‹ Le pèlerin de Terre SainteChapitre 75 sur 100 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De Constantinople à Marseille.

Nous quittons Constantinople, et nous pouvons encore jouir de la sortie du Bosphore. Nous passons devant Chalcédoine où fut célébré le concile qui condamna Eutychè.*, où cinq cents évêques poussèrent ces immortelles acclamations : “ Pierre ne meurt pas ! Pierre a parlé par la

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bouche de Lc^on ! ” Noue saluons aussi Nicomédie, où mourut Aunibal. Nous saluons surtout les ruines de Nicée, ville chère à tout catholique, où se tinrent deux conciles généraux. Mais voilà que les ténèbres de la nuit nous enveloppent, et nous nous demandons comment nous pourrons célébrer la sainte messe le lendemain, qui est le jour de l’Ascension. Un lieutenant nous tire d’embarras.

Le 22 au matin, nous sommes à Dardanelles. Le lieutenant désigné pour aller chercher les dépêches, veut bien nous recevoir dans sa barque et nous accorder le temps nécessaire pour célébrer une messe. On est très-heureux, dans tous les ports de l’Orient, de trouver au moins une chapelle catholique. Dardanelles est une très-petite ville qui jouit de cet avantage. Nous nous présentons ; le prêtre est absent ; sa vieille domestique nous livre les clefs d’assez bonne grâce ; nous parvenons à trouver le strict nécessaire. Mon confrère célèbre la messe que je lui réponds, et nous retournons à bord, heureux d’avoir pu, en pareille circonstance, honorer ce grand jour où Notre - Seigneur monta aux cieux. Nous repartons immédiatement pour Smyrne, où nous arrivons à dix heures du soir.

Après être restés longtemps devant Smyrne pour embarquer les marchandises à destination de Marseille, nous partons le 23 mai, vers quatre heures du soir, et, le 24 au matin, nous sommes devant Syra, qui doit à sa position géographique l’importance commerciale dont elle jouit. La ville de Syra est bâtie sur une montagne conique, dont la cathédrale catholique est érigée sur le sommet. Autour sont groupés les établissements religieux et toute la population catholique. Au pied de la montagne et au bord de la mer, est la nouvelle ville beaucoup plus importante, et habitée, en grande partie, par des Grecs non unis. La Eussie y a fait construire de belles églises. Syra présente, de la mer, un coup d’œil gracieux. Ses charmantes maisons en amphithéâtre, ses églises, ses clochers, ses établissements cou-

trastent singulièrement avec les montagnes qui l’environnent, et qui sont d’une nudité complète, sans aucune verdure. Il paraît que la côte seule est stérile, et que, dans l’intérieur de l’île, on trouve des plaines fertiles, où l’on cultive le tabac, qui jouit d’une réputation bien méritée.

Voilà que nous touchons au terme de notre long pèlerinage. De Syra, nous revenons directement à Marseille, où nous arrivons le 29 mai au matin, après une heureuse navigation.

A peine étions-nous débarqués que je m’achemine vers le sanctuaire de Notre-Dame de la Garde. J’offre le cierge que j’avais promis à mon départ, et je célèbre une messe d’action de grâce, heureux de revoir la terre de France après une absence de trois mois.

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