PRÉFACE
rieusement réfléchi, j’ai cru qu’il y avait une lacune à remplir ; qu’un pèlerin qui, tantôt sous forme de récit, tantôt sous forme de description, parcourrait tous ces lieux si célèbres, intéresserait plus d’un lecteur, et donnerait un nouvel essor à l’étude des saintes Ecritures. Ce ne sera pas l’aridité, la sécheresse d’un manuel de géographie ou d’histoire ; cependant, n’attendez pas du Pèlerin de brillantes descriptions, de nouvelles découvertes, des dissertations scientifiques. Son style sera simpde, ses narrations plus ou moins intéressantes, mais toujours vraies. Je réclame, au moins pour moi, le mérite de l’exactitude. Toutes mes notes ont été écrites jour par jour, sur les lieux mêmes. Je me suis contenté d’y mettre un peu plus d’ordre et de forme. Je me suis attaché, avant tout, à exj'oser les choses de la manière la plus claire, afin que chacun puisse se former, des lieux et des faits, une idée nette et précise. Je n’ai rappelé que sommairement les événements qui se rattachent à la description des lieux, et je n’ai pas cru devoir indiquer par des notes les nombreux passages des saintes Ecritures dont je fais un fréquent usage, afin de ne pas embarrasser c?t interrom[U’e mon récit, mais j’ai eu soin de vérifier tous les textes dont je me suis .servi. Je n’ai pas épargné les réflexions morales et religieuses qui se présentaient à mon esprit, selon les sujets divers que j’avais à traiter. Un prêtre ])Ourrait-il agir autrement ? On me fera sans doute beaucoup d’observations, même d’objections. Je les recevrai avec plaisir ; mais je prie le lecteur de SC souvenir que j’expose et que je ne discute pas.
“ Enfin, on me dim iieut-être que des voyageurs célèbres ont laissé sur l’Orient, et spécialement sur les lieux saints, d’excellents ouvrages, à côté desquels ne peut figurer ce nouveau venu. J’en conviens, et à Pieu ne jilaise que j’aie la prétention de les surpasser ; on conviendra cependant que leur talent même les empêche d’être populaires. Chateaubriand est un des plus remarquables ; mais son
l'üfcFACK
itin^-aire, écrit dans un style pompeux, ne peut être mis dans toutes les mains, et d’ailleurs, il a perdu de son actualité. Mgr Mislin est le meilleur et le plus complet qui ait paru ; mais il est trop volumineux, rempli de longues dissertations et de digressions sans fin. Il en est une foule d’autres que les érudits peuvent consulter. Tour moi, je veux traiter ce sujet à un nouveau point de vue.
“Je m’adres.se à ce public religieux qui veut un exposé court, clair, édifiant. Vulgariser la connaissance des lieux saints, c’est tout le but que je me propose et que je me suis efforcé d’atteindre. Le prêtre qui n’a pas le loisir de faire des études approfondies sur la Ïerre-Sainte, pourra me sidvre et faire avec moi, de loin, une sorte de pèlerinage. Le jeune étudiant qui aime les voyages, m’accompagnera avec plaisir, et comprendra ensuite plus facilement les récits de l’histoire sainte et de l’Evangile, Les personnes pieuses aimeront à suivre la trace des pas de Notre- Seigneur, et les différentes scènes de sa passion. Puisse ce nouvel ouvrage pénétrer dans toutes les familles chrétiennes, et y produire quelques bons fruits 1.”
Le succès de ce livre fut tel que l’auteur en publia bientôt une deuxième édition en 1876, dans l’année même que ce pieux abbé mourait à Livarot, France, dont il était le curé-doyen, regretté et pleuré de ses nombreux paroissiens. En parcourant la préface de sa dernière édition il nous semble entendre une voix d’outre-tombe nous dire : que l’omvre du pieux ablté Delaplanche a été une œuvre agréable à Dieu, et qu’elle est destinée à produire d’abondants fruits sous la protection de saint Joseph, à qui il l’avait dédiée et à qui nous la dédions nous-mômo pour notre cher Canada, dont ce grand saint est le premier Patron.
PRKFAGE
Voici comment l’abbé Delaplanche raconte, dans la préface de sa seconde édition, le succès de sa première ;
“ Javais longtemps hésité à publier le Pèleriv. Je devais craindre que, parmi tant d’ouvrages d’auteurs renommés, il ne passât inaperçu et qu’il ne restât, obscur et ignoré, enseveli dans quelque librairie. Il en a été autrement. Je m’étais proposé, en faisant connaître les lieux saints, d’inspirer à mes lecteurs quelqu"s sentiments de foi et de piété. Dieu a béni mes intentions et au delà de mes espérances. En quelques mois, la première édition du Pèlerin a été presque épuisée.
“ C’est un succès auquel j’étais loin de m’attendre. Je le dois aux annonces de la Semaine religieuse de Bayeux et du Journal de Lisieux ; je le dois surtout à l’extrême bienveillance de mes confrères, qui ont accueilli avec empressement un livre qui répondait à leurs sentiments. Beaucoups d’instituteurs et de laïcs honorables ont eu à cœur de le propager. Tous ont compris que le Pèlerin devait trouver sa place dans les distributions de piix, et qu’il était destiné à faire plus de bien que tant de livres insignifiants qu’on voit figurer si souvent, moins à cause de leur valeur inlrinsèque que grâce au vêtement brillant dont ou les a parés.
“ Plusieurs séminaires et plusieurs communautés religieuses ont lu avec avidité ce livre qui a pour eux un intérêt tout spécial. Le Pèlerin a franchi la porte des collèges, et je ne doute pas que cette deuxième édition, plus correcte, n’y soit généralement acec[<tée. Il a dépassé les limites de notre département : Paris, Pouen, Bourges, Le Mans, Coutances, Séez, etc., commencent à le connaître. La Société des Publications populaires de Paris l’a adopté, et, dans un de ses bidletins, elle a |)ublié à ce sujet un article remarquable.
“ Le Pèlerin a franchi les mers. J’ai voulu savoir ce qu’en pensaient des prêtres instruits, qui habitent depuis
PHÉFACE
longtemps les contrées que j’ai parcourues, et les réponses ne pouvaient être plus favorables. Encouragé par une multitude de lettres où sont exprimés les sentiments de mes lecteurs dans des termes que* je n'oserais pas répéter, je me suis décidé à publier cette seconde édition. J’ai tenu compte de toutes les observations qui m’ont été faites ; j’ai profité de mes correspondances fréquentes avec plusieurs hommes éminents de l’Orient, qui ont bien voulu me regarder comme un ami après m’avoir reçu comme un frère. J’ai pu constater qu’il n’y avait rien de changé dans ces contrées si intéressantes pour la foi. Mon ouvrage conserve donc toute sou actualité, et les nombreuses modifications qu’il a subies touchent plus à la forme qu’au fond.
“ Selon le désir exprimé par un certain nombre de mes lecteurs, la deuxième édition comprendra une carte de Terre-Sainte, que j’ai fait rédiger avec soin : on y trouvera les lieux les plus célèbres que j’ai visités, ceux même dont il ne reste que des ruines ; une forte ligne noire marquera mou itinéraire. J’y ai joint un petit plan de Jérusalem, en faveur de ceux qui veulent étudier l’Ecriture sainte et se rendre compte de tant d’événements dont cette ville a été le théâtre ; et comme la voie douloureuse intéresse tout le mondt», je l’ai fait tracer à part sur une plus grande échelle et marquer d’une croix le lieu précis de chaque station, l’our atteindre mou but, j’ai rédigé à part un plan du Calvaire sur une échelle, assez grande pour y marquer les (juatre stations qu’on y fait. Une légende, placée à côté des pians, donnera de nouveaux éclaircissements ; en sorte que si quel lu’un de mes lecteurs allait à Jérusalem, il pourrait se reconnaître, comme s’il n’était pas un étranger.
“ Je n’ai fait pour la premièie édition aucune réclame, l)ublié aucun prospectus. Tous les articles qui ont paru ont été complètement bienveillants et désintéressés. Il en sera de même pour cette deuxième édition. -Je la livre au
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public^-avec la même confiance, lui laissant le soin d’ap- ]»i’écicr les modifications et les augmentations qu’elle a subies. Si c’est une œuv:e agréable à Dieu, elle marchera <l’elle-même. Je la mets sous la protection de saint Joseph, cpie jè regarde comme le patron spécial de ceux qui visitent les lieux qu’il a lui-même parcourus.”
Nous ajoutons à cette préface un extrait d’une lettre de Monseigneur le Patriarche de Jérusalem, adressée à M. l’abbé Delaplauehe, à l’occasion de la deuxième édition de son ouvrage :
“ En dehors des questions scientifiques, qui partagent les savants, et dans lesquelles vous faites profession de ne pas entrer, nous croyons la lecture de vos pages très-propre h réveiller la foi, è ranimer la piété et à inspirer l’amour des saints lieux ; et, si tel est le but que vous vous êtes proposé en les écrivant, nous vous félicitons dans la pensée que vous l’avez atteint. ”
Enfin, voici en quels termes le Pévd Père Devin, Provincial des Lazaristes de Syrie et Pi'éfet apostolique, appréciait, de sou côté, la deuxième édition du Pèlerin :
“ Ce qui m’a frappé dans votre ouvrage, c’est^qu’il est substantiel et d’un style rapide, c’est qu’il donne une juste idée des choses et des lieux, et cela sans embarras de digression. Je ne m’étonne pas du .succès de votre livre il répond vraiment à l’idée que vous vous étiez proposée, de vulgariser la coniiaissairce des lieux saints et de ces pays de l’Orient. Je vous félicite de tout mon cceur du service que vous avez rendu par là, et je vous souhaite que votre livre ait encore de nombreuses éditions...”