volume le tableau qui explique Jaus quel ordre e*' en combien de temps se sont accomplis les faits divers de la passion de Notrc-Scij'iimir .Tésus-Clirist.

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