‹ Le pèlerin de Terre Sainte [microforme]Chapitre 101 sur 170 · ST RER · texte numérisé non relu

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Je reste immobile, tenant fortement de la main droite le vase d’eau qui avait soulevé cette tempête. Elle s'agitait et parlait avec fureur, témoignant qu'elle voulait son vase, Notre calme l’atterra, et nous finimes tranquillement notre repas. Je ne pus m'empêcher de dire à mon confrère : “ Assurément ce n’est pas une chrétienne, c'est une possédée. ”

À peine sommes-nous en route que nous aperce Vous, Sur la gauche, la petite ville de Sanour, située sur une colline arrondie. C’est l’ancienne Béthulie, patrie de Judith. Ce lieu s'accorde parfaitement avec la description de l'écrivain sacré : d’un côté, à quelque distance, les montagnes de la Samarie dont les habitants occupaient les défilés ; auprès de Béthulie, une magnifique plaine où pouvaient se développer les masses assyriennes avec leurstentes. C’est duns le voisinage que se trouvait Dothain (1), où les frères de Joseph gaidaient leurs troupeaux quand ils le vendirent aux Ismaélites. Bientôt nous arrivons à un lieu d’où l'on aperçoit la plaine d'Esdrelon et les montagnes de Nazareth. Mais que nous sommes loin encore! Ce jour-là, il nous faudra passer plus de quinze heures à cheval.

Nous arrivons à Djénine, petite ville toute mahométane, où la tradition place la guérison des dix lépreux. Avant d'y entrer, nous apercevons une sorte de camp où les curavanes dressent leurs tentes auprès d’une souree très-abondante qui arrose les jardins et porte ses eaux à travers la plaine. Au milieu de la ville, il y à une autre source non moins abondante, Comme nous sortions de Djénine, quelques enfants se mirent à nous Jeter des pierres ; nous tour-

nâmes bride comme pour revenir sur eux: en un instant ils disparurent. Il paraît qu'autrefois on ne traversait pas la ville sans avoir à subir quelques avantes de la part de ses fanatiques habitants,

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De là nous entrons dans la fameuse plaine d'Esdrelon que nous n'avons pu traverser en moins de quatre à cinq heures, Cette plaine, la plus vaste et la plus célèbre de Ju Palestine, a environ douze lieues sur cinq. Elle n’est pas parfaitement unie; elle présente plusieurs ondulations de terrain : elle est traversée par divers courants d'eau dont les uns se jettent dans le Jourdain, les autres dans la Méditerranée. Excepté le Cison tous sont à sec, hors la saison des pluies, Du côté du Jourdain, cette plaine se divise en trois parties : la première se prolonge entre le Thabor et l'Hermon, la seconde entre le petit Hermon et le Gelboe, la troisième entre le Crelboé et Djénine, C'est de ce dernier côté que nous sommes entrés. Nous apercevions devant nous, sur notre droite, toutes ces montagnes, et nous Ctions loin de soupeonner que nous les verrions si longtemps.

Cette plaine est appelée le paradis et le grenier de la Syrie, Nous l'avons trouvée couverte Ge riches moissons, et cependant elle est très mal cultivée. Les Arabes se contentent de déchirer un peu la terre et d’y jeter la semence, et le sol est si fécond qu’elle se couvre de blés magnifiques. Que serait-ce, si elle était cultivée comme en France,

Nous marchons le plus vite possible ; car nous voyons que le soleil, quoique ardent, s'abaisse sur l'horizon, et la route est longue, Malgré lheure qui nous presse, nous sommes toujours en face des monts Gelboé qui semblent s’obstiner à nous poursuivre. C’est dans cette plaine que vint camper Saül pour combattre les Philistins. C’est dans ces montagnes que les Israélites furent taillés en pièces ; que Saül, qui avait consulté la pythonisse d'Endor (1), périt avec ses trois fils. Triste défaite qui fournit à David le sujet de cette belle élégie qui a immortalisé les monts Gelboé (2).

Après deux heures, nous sosnmes à Zérain (Jezraël) où

() 1. Rois, XXVILT, 7. (2) I, Rois. 1. 21.

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