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CHAPITRE XXXI

Voyage au mont Carmel.

De Nazareth au mont Carmel. — Le Carmel.

Nous avions visité de nouveau Nazareth ; nous avions assisté le dimanche à plusieurs offices et entre autres à

ceux des Grecs unis; nous nous prosternons une dernière fois devant le lieu si saint de l’Annonciation, et nous partons pour le mont Carmel. A peine sortis de la ville, nous rencontrons un certain nombre de petites filles revenant d’une fontaine éloignée et marchant nu-pieds par un sentier rocailleux, portant sur leurs têtes des cruches pleine d’eau. Ce spectacle nous inspire un vif sentiment de compassion.

Comment oserions-nous nous plaindre de la fatigue du voyage, nous qui sommes à cheval, libres de tout fardeau, pendant que ces pauvres enfants font presque chaque jour une course si pénible ? Cependant la route que nous avons à parcourir est longue ; il nous faut sept ou huit heures. Le chemin est d’abord difficile ; mais quand on arrive dans la plaine d’Esdrelon, la route ‘est relativement belle, surtout hors la saison des pluies.

Lorsque nous arrivâmes près de la belle source de Aiïn-

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Samounieh, notre guide nous raconta avec une certaine satisfaction que les Prussiens, en 1867, avaient voulu prendre possession de la fertile vallée d’Esdrelon, et qu’ils avaient établi en ce lieu une petite colonie pour faire un essai; mais que la Providence avait su déjouer leurs projets et les empêcher de prendre pied sur cette terre sacrée. Tous furent pris de fièvre et moururent, et toute trace de colonie a disparu.

Nous passons par Djedda, l’ancienne Jédala de la tribu de Zabulon, et bientôt, après avoir traversé le torrent du Cison qui est à sec, nous arrivons au pied de la chaîne du Carmel, à un lieu où il sort de la montagne une multitude de sources qui forment un ruisseau considérable qui alimente le Cison. Sans cela, le torrent serait à sec dans tout son parcours, une grande partie de l’année. Dans la saison des pluies, le Cison commence au pied du Thabor ; bientôt, il se grossit de toutes les eaux qui descendent de la Galilée et de la Samarie, et alors, devenu un torrent fougueux, il traverse en mugissant la plaine d’Esdrelon, et quand il arrive à la Méditerranée, il est impossible de le franchir sans barque. Quelquefois même, le passage est impossible, ou du moins très-dangereux.

C’est dans ce torrent qu'Elie fit mourir tous les prophètes de Baal qui abusaient du peuple et l’entraînaient à l'dolâtrie (1). Achab, sur l’ordre d’Elie, avait rassemblé le peuple sur le mont Carmel,.et, en sa présence, le feu du ciel dévora l’holocauste que le prophète offrit au vrai Dieu, tan lis que les prêtres de Baal invoquérent en vain leur prétendue divinité. Tous connaissent les détails de ce s0lennel défi porté par la vérité à l'erreur et de la victoire éclatante que Dieu accorda à son serviteur en présence d'Achab et de tout le peuple. Le lieu du prodige n'a pas été oublié ; sur la colline du sacrifice d’Elie, s'élève le plus

(1) IH. Rois, xvrti, 19.

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