‹ Le pèlerin de Terre SainteChapitre 44 sur 100 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Vallée de Gehenna.

Tophetli. — Haceldaina. — Piscine Asoiiiah.

Le nom seul de cette vallée inspire la terreur et l’effroi. Les juifs et les évangélistes eux-mêmes n’ont pas trouvé d’expression plus terrible pour désigner les horreurs de l’enfer. Qu’a donc de particulier cette vallée ? Que s’y est-il donc passée pour qu’elle soit devenue l’image la plus frappante des tourments de l’abîme éternel ? Cette vallée est une gorge étroite et profonde entre le mont Sion et le mont du Mauvais-Conseil. Son aspect a quelque chose de sauvage. Des débris de tontes sortes jonchent le sol et indiquent que là il se passa autrefois des scènes horribles.

C’est là, en effet, que, dans les jardins et le bois de Topheth, s’éleva l’idole de Moloch. C’était une statue d’airain, ayant une tête de bœuf et les mains étendues ; elle était creuse. Devant elle, il y avait sept chapelles. On entrait dans la première pour offrir une colombe ; dans la seconde, un agneau ; dans la troisième, un bélier; dans la quatrième, un veau ; dans la cinquième, un taureau ; dans la sixième, un bcéuf ; mais celui qui entrait dans la septième devait conduire avec lui son propre fils, et alors il jouissait du triste privilège d’embiasser l’idole de Moloch; ce qui a arraché au prophète Osée cette parole d’indignation et de mépris : “ Immolez des hommes pour adorer des veaux. Inunulate hominea, vitulos adorantes.”

l.’enfaut était placé devant l’idole, sous laquelle ou faisait du feu, jusqu’à ce qu’elle fût rouge. Alors le barbare sacriticateur prenait le malheureux entant et le plaçait sur les mains brûlantes de Moloch. Les parents devaient assister, impassibles, à ces horribles sacrifices, et, pour étouffer les cris de l’enfant et les sentiments de tendresse dans le cœur du père, on battait du tambour. De là le nom de Topheth, qui signifie tambour, ou d’Hinnon, qui signifie hurler, à cause des cris des enfiints. Manassès, roi de Juda, fit aussi passer ses enfants par le feu de Moloch. Ce fut le roi Josias qui brisa cette idole et détruisit Topheth (1). Jérémie annonça que la colère de Dieu éclaterait sur ce lieu maudit. “ On l’appellera, dit-il, la vallée du Carnage {Gehenna), et on ensevelira les morts à Topheth, parce qu’il n’y aura plus d’autres lieux pour les ensevelir.” Et, à la prise de Jérusalem par les Chaldéens, il y eut un horrible carnage, et ce lieu devint le tombeau d’une multitude d’hommes.

En visitant cette affreuse vallée, et en repassant dans mon esprit les scènes cruelles dont elle a été le théâtre, il me semblait entendre la voie d’Isaïe, qui me disait ; “ Le bruit joyeux du tambour a cessé ; on n’entend plus les chants d’allégresse.” Et, en effet, autour de moi, règne la solitude ; je ne vois que des sépulcres entr’ouverts et des collines couvertes de tombes brisées, et je me sens frissonner au milieu de cette vallée de la mort.

Au-dessus de la vaste nécropole de Topheth, est Haceldama, le champ du Sang, le prix de la trahison de Judas (2). On voit, à Haceldama, des excavations taillées dans le roc : ce sont des tombeaux, dont plusieurs sont très-remarquables. Ce champ qui, au temps des croisades, servait de sépulture pour les pèlerins qui mouraient à Jérusalem, est

(1) IV. Rois, xxiii. 10. — Jérémie, vu. 31. — Id. xix. 6.

(2) Mat. XXVII. 8. — Act. i. 19.

en la possession des Arméniens, qui ont continué d’y faire inhumer les étrangers.

Une grotte voisine, taillée dans le roc et ornée de sculptures, a servi de retraite à sept ou huit des apôtres, pendant la passion du Sauveur. La tradition assure que c’est là qu’ils vinrent se réfugier. Ou croit aussi que ce fut dans ce monument que fut enterré le grand-prêtre Anne. Ce fut aussi près de là, sur le sommet de la montagne du Mauvais-Conseil, ainsi appelée à cause du conseil tenu dans la maison de Caïphe, que Pompée, venant de Jéricho, plaça son camp, et que, plus tard, Titus fit placer le mur de circonvallation par lequel il enfermait les juifs dans leur ville.

En remontant la vallée, on arrive à une piscine appelée Birketel-Sultan (réservoir de l’Empereur). Beaucoup croient que c’est la piscine inférieure dont il est question dans les Livres saints ; mais d’autres qui ont étudié avec soin les lieux, pensent que la piscine inférieure est celle appelée aujourd’hui piscine d’Ezéchias, et que celle-là est la piscine Asouiah, désignée au Ile livre d’Esdras, chap. 3, vers. 16, comme la piscine bâtie avec grand travail, ce que signifie le mot hébreu asouiah.

Cette piscine est la plus grande que l’on voie en Palestine : elle a cent quatre-vingts mètres (cinq cent quatrevingt-seize pieds) de long sur 80 (deux cent soixante-cinq pieds) de large. Elle est abandonnée et à sec ; au sud est un large mur qui sert à faire passer un aqueduc qui traverse la vallée sur un pont de neuf arches, à quelques mètres au nord-ouest de la piscine. On l’a nommé aqueduc de Salomon, mais il est probable que Salomon n’a fait que le réparer ; il porte encore le nom de Ponce-Pilate, sans doute aussi parce que Ponce-Pilate le fit restaurer. Il a été rétabli, il y a peu d’années, par un gouverneur de Jérusalem, et ce fut alors qu’il amena les eaux de la fou-

taiue scellée à la mosquée d’Omar, mais aujourd’hui il est de nouveau abandonné.

Page 1