‹ Le pèlerin de Terre Sainte [microforme]Chapitre 39 sur 170 · CHAPITRE TITI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TITI

De Jaffa à Jerusalem.

Départ de Jalfa Plaine de Naron liamlel Tour des Quarante-Martyrs.—De Ramleh à Jérusalem.-Souvesirs hibliques Abougoche Vallée de Térébinthe --Approches de lérusaen

‘ ’ ’ . , } À 1 La nuit avait été mauvaise, Le matin, de trées-bonne

heure, j'entendais les sifflements du vent: eétait une +rate tempête. Je me lève et je vais sur la terrasse du couvent,

C’est un spectacle effrayant, nus orandiosge La ner

AgyUeESsS se

pousse des rugissements épouvantables: les vi

brisent avec fracas contre les rochers qui bordent Ta rade

Un vaisseau qui m'aurait pu tenir la haute mer aurait

échoué contre ces écueils. La rade de Fafta m'est pas sûre ; elle est fréquente el naufrages, Apres la tempête, voila que la pluie commence à tomber, et dans la matinée elle levient si intense que nous remettons notre départ à Paprèsnid, Quelques pèlerins de diverses contrées se joignent

Nous voilà done montés chacun sur notre âne,

À Nous Avec nos bagages : mais nos armes, comme un meuble inu-

Len fn)

tile, restent ensevelies dans nos saés, tant le darger nous paraît improbable. C’est alors que nous commencons à reconnaître lPaflreuse incommodité des selles arabes. Klles semblent faites pour exercer la patience du cavalier, Vous avez beau prendre des précautions ; si vous n'avez pas une selle européenne, vous êtes condamné à subir une véritable torture, Que faire ? se résigner et partir.

Nous suivons le chemin ombragé qui traverse les jardins de Jaffa, et pendant près d'une heure nous marchons au milieu d’une forêt d'orangers couverts de fleurs et de fruits. Nous entrons dans la plaine de Saron, si célèbre dans les saintes Ecritures (1). Cette vaste plaine se développe de-

(1) Is, XXII, 9, LME, 2

vant nous dans toute sa magnificence. Partout de riche: moissons, des blés et des orges en épis au milieu desquels ou distingue une grande variété de fleurs. Les bords même de la route en sont couverts. Les tulipes, les Iis, les roses blanches, les narcisses, les anémones s'y épanouissent dans leur beauté native et forment un tapis comme n’en a jamais eu Salomon dans toute sa gloire, Cette terre féconde où coule encore le lait et le miel, nourrit aussi de nombieux troupeaux de bœufs, d’ânes, de chèvres et de brebis. Les voyageurs qui ont fait de cette plaine un désert, ne Font pas vue, assurément, aux beaux jours du printemps. On prend cependant peu de peine pour la cultiver. Deux bœufs traînent facilement une sorte de charrue faite d’un mosceau de bois recourbé, au bout duquel on a fixé un fer aigu, Un Arabe Ja tient d’une main et suit nonchalamment ses bœufs, La terre est à peine remuée à une profondeur de deux à trois pouces. Quels trésors elle pro-

duirait si elle était préparée par des mains plus habiles : Sur cette route on retrouve de beaux plants d’oliviers, de figuiers, d'orangers, surtout aux approches de Ramleh, petite ville, connue dans l'Ecriture sous le nom d’Arimathie.

Ramleh est dans une position admirable. Autrefois populeuse et fortifiée, elle joua un grand rôle au temps des croisades, C’était la principale ville de la Palestine avec Jérusalem. Elle avait un château, douze portes et des bazars bien fréquentés, et aujourd’hui ce n’est plus qu'un amas de misérables maisons où 3e logent environ 4,000 habitants.

Auprès de Ramleh, est la tour des Quarante-Martyrs que nous avions aperçue d'assez loin. Elle est vraiment belle, haute, carrée, gothique, de l’époque des croisades et non du temps des martyrs de Sébaste, À côté de la tour sont les grandes ruines d’un couvent de templiers. On ; remarque les fondements d’une église ; et un peu plus

le riche:

desquels ‘ds même les roses sent dans La Jamais conde où ninbieux is. Les ne j'ont ps. On Deux te d’un ‘é un fer chalamine prole proabiles !

iers, de leh, penathie, fois pops des e avec bazars amas habi-

artyrs Lime!

des et i tour On ; plus

loin, en descendant une trentaine de marches, on se trouve dans des galeries souterraines dont il est assez difficile d'assigner l'usage. Il y a aussi d’imimcuses galeries supérieures encore en partie debout ; mais patout les r'ines s’amoncellent, la tour même est entamée, et il ne faudra pas un siècle pour que ce monument disparaisse. Ce monastère devait être une sorte de forteresse placée en sentinelle, à l'approche des montagnes, et qui, par sa position, était à l'abri d’un coup de main.

Auprès de la ville se trouve le couvent des PP, Franciscains, bâti sur emplacement de la maison de saint Nicodème. Il y a une petite chapelle qui, d’après une tradition fort respectable, occupe la place même de la maison du saint, Aussi, en y célébrant la sainte messe, j'ai ajouté à l’oraison des saints le nom de saint Nicodème, patron de ce lieu, et je me suis rappelé avec plaisir ce passage de l'Evansile où, à l’occasion de l’ensevelissement de Jésus, il est dit : Nicodème vint aussi apporter des parfums. Venit et Na codemus . +

27 imars.

Le voilà enfin arrivé ce beau jour où nous allons voir Jérusalem. La route est encore longue, mais elle est praticable, C’est toujours la plaine de Saron jusqu'aux montagnes. Ce n’est pas un chemin étroit et solitaire ; c’est une grande voie à laquelle il ne manque qu’un encaissement bien entretenu. Je n'ai rencontré qu'une seule charrette, pas une voiture ; mais, à la place, beaucoup d’ânes, de mulets, de chameaux et quelquefois des chevaux arabes qui passaient comme un trait. (Cette route est très-frcquentée, surtout à l’époque des pèlerinages. A des distances assez rapprochées, on trouve des tours de gardes, où lon peut faire manger les chevaux et boire un verre d’eau lus où moins limpide, On peut même y passer la nuit,

l'on est surpris par l'heure ; mais sans autre lit que lu

terre, 4 la facon des Arabes, Voila les hôtelleries de la Palestine,

En traversant lentement, comme nous le faisions, cette vaste plaine de Saron, que de souvenirs bibliques se sont représentés à ma mémoire ! Je foule aux pieds, me disaisje, une terre presque inhabitée aujourd'hui, mais où ont passé cent peuples divers. A la place de ces chétives masures s'élevaient des villes célèbres. Que de lieux mémorables 11 faut laisser de chaque côté de Ta ronte ! Là, tout pres, était Thanmma, où Juda, fils de Jacob, se retdit pour tondre ses brebis (F); où Samson descendit pour se marier, dans le voisinage de laquelle il brûla les blés des Phalistins et déchira le jeune Bon (2),

A droite, au couchant, j'apercois le pays des Philistine, ot je comprends que cette riche plaine pouvait nourrir ces milliers de combattants dont parlent si souvent les Tivres saints. Je me rappelle ces villes fameuses, ‘Jamnia, Accaron, et surtout Azot, où était le temple de Dagon dans lequel fut placée l'arche du Seigneur (3); Azot, où saint Philippe alla enseigner l'Evangile après avoir baptisé le trésorier de la reine d'Etnopie (4). La ausi était Geth, patrie de Goliath ; Saraa, où naquit Samson; et à une assez faible distance, le champ de bataille où Parche fut prise et où périrent les enfants d'Hél avec des milliers d'Israélites.

Cependant le terrain devient inégal et pierreux ; nous approchons des montagnes, Nous faisons une halte, Nous pouvons nous procurer quelques, verres d’eau, et nous mangeons nos petites provisions dans une sorte d'hôtellerte où nous retrouvons le consul espagnol de Damas, que nous avions déjà vu à Ramleh. C’est un homme Imstruit, parlant bien le francais, excellent catholique, qui fait le pèle-

rinage de Jérusalem avec toute sa famille. Un de ses pe

(1) Gen. XXXVIII, 15 2) JU MIN (3). T1. Rois, v. 1.

et) Act, Va, 40,

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uts enfants était placé sur une mule, avec sa bonne qui le tenait entre ses bras, sous une tente improvisée pour Île Préserver des ardeurs du soleil. La route devient pentble, et cependant notre moukre suit, nu-pieds, comme Ja veille, et 1l fera tout le trajet, neuf lieues, a travers les caloux, sans se plaindre, Pour un peu d'argent, que ne fait-on pts Je suis sur la route de Jérusalem, et tout m'intéresse. Les montagnes mêmes ne sont pas muettes. Elles ont leur langage qui parle des prospérités du passé et de la désolation présente. Fat remarqué des restes de travaux que les Juifs avaient élevés pour les rendre fertiles, Beaucoup présentent laspect d'étaues successifs où Pon pouvait planter la vigne, Polivier où d’autres arbres, En certains endroits, on voit encore de vieux oliviers assez viuoureux ; nus, évidemment, li malédiction pèse sur cette terre ingrate, Presque partout, la roche nne se montre à travers quelques plantes sauvages où quelques maigres buissons qui croissent d'eux-mêmes, Aucune trace de culture : quel contraste avee la plaine de Saron Pendant plusieurs lieues, on monte, on monte toujours Suns apercevoir aucun Village, pas même une hutte d'Arabe. Jérusalem est à plus de sept cent mètres (2325 pieds) délévation. La rout: est parfois affreuse, malgré les redressements et les réparations qu'on y a faits. Quelquefois elle serpente autour des rochers : quelquefois elle est enfoncée auprès d'un torrent, Des pierres tantôt aiguës, tantôt arrondies et vlissantes la recouvrent dans toute sa surface, Je ne nrarréteral pas davantage à décriré Ces tristes lieux, où l’on se demande colument tant de villes célèbres ont pu s'élever ; car, autour de moi, il h'y à presque aucune montagne qui n'ait été habitée pai une population laborieuse, Je suis dans le voisinage de Nicopolis, de Nob, de Bethsamès, ete., je suis presque au centre de la Judée, entre la mer Morte et la grande Mer.

l'aperçois les possessions antiques des tribus d'Ephraim. de Benjamin et de Juda, et pour m'expliquer laffreux changement qui s'est opéré, J'ai besoin de me rappeler les malédictions des prophètes et surtout d’Isaïe,

Après avoir gravi les coteaux pierreux de ces tristes montagnes, nous attelunons un sol élevé sur le revers duquel est assis le village de Kariath-el-Enab, village aux raisins. Il porte aujourd’hui le nom d’Abougoche, que lui a valu ce fameux brigand qui dévalisait les voyageurs et s'était rendu redoutable dans toute la contrée, 11 jouit maintenant avec sa famille du fruit de ses rapines, dans une sorte de palais qu'ils s'est bâti sur la montagne, et il laisse passer en toute liberté les pèlerins. Ce village est l’ancienne Kariathiarim de la tribu de Juda, si célèbre par if le séjour qu'y fit l'arche du Seigneur; c’est, du moins, JE: l'opinion la plus commune (1). Lorsque les Philistins \4 l’eurent rendue, les habitants de Bethsamès, frappés d’une grande plaie pour avoir porté des regards indiscrets sur ce monument de la gloire du Seigneur, demandèrent à ceux de Kariathiarim de Ïa recevoir chez eux (2). Elle fut

placée dans la maison d’Abinadab où elle resta vingt ans. On voit encore, à Kariathiarim, une grande église sous \ l'invocation du prophète Jérémie. Elle est à trois nefs et F ! de style gothique. Depuis que les barbares avaient mas- : sacré, pendant une nuit, tous les religieux du couvent, l'église était convertie en écurie ; mais bientôt, sans doute, elle reparaîtra dans son premier éclat. Elle pourra devenir un lieu de station pour les pèlerins allant de Jaffa à | 5 Jérusalem.

A une petite distance, sur le sommet d’une montagne, 4 on aperçoit le village de saint Samuel, connu dans la bible sous le nom de Rama où Ramathaim-Sophim. Il est L: : :

? habité par quelques Arabes qui ont transformé en mos- Æ À LA

(1) JL. Rois v11.... 1, Paral. X111, 5..,. (2) 1. Rois. Xvir, 2.

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tristes vers duage aux que lui geurs et Il jouit es, dans ne, etil lage est èbre par MOINS, hilistins 8 d’une s sur ce à ceux îlle fut gt ans.

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ee fe tombeau de Samuel, Non loin de la etalcnt Mas] bia, Giabua, Socho, ete, Toutes ces villes sont école s au so), et

LrHnger Cut inande ol sont leurs rHINOR,

rés une marche pénible, nous deseendons par un

Luin escarpé dans la vallée de Térébinthe, où passe un torrent célèbre dans l'Ecriture par la victoire de David sur Goliath. Cette vallée, assez étroite, est une des plus ferüles et des plus riantes de Ja Palestine, Le Térébinthe, Lu Jui a donné son nom, est un bel arbre dont la feuille ressemble à celle du laurier. C’est de Îa résine de cet bre q eut sur un mauvais pont. Je descends au fond de son Hit

Won extrait Ja térében'hine., Noustraversons le tor-

pou choisir et emporter cinq pierres pobes, en souvenir de celles que David prit pour combattre le géant. Au fond «te ee Torrent, il coulait encore un filet d'eau clure : ul, dans les pluies, 1] doit orossir énormément ; ét tout annonce, ur ses rives, qu'il parcourt alors en mugissant ces lieux

oltaires,

Ensuite 11 nous faut gravir et descendre plusieurs monones qui ressemblent, de loin, aux murs d'enceinte d’une forteresse, Partout où la vue peut s'étendre, on n’apercoit que des pierres; on dirait qu'un immense volcan à couvert de ses laves cette terre désolée. La nature entière senble S'attrister ; les chemins mênie sont plus âpres et plus sauvages, Toute végétation a disparu. Encore, çà et 1, quelques pâles oliviers, quelques pauvres villages au flane des montagnes ; mais rien, absolument rien de ce qui annonce le voisinage d’une grande ville : le désert, et puis Je

désert, Quand on se rappelle que les prophètes ont épuisé

e que le langage humain a de plus sublime pour célébrer la gloire de Sion, on se demande : Est-ce donc là, au milieu de ces rochers arides, de ces affreux ravins, que Dieu a

a placé cette ville d’une beauté si parfaite ? Héæccine est

urbs perfecti decoris ? Il y a là un mystère profond que

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