CHAPITRE XVII
Vallée de Gihon.
Descrijition historique. — Coiistructious russes. — Grotte de Jérémie.
En sortant de la vallée du Carnage, on entre dans la vallée de Grâce, c’est ce que signifie Gihon. Cette vallée est assez rapprochée des murailles, jusqu’auprès de la porte de Jaffa ; mais là, elle s’enfuit vers l’ouest. A quelques centaines de mètres de la ville, au milieu d’un cimemetière musulman, presque à l’extrémité de la vallée, nous trouvons une grande piscine appelée la piscine supérieure, nommée aus.si l’étang des Serpents, par saint Jérôme piscine du Foulon, et par les Arabes Birket-el-Mamillah. Ce dernier nom paraît venir d’une église et d’un couvent appelés Sainte-Mamilla, parce que cette sainte femme ensevelit en ce lieu un grand nombre de martyr.s, au commencement du vire siècle. L’espace, qui sépare cette piscine de la ville, s’appelait champ du Foulon, parce que c’est là que les foulons lavaient et étendaient leurs draps (1).
Cette piscine n’a aucune source, elle ne recueille que les eaux de l’hiver qui descendent des hauteurs voisines. Un aqueduc conduisait les eaux de cette piscine dans la piscine inférieure, construite par Ezéchias. Cette dernière est très-rapprochée de l’église du Saint-Sépulcre, mais en dehors de la ville, à cette époque. Prévoyant l’arrivée des Assyrien.s, Ezéchias fit couler sous terre les eaux de la piscine supérieure de Gihon, à l’occident de la ville de
(1) l8, VII. 3, — IV. Roi. XVIII. 17. — Is. xxYvi. 2.
David (Ij, dans la piscine qu’il avait creusée près de la ville, afin (jiie l’approche en pût être facilement défendue.
C’est auprès de la piscine supérieure, dans la vallée de (iihon, que David ordonna au grand-prêtre Sadoc et au prophète Nathan de consacrer Salomon pour son successeur (2) ; c’est là que le peuple en foule les suivit; c’est de là qu’il ramena eu triomphe le nouveau roi, aux acclamations mille fois répétées de Vive le roi, si bien qu’Adonias se cacha, abandonné de ses partisans et demanda grâce.
C’est là aussi qu’eut lieu une des plus célèbres prophéties : la naissance du Messie d’une Vierge. Jéhovah dit à Isaïe : “ Sors à la rencontre d’Achaz, à l’extrémité de la piscine supérieure, sur le chemin du champ du Foulon . ...” Et le prophète dit ; “ Voilà qu’une Vierge concevra et enfantera un Fils, et son nom sera Emmanuel. Ecce virgo concipiet . . . . ”
C’est là aussi, sur le champ du Foulon, que campa liabsacès, à la tête des Assyriens ; et que Dieu, à cause de ses blasphèmes, fra}>pa de mort, pendant une nuit, cent quatre-vingt-cinq mille hommes de son armée ; ce fut là encore qu’eut lieu une grande bataille entre les chrétiens et les Sarrasins, et que beaucoup de chrétiens succombèrent. Une légende raconte qu’un lion recueillit tous les cadavres et les porta dans une caverne qu’on appela ensuite charnier du Lien.
Près de cette piscine, est encore le tombeau d’Hérode- Agrippa, le même qui fit mourir saint Jacques, emprisonna saint Pierre et mourut à Césarée, dévoré par les vers, au moment où ses adulateurs venaient de le proclamer dieu.
; Au nord de cette piscine, est une hauteur appelée le mont Gihon, et qui descend en pente douce jusqu’à la porte de Jaffa et du côté de celle de Damas.
j;i) 11. Paralip. xxxii. 3U. ;^2) 111. lloia, i. 5...
Sur une de ces hauteurs, est l’emplacement du camp de Titus; ce fut toujours par ce côté que Jérusalem fut assiégée. Sennachérib et Nabuchodonosor, les Eomains, les Croisés et les Sarrasins, tous vinrent camper sur ce plateau élevé qui domine la ville et qui n’en est pas séparé, par un ravin profond comme les autres côtés.
Sur les pentes du mont Gihon, entre la route de Jaffa et celle de Gabaou, s’élèvent aujourd’hui les constructions russes ; une église, un hôpital et beaucoup d’autres établissements, les plus beaux qui soient à Jérusalem. Il semble que la Russie soit campée là toute prête à s’emparer de la: ville sainte.
Des constructions russes, nous nous dirigeons vers, la porte de Damas, en traversant l’emplacement où campa Robert, comte de Flandre, au siège des croisés. A. une très-petite distance de la porte de Damas, est la grotte de Jérémie, peu profonde, mais dont l’ouverture a vingt-trois mètres (soixante-seize pieds) de longueur sur treize (quarante-trois pieds) de hauteur. On croit que c’est là que le prophète d’Anathot composa ses lamentations ; aucun lieu ne pouvait être plus favorable. Il avait sous les yeux les murs renversés, le temple détruit et les hauteurs de Sion couvertes de ruines. Là, ces chants de douleur retentissent plus profondément dans l’âme.
On répète involontairernent ces paroles : Quomodà sedet Süla civitas . . . comment est-elle devenue solitaire cette ville si peuplée ; et il semble qu’on entend encore cette voix, tour à tour plaintive, suppliante et terrible, gémir au milieu des ruines et pleurer les malheurs de Sion. Et puis, quand on jette un regard sur la ville actuelle, n’eston pas tenté de répéter les mêmes plaintes : “ Mes ennemis, en me voyant, ont secoué la tête. Est-ce donc là cette ville, d’une beauté éclatante, la joie de toute la terre ? ”