CHAPITRE XIV
Tombeau de la sainte Vierge à Gethsémani.
Dcscriptiou de l’église et du tombeau de la sainte Vierge.
Après les lieux sanctifiés par la présence de Jésus et les souffrances de sa passion, il n’en est pas de plus chers au cœur chrétien que ceux que la sainte Vierge a habités et que le tombeau où fut renfermé son corps jusqu’au moment de sa glorieuse Assomption, Un sujet si intéressant mérite un article particulier, et je ne craindrai pas d’en-/ trer dans les plus' petits détails.
Il convenait à Celui qui mourut pour le monde entier de rendre le dernier soupir sur le sommet du Calvaire,, exposé aux yeux de tous ; mais la Vierge Marie, ce lis d’Eden, qui avait vécu loin des regards de la foule, devait expirer dans l’ombre et la i solitude. Aussi,, son départ i, n’eut pas de retentissement jdans le monde. Le bruit se/, répandit dans la . chrétienté quei Marie était morte. Des.', pèlerins allèrent de divers côtés, cherchant ses reliques, et; ils ne les trouvèrent pas; ..mais bientôt la tradition, portée.i sur les ailes du vent de J’Orient, ne tarda pas à leur ap-v prendre les détails de cette mort si précieuse. > •
L’Evangile nous dit que saint Jean, après cette parole de Jésus mourant: “'Voilà votre Mère, ” reçut la sainte Vierge dans sa propre maison : et ex hoc accepit eam discipulus in sua, et une pieuse tradition nous assure que ce fut sur le mont Sion, tout près du Cénacle, que la sainte Vierge se retira avec l’apôtre saint Jean. Nous avons eu le bonheur de visiter l’emplacement de cette > maison où l’on voit encore des ruines. Avec quel respect.nous avons contemplé ces vestiges sanctifiés par la pré- . sence de la Eeine du ciel ! C’est d^ins cette humble retraite que vécut longtemps Celle qui était la consolation de.-.
l’Eglise naissante, le soutien des fidèles persécutés, la force et la lumière des apôtres. C’est là sans doute que saint Luc apprit les mystères de Nazareth et de Bethléem.
On raconte de saint Denys l’aréopagite, qu’il partit d’Athènes, traversa la mer et vint à Jérusalem, uniquement pour voir la sainte Vierge, et qu’après l’avoir vue, il disait dans son langage de païen converti: “ J’ai vu, non pas une mortelle, mais une déesse. ” Il est possible, quoique rien ne le prouve, que la sainte Vierge soit allée à Ephèse avec saint Jean; mais Jérusalem lui était trop chère, pour qu’elle n’y revînt pas immédiatement. Une mère s’attache aux lieux où a souffert son fils, et Jérusalem était pleine de ces souvenirs qui rappellent une Mère comme Marie.
Cependant le moment arriva où Marie allait rendre à Dieu son âme immaculée. Par une disposition particulière de la Providence, les apôtres dispersés se trouvèrent réunis à. Jérusalem. Saint Jean Damascène raconte les paroles si touchantes qu’ils lui adressèrent à ce moment suprême et les réponses admirables que leur faisait la Vierge mourante. Le moment de la séparation arrive ; rien de triste et de lugubre ; ce n’est pas une agonie, c’est un léger somme il. L’amour divin brise les liens de sa mortalité, et cette chaste colombe prend son essor vers les deux. En ce moment, les anges fout entendre d’harmonieux concerts, tandis que les apôtres contemplent respectueusement le corps inanimé de Marie.
Un tomlieau était préparé d’avance à la sainte mère de Jésusj non loin de ceux de saint Joachim et de sainte Anne, son ])ère et sa mère, tout près de celui de saint Joseph, le fidèle ('oufident des secrets célestes. C’était dans la vallée de Josaphat, et il fallait y transporter le corps du mont Sion. Les apôtres se chargent de ce précieux fardeau ; tle nombreux disciples les accompagnent
avec respect, c’est le convoi de leur mère. Ils n’ont pas oublié cette parole ; “ Voilà votre Mère : ecce Mater tua.”
Cependant, les Juifs, ennemis de la Mère comme du Fils, forment un horrible complot. A peine le convoi avait-il franchi une assez faible distance, environ 200 mèt., (six cent soixante-deux pieds) qu’ils se précipitent pour l’arrêter et profaner ce corps si pur et si saint. Un prêtre juif, plus acharné que les autres, ose porter la main sur le brancard, voulant jeter le corps par terre. Mais Marie commence' à exercer sa puissance. Le bras du sacrilège devient raide,' et ses compagnons aveugles. A la vue d’un si terrible châtiment, tous demandent pardon, les apôtres prient pour eux, et la sainte Vierge opère un double miracle. Tous recouvrent la santé, ils se convertissent et se font tous baptiser.
Aujourd’hui sur le mont Sion, près de la grotte de saint Pierre, nous avons vu un fût de colonne planté en terre, qui indique le lieu où se passa cet événement. Le convoi, après un prodige si éclatant, poursuit tranquillement sa marche et arrive à la vallée de Jo.saphat. Les apôtres déposent le corps de la très-sainte Vierge dans le tombeau qui lui était préparé, et, pendant trois jours, ils veillent autour, nuit et jo>ir, pour empêcher toute nouvelle tentative de profanation.
Cependant, .saint Thomas, le seul qui n’eut pas assisté à la mort de la sainte Vierge, arriva, descendant la montagne des Olivier-s, et, à quelque distance du tombeau, là où on remarque aujourd’hui un rocher blanc, il aperçut la glorieuse Vierge Marie, montant au ciel et lui laissant tomber sa ceinture sur ce même rocher, comme l’atteste une pieuse tradition. Le saint apôtre recueillit avec bonheur ce gage si piécieux de la tendresse de Marie. Cette ceinture de la sainte Vierge a été conservée, et ou la vénère aujourd’hui à Prato, en Toscane.
De là saint Thomas s’avance vers le sépulcre ; il raconte aux apôtres ce qu’il a vu ; tous s’empressent d’ouvrir le tombeau, et, ô prodige adtnirable! ils le trouvent vide, au lieu de ce corps pur et parfumé qu’ils y avaient déposé, ils n’y trouvent que les linges et les vêtements, et des rieurs qui avaient crû aux endroits qu’il avait touchés, et puis, ils entendent les chœurs des anges qui chantent la gloire de leur Reine enlevée de la terre et triomphant dans les deux.
Bien des fois j’ai visité le tombeau de la sainte Vierge. Il est placé dans une église souterraine située près du jardin des Oliviers, à quelques pas du pont jeté sur le Cédron. On arrive à l’église par le sud. On descend d’abord par trois marches, sur un espace aplani et pavé qui sert de parvis à l’église.
Sainte Hélène et Constantin, si zélés pour le tombeau de Notre-Seigneur, n’oublièrent pas celui de la sainte Vierge et le décorèrent d’une belle église. On descend par un magnifique escalier en marbre de quarante-huit marches. Dix à douze personnes peuvent s’y tenir de front. Quand on est arrivé à la vingt et unième marche, ou trouve une petite chapelle où sont deux autels, l’un sur le tombeau de saint Joachim, et l’autre sur celui de sainte Anne.’ Presque vis-à-vis, à gauche, est une autre chapelle dont l’autel repose sur le tombeau de saint Joseph. Quand on est arrivé au bas de l’escalier, on se trouve dans une église, qui a la forme d’une croix, longue d’environ trence-deux mètres (cent six pieds) et large de six à sept (vingt à vingttrois pieds et demi). Elle est solidement murée de tous côtés. La partie orientale, du côté de la montagne des Oliviers, est taillée dans le roc. Elle ne reçoit de lumière que par une ouverture pratiquée dans la voûte, du côté de la montagne et par l’escalier.
Le tombeau de la sainte Vierge, placé au milieu de la
grande nef, un peu vers l’est, était taillé dans le roc. Les constructeurs de l’église suivirent la même méthode que pour le tombeau de Notre-Seigneur. Ils taillèrent tout autour, ne respectant que la masse où était le saint monument, et ils obtinrent ainsi le petit édifice isolé que nous voyons aujourd’hui. Les murs des deux côtés, étant de roc vif, coupés perpendiculairement jusqu’à la voûte, en sont la preuve évidente.
Le tombeau de la sainte Vierge est donc dans un petit monument ou chapelle ; il est recouvert d’une table de marbre sur laquelle les Grecs célèbrent leurs offices. Le firman de 1852 accorde aussi aux Latins le droit d’y célébrer après les Grecs et les Arméniens ; mais les Latins n’ont pas jugé à propos d’en user.
Vers le milieu du septième .siècle, il y avait une église supérieure au-dessus de l’église souterraine. C’était une rotonde que les croisés trouvèrent en ruines, et qu’ils ne rétablirent pas, en sorte que l’église actuelle est à peu près aujourd’hui ce qu’elle était à l’époque de sa fondation.
Il est peu d’églises qui rappellent de plus précieux souvenirs. On éprouve là des impressions qu’il est difficile de rendre. Sous ces voûtes sombres, solitaires, l’image de la vie et de la mort se présentent tour à tour ; au sein de ces profondes ténèbres, on voit luire un rayon d’immortalité. On se dit, comme involontairement : C’est donc là que le corps immaculé de Marie a reposé ; elle a goûté un instant la mort, et puis, comme Jésus-Christ, cette vierge puissante a secoué la poussière du tombeau, et c’est de là que son corps virginal, porté par les anges, a pris son essor vers les deux, pour aller s’asseoir sur un trône ]Jus éblouissant que ceux de David et de Salomon, et régner à jamais comme souveraine du monde.