‹ Le pèlerin de Terre Sainte [microforme]Chapitre 110 sur 170 · DR PR TEINTE SENTE · texte numérisé non relu

DR PR TEINTE SENTE

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ancien sanctuaire du mont Carmel. Mais nous ne sommes encore qu’au pied de la montagne, assez loin du promontoire où est situé le célèbre couvent des Carmes, à une hauteur de deux cents mètres (six cent soixante-deux pieds). Ce n’est pas une montagne isolée, c’est une chaîne qui court sur une longueur d'environ cinq lieues sur une de largeur.

Nous continuons à longer cette chaine, et nous arrivons à Khaïpha, l’ancienne Helba de là tribu d’Aser. Cette ville, dans une position magnifique, est entourée de murailles en ruines, L'intérieur de la ville est sale et dégoûtant ; la rade est sûre et pourrait, un jour, lui donner plus d'importance; c’est ce que la Prusse à compris; car, au sortir de la ville, elle a établi une colonie,

De jolies constructions s'élèvent cà et li sur un vaste terrain qu'elle à acquis, et ses essais de colonisation dans la plaine d'Esdrelon indiquent assez qu'elle voudrait faire de Khaïpha ou Caïffa lentrepôt des productions de la Galilée et de la Samarie. Au delà des constructions prussiennes, est une forêt de vieux oliviers qu’on traverse avant de gravir la montagne. Le chemin est, pour ainsi dire, à pie; et, avec le secours de nos moukres, nous arrivons en peu de temps au couvent du Carmel,

Comment raconter la gloire du Carmel, de ce lieu célèbre dont le nom si doux, si harmonieux, plein de mystères, retentira à jamais dans nos chants sacrés ? Au temps de Josué, il formait un petit royaume. Plus tard, il fut pour les prophètes un séjour de prédilection. Les plus anciens anachorètes, même avant Jésus-Christ, venaient s’abriter dans ses grottes solitaires et se reposer sous ses délicieux

ombrages.

Respecté dans tous les siècles, le Carmel est encore au-

jourd’hui en vénération par tout l'univers. L’Ecriture le

représente comme un lieu plein de beauté et de fertilité.

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Le Cantique des cantiques compare au Carmel les ornements qui brillent sur la tête de l'épouse, et Isaïe, pénétrant dans l'avenir et découvrant les splendeurs de lEglise, la véritable épouse du Christ, ne saurait mieux la dépeindre qu'en lui donnant la beauté du Carmel.

C’est sur le Carmel qu’Elie avait fixé sa demeure, et ce fut après avoir confondu l£s prêtres de Baal qu'il vit s’élever de la mer ce nuage mystérieux que les saints Pères ont considéré comme le symbole de la sainte Vierge (1).

Elie ayant été enlevé sur un char de feu, son disciple EÉlisée vint aussi se fixer sur le Carmel A l'exemple de ces prophètes, de pieux disciples vinrent ensuite s'établir sur cette montagne. Ce furent de vrais anachorètes qui précédèrent la venue de Jésus-Christ, Plus de mille grottes reeurent tour à tour ces solitaires, qui, loin du tumulte du monde, s'occupaient à méditer les vérités éternelles, On croit, non sans raison, qu'Elie, qui avait eu sur le Carmel la vision prophétique relative à la sainte Vierge, consacra, au même endroit, un lieu de prière à Celle qui devait être la Mère de Dieu, Virgini pariture.

Les descendants et les imitateurs des prophètes furent des premiers à embrasser le christianisme, et comme ils avaient vu à Jérusalem et peut-être même sur le Carmel l'auguste Vierge et qu'ils avaient été frappés du spectacle de ses vertus, ils concurent pour elle une si tendre dévotion, qu'on les appela les Frères de la Vierge du mont Carmel.

Dès le 1" siècle, le sanctuaire, qui existait depuis longtemps, fut renouvelé et agrandi, et, au commencement du second, Jean d’Antioche écrivait que ces pieux solitaires descendaient souvent de leur montagne pour répandre la foi dans la Galilée et la Samarie, Au milieu des révolutions qui se suceédèrent dans les siècles suivants, les

(1) IL. Rois. XviI1T, 44,

Frères du mont Carmel, à l'ombre de la Vierge leur protectrice, conservèrent la foi dans toute sa pureté, et, pour mettre plus d'unité dans leurs pieux exercices, saint Albert, patriarche de Jérusalem, leur donna, en 1209, une règle pleine de sagesse, dont les principales dispositions sont encore en vigueur aujourd'hui. Cet ordre ainsi constitué se: répandit rapidement dans toute l’Europe.

Saint Simon Stock, en étant devenu général, y ajouta un nouveau lustre, en instituant, d’après une révélation divine, la confrérie du Saint-Scapulaire que l'Orient et l'Occident s’empressèrent d'adopter pour honorer spécialement la sainte Vierge. Depuis cette époque dans toutes les paities du monde catholique, des millions d’associés unissent leurs prières à celles que les religieux offrent, sur le Carmel, à la Vierge bénie, et de la sainte montagne s'élève continuellement vers le ciel un faisceaa d'homages, de prières, de bonnes œuvres, comme un nuage de l’encens le plus pur, pour redescendre en une pluie abondunte de grâces qui rafraîchit les cœurs, comme ces eaux que le prophète Elie fit tomber du ciel pour désaltérer la terre desséchée (1).

Avec quel bonheur on pénètre dans cette église du mont Carme: dédiée depuis si longtemps à la sainte Vierge. Elle est simple, mais fort belle. Au fond de la nef est la grotte du prophète Elie où l’on descend par quelques marches. Cette grotte est fort vénérée, aussi bien par les Turcs et les Druses que par les Grecs et les catholiques. Le chœur est bâti au-dessus, et c’est sur le maître-autel que se trouve la belle et célèbre statue de la Vierge que tout le monde connaît. Après avoir célébré la messe dans la grotte d’Elie, j'ai voulu recevoir des mains d’un Père carme le saint scapulaire et inscrire mon nom sur le registre des associés. C’est pour moi un souvenir précieux. Un

(1) LIT. Rois. xXvI:11, 45.

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pèlerin venu des extrémités de l'Occident pourrait-il en agir autrement ?

Un voyageur à appelé le Carmel le donjon du christiunisme. Sentinelles vigilantes, du sommet de la montagne, les religieux regardent tour à tour vers la plaine et sur la vaste étendue des mers. De la plaine viennent leurs ennemis, de la mer leurs défenseurs. Quel courage il a fallu aux PP. Carmes pour se maintenir dans le poste périlleux confié à leur garde ! Que de martyrs y ont été iminolés' Et quand les barbares avaient inondé les sanctuaires du sang des religieux, il s’en trouvait toujours de nouveaux qui venaient prendre leur place, tout disposés à cueillir aussi la palme du martyre. Le Carmel a pour eux un attrait invincible ; c’est là que leur ordre a pris naissance, dans cette grotte sacrée où la sainte Vierge eut son prenier sanctuaire. À certaines époques, on put croire que le Carmel était abandonné à jamais; mais ia persistance des religieux est toujours parvezue à en réparer les ruines.

Pendant le siège de Saint-Jean-d’Acre, les bons religieux transformèrent leur couvent en hôpital pour soigner nos blessés ; Bonaparte vint leur faire une visite ; mais, après la retraite de l’armée francaise, les musulmans les massacrèrent tous et laissèrent leurs corps sans sépulture. Longtemps après, quand de nouveaux Carmes vinrent reprendre possession du couvent, ils trouvèrent les ossements des victimes épars sur la montagne. Ils les recueillirent avec respect et les ensevelirent dans un tombeau commun situé en face de la porte du couvent qui regarde la mer. Le voyageur s'incline respectueusement devant ce sépulcre des martyrs, surmonté d’une petite pyramide.

En 1821, Abdallah, le fameux pacha de Saint - Jeand’Acre, renversa de fond en comble l’église et le couvent du mont Carmel, et avec les matériaux il bâtit à côté un palais où il venait chercher la fraîcheur en été. La grotte

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