‹ Le pèlerin de Terre Sainte [microforme]Chapitre 106 sur 170 · PORT CITES SE · texte numérisé non relu

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Tersate, retenu au lit depuis trois ans par une hydropisie incurable, parut au milieu de la foule et raconta qu’au moment où il avait été guéri, une révélation lui avait fait connaître que cette demeure était la même que celle où le Verbe s’est fait chair, que l’autel était celui qui fut dressé par saint l’ierre pour y célébrer le saint sacrifice, et que le crucifix ct la statue avaient été faits par saint Luc, Une députation fut envoyée à Nazareth et constata que la sainte maison s’appliquait parfaitement aux fondations qui étaient restées, Cette translation est un fait si constant, si bien prouvé qu'il est inutile de s’y arrêter. Deux fois j'ai fait le pèlerinage de Lorette, et j'ai eu occasion de me convaincre qu'aucun fait historique ne repose sur des témoignages plus solides.

Maintenant pénétrons dans le sanctuaire de Nazareth, où le Fils de Dieu s’est incarné dans le sein d’une Vierge, Il est vrai, la sainte maison est à Lorette ; mais sur l’emplacement où s’opéra le grand mystère, on a dressé un autre autel. Au-dessous, sur le marbre blanc du pavé, on a gravé ces mots: Verbuan caro hie factum est : c'est ici que le Verbe s'est fait chair. C’est dans ce petit sanctuaire que l’ange apparut, que Marie fut saluée pleine de grâce, que le Saint- Esprit survint en elle et que la vertn du Très-Haut la couvrit de son ombre, et c’est dans ce lieu si saint que j'ai eu le bonheur de célébrer le plus saint des mystères. Voilà encore un jour qui restera à jamais gravé dans mon cœur

Après avoir vu deux fois Lorette, aucun lieu ne m'intéressait plus vivement que Nazareth. Je voulais m’expliquer Ja position de la santa Casa. Bien des fois j’v suis allé seul et, dans mon imagination, je reconstruisais les murs da la sainte maison, telle que je l'avais vue; je rencontrais des obstacles, je demandais des explications, je trouvais que les auteurs qui ont traité cette matière manquaient de clarté.

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Enfin, voici les idées auxquelles je me suis arrêté : Une église avait été construite par sainte Hélène, enveloppant dans ses vastes proportions la sainte maison, à peu près comme aujourd'hui la cathédrale de Lorette, Cette maison était adossée à une grotte qui était d’une profondeur peu considerable. On y descendait par six marches. Au moment où elle allait disparaître sous les coups des musulmans et des barbares, les anges furent chargés de la soustraire à la profanation. Fut-elle immédiatement transportée en Dalmatie ? c’est une question à laquelle je ne saurais répondre.

L'époque de son apparition à Tersate est certaine, celle dé sa disparition de Nazareth n’est nullement constatée. Dieu fait ce qu'il veut, et quand il le veut. L'église de Nazareth, où elle avait été renfermce, fut ruinée de fond en comble. Le fanatisme musulman empêcha longtemps de rétablir ce sanctuaire. Les PP, Franciscains, ces gardiens intrépides où plutôt ces martyrs des saints lieux, s'obstinèrent à habiter au milieu des décombres, jusqu’à ce qu'ils eussent obtenu, en 1620, de lémir Fakreddin, l'autorisation de rebâtir l’église ; mais ils furent obligés d'en diminuer les proportions. Elle fut à peine le tiers de la basilique de sainte Hélène dont on voit encore quelques arceaux et une partie du pavé. Ce fut alors, qu’en déblayant le terrain, on retrouva les fondements de la sainte maison de Eorette. Quelques années après, l’église fut brûlée par les tribus nomades du Jourdain, et les Pères furent encore réduits à habiter des ruines.

Enfin, en 1730 ils élevèrent l’église et le couvent qui existent aujourd’hui; mais le pacha leur laissait si peu de temps, qu’ils ne purent découvrir le sol de l’ancienne église. Il leur fallut se contenter de déblayer la grotte et de bâtir à la hâte sur les ruines de l’ancienne église, ce qui occasionna un exhaussement de terrain d'environ deux mètres (six pieds et demi). Par conséquent, ils ne purent déblayer entièrement la sant Casa et reconnaître les fondations

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que les députés de Dalmatie et d'Italie avaient vues et constatées peu de temps après sa translation à Tersate et à Lorette, et qu’on avait enfore retrouvées en 1620,

Aujourd’hui, au lieu de descendre dans le lieu de l’Annonciation par un escalier de six marches, comme on le faisait encore en 1638, il faut, à cause de l’exhaussement du sol, descendre dix-sept marches. L'emplacement de la sainte maison se trouve donc en partie recouvert par cet escalier, Une pierre noire placée de chaque côté à la huitième marche en indique l'extrémité sud. La porte nord qu'on a bouchée à Lorette répond au milieu de la grotte. A l’angle-ouest de la grotte, on voit une sorte d'ouverture qui figure la fenêtre de l’apparition, en sorte qu'on se demande si l’ange apparut d'abord sous la grotte,

Je voulus savoir pourquoi cette ouverture n'était pas placée comme à Lorette, et il me fut répondu qu’on n'avait pu faire autrement, raison qui ne me satisfit pas. Quand donc viendra le jour où l’on enlèvera toutes les constructions superposées pour mettre à nu les fondations de ce sanctuaire le plus saint de l'univers, et faire briller d’une clarté nouvelle le fait miraculeux de la translation ?

Les Franciscains trouvent dans Quaresmius d'excellentes indications pour déblayer l’église du Thabor, n’y en trouveraient-ils pas pour déblayer la santu Cusa ? Quelle joie dans toute la chrétienté, si un jour on pouvait porter à l’incrédulité moderne ce glorieux déti: Vous ne voulez pas croire à un fait si bien constaté par l'Eglise; croyez-en vos propres yeux. Allez à Lorette, prenez les mesures exactes de la sainte maison, et allez ensuite à Nazareth, et vous verrez qu'elles s'appliquent parfaitement aux vieilles fondations qu’on a découvertes, et expliquez-nous ensuite comment cette sainte maison a pu traverser la mer pour venir se poser à Lorette, sur le sol, sans aucune fondation.

Rien de plus touchant que l’aspect des lieux que Notre- Seigneur a honorés de sa présence. Après avoir célébré

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deux fois à l'autel de l’Annonciation, avec quel respect j'ai visité toutes les grottes attenantes que Jésus, Marie et Joseph fréquentèrent si longtemps! J'ai voulu voir aussi l'atelier de saint Joseph, transformé en église ; il est à une certaine distance du lieu de l'Annonciation.

Une bonne religieuse nous fit remarquer qu’à Nazareth, l'atelier était toujours séparé et même éloigné de la maison d'habitation, et que, aujourd'hui encore, les choses se passaient ainsi, tant les coutumes se conservent bien en Orient. Nous avons encore visité une autre église où chapelle, au milieu de laquelle on voit une vaste pierre ou rocher qui servait de table à Notre-Seigneur et à ses apôtres, avant et après sa résurrection.

Nous voulûmes aussi aller voir la fontaine de Marie, et boire quelques gouttes de son eau. La source est enfermée dans l’évlise des Grecs, et de là, par un aqueduc, l’eau est conduite à la fontaine qui en est rapprochée. C’est là que la Vierge Marie venait puiser de l’eau, pour les besoins d’une famille pauvre et obscure, que les anges auraient été heureux de servir. C’est l'unique fontaine rapprochée de Nazareth. L'eau y est peu abondante, et il y a toujours encombrement.

Les Grecs, plus nombreux, ont de là peine à souffrir les Latins qui se trouvent obligés, quand les citernes sont turies, de faire trois kilomètres (environ deux milles) pour se procurer de Peau. Ce sont les jeunes filles qui sont chargées de cette rude corvée, On les accontume de jeune âge À porter des eruches sur leurs têtes, ce qui donne à leur démarche quelque chose de raide et de mesuré,

Une religieuse déplorait devant nous le triste sort de ces pauvres petites filles, qu'on envoyait tous les matins, nu-pieds, à une grande distance, par des chemins raboteux, chercher de l’eau, avee une lourde cruche sur la tête, et qui lui arrivaient en classe exténuées de fatigue, C'est

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ainsi que sont traitées les jeunes compatriotes de la sainte Vierge.

Nous avons passé plusieurs jours à Nazareth, et nous avons voulu jouir du coup d'œil de cette ville, dont nous avions été privés en arrivant le soir. Nous montons sur une colline, et de là, nous pouvons admirer la situation pittoresque de cette petite ville devenue si célèbre Nazareth nous apparaît, avec ses blanches maisons, rayonnant comme un lis virginal ; c’est bien la fleur de la Galilée où a grandi dans l’ombre la plus belle fleur qui se soit épanouie sur la terre, cette fleur sortie de la racine de Jessé, où a germé ce rejeton divin qui s’est assis sur le trône de David et dont le royaume n'aura point de tin.

Nazareth, vue d’une hauteur, est belle, Des viunes, des urenadiers, des oliviers et beaucoup de nopals entourent la ville, et tempèrent léclatante blancheur du sol et des Maisons ; mais que l’intérieur est sale et dévoûtant ! Des rues tortueuses, non pavées, remplies d’immondices, voilà le spectacle qu’on à sous les veux.

Les habitants sont vêtus assez convenablement ; wéné-

ralement les femmes ne se voilent pas comme en Egypte

et ailleurs, Dans les jours de fête, elles sont vêtues de blanc. On dirait que c’est une première communion générale. Nous y avons passé le dimanche de Quasimodo qui était la Pâque des Grecs, et il est hors de doute que les plus beaux costumes étaient en évidence, Malyré cela, je suis obligé de contredire ce que la plupart des voyageurs ont dit de la beauté des femmes de Nazareth. J'avoue que Je vai rien remargié dextruordinaire, et une religieuse me disait qu'à vingt-cinq ans toute la fleur de la jeunesse est flétrie.

Il parait que.les mariages se font à un âge encore bien tendre, Le elimat et l'usage ont force de loi, Pendant

notre séjour, à eu lieu une grande noce musulmane; je ne

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lai vue que de loin, mais je l'ai entendue de trop pres. Pendant une nuit entière, nous avons été fatigués par le bruit et le tumulte des convives, par les sons aigus et stridents des cymbales, entremêlés de quelques décharges. C’est encore la coutume de porter en grande pompe tous les objets précieux de la fiancée, sans doute pour étaler sa richesse ; et il paraît même qu'on emprunte ce qui manque, pour se montrer avec plus de luxe et d’ostentation. La vanité se trouve partout.

Les jeunes filles, même chrétiennes, portent bien jeunes encore, autour du con et de la tête, des colliers de pièces d’or, d'argent ou de cuivre, selon leur fortune, et quand on en demande la raison, on répond invariablement que c’est la coutume. On a souvent répété que l'Orient est immobile. Ilest vrai que nulle part on ne conserve plus religieusement les traditions, nulle part on n’est plus esclave des usages anciens. Le costume, le langage, les habitudes sont encore les mêmes qu'autrefois ; puis, en étudiant les divers peuples de ces contrées, on est frappé de la resseunblance qu'on leur trouve avec les personnages bibliques.

Cependant, depuis quelques années, les mœurs et les usages de l'Occident pénètrent peu à peu, même dans l'intérieur, Nos missionnaires et nos religieuses, en instruisant les enfants du peuple, ont mis en honneur Ja langue française et fait tomber une foule de préjugés contre la relivion catholique, préjugés tellement invétérés qu'il semblait impossible de les déraciner ; mais la civilisation moderne qui fait aussi invasion sur les côtes, détruit une partie du bien que font les missionnaires et les religieuses, et retarde la conversion de l'Orient, Quant à Nazareth, cette ville est bien partagée sous le rapport de l'instruction. Les enfants de tous les cultes sont admis dans les écoles, et le nombre des chrétiens s’auginente sensiblement,

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