‹ Le pèlerin de Terre Sainte [microforme]Chapitre 42 sur 170 · ON · texte numérisé non relu

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côtés, elle est entourée de ravins profonds. C’est comme

une presqu'île qui ne tient à la terre que par le nord-ouest, Elle repose sur trois collines, Sion, Moriah et Axra, dont les terrains ont été mille fois tourmentés par des constructions et des destructions successives.

Une vallée, appelée T'yropæon, divise la ville et les collines. Quoique les fondements de la eité de Dieu, selon l'expression du prophète, reposent sur les Saintes montagnes, elle est dominée par plusieurs sommets, Au levant, le mont des Oliviers, élève sa cime majestueuse et semble montrer le ciel. Au midi, les monts du Scandale et du mau vais Conseil présentent leurs vastes pentes désertes, aux teintes brunes et urisätres. Au couchant, le mont Gihon, et au nord, le Scopus ferment cette immense circonférence, et ne laissent, pour approcher de la ville, qu'un étroit passage où se trouve la porte de Jaffa. C’est par ce côté que sont entrés tous les conquérants.

Au temps d'Abraham, un prêtre du Très-Haut, Melchisédec, jetait, sur une montagne, appelée ensuite Akra, les fondements d’une ville dont il fut le roi, d’une ville célèbre où s’accompliraient les plus graves destinées du genre humain, d’une ville dont le nom serait des millions de fois répété par les échos de tous les lieux et de tous les siècles : c'était Jérusalem (1). Cinquante ans après, elle tomba au pouvoir des enfants de Jébus, fils de Chanaan, qui bâtirent une forteresse sur le mont Sion.

Sous Josut, les Israélites conquirent Jérusalem ; mais les Jébuséens restèrent dans la forteresse de Sion jusqu’à David, qui s’en empara. Ce fut aussi David qui éleva un autel sur le mont Moriah, dans l'aire d'Oinan, pour éloiyner le fléau de la peste qui atligeait son peuple (2), et c’est dans ce même lieu que Salomon, son fils, bâtit le fameux temple qui porta son nom.. Par cette construction,

(1) Gen. x1v 18. (2) 11. Paral. xx1. 28.

conne le mont Moriah se trouva joint à la ville, Quatre siècles d-ouest, e. après, un châtiment terrible tomba sur Jérusalem, toura, dont 4 jours infidèle, malgré les avertissements de ses prophètes. nstruc- 4 Nabuchodonosor vint fondre sur elle, détruisit son temple : et s'empara de ses trésors (1). Les Esraélites captifs allèet les N. “nt pleurer sur les fleuves de Babylone, et Jérémie resta 1, selon F presque seul pour exhaler sa douleur sur les ruines de su s INOn- patrie, Qui n'a pas éprouvé un sentiment de tristesse levant, profonde en entendant ces paroles : Quomodo sedel sola semble civitas ! Comment donc est-elle devenue solitaire cette et du urande ville ?.,., " aux Après soixante-dix ans, les Juifs revinrent à Jérusalem, Gihon, le temple fut rebâti, la ville sortit de ses ruines, Sous la ‘rence, protection d'Alexandre (2) et des Ptolémées, des jours de IL pas- prospérité es de gloire s’écoulèrent encore pour elle. La té que tyrannie d’Antiochus arriva, et elle eut à subir de nou- 4 veaux désastres ; mais la valeur des Machabées lui rendit elchi- L sa liberté, jusqu’à la conquête des Romains sous Pompée. ra, les Hérode lui-même, le cruel Hérode, la dota de plusieurs élèbre beaux monuments et rebâtit le temple avec une magnie hu- 1 ficence extraordinaire. ‘Jésus-Christ vient ; il honore Jée fois ; rusalem et son temple de sa divine présence et de l'éclat cles : k de ses miracles. Mais cette ville ingrate ne connut pas le a au É temps «le sa visite; elle mit le comble à ses forfaits par un irent | horrible déicide ; et, quelques années après, l'an 70, Titus, à la tête des légions romaines, assiégea Jérusalem, brûla nai 1. le temple et détruisit la ville. Ce fut la dernière désolaqu’à : tion prédite par Daniel. Dupuis cette époque, le Juif n’a ue plus de patrie.

éloi- Eu l’an 136, Adrien releva quelques ruines de la mal- , et heureuse cité, mais 1] lui ôta son nom ; il l’appela Œlia, fa- Eu 326, sainte Hélène orna le saint Sépulcre et le Calon, vaire, et les renferma dans une maunifique basilique, Jé-

(1) Rois XXIV. 11..., (2) 1. Mach 1..,..,

joue.

rusalem sembla renaître; mais, au commencement du va sièele, Chosroës détruisit cette église, Omar vint ensuite, se montra plus tolérant, et, pour ôter aux musulmans l’idée de s'emparer du saint Sépulere, il bâtit cette fameuse mosquée qui porte son nom. Au x1° siècle, les Croisés prirent Jérusalem et en firent la capitale de leur royaume éphémère. Pendant le peu de temps qu'ils oceupèrent la Terre Sainte, ils élevèérent une foule de monuments, dont plusieurs subsistent encore. Depuis six siècles, Jérusalem gémit sous l'oppression des musulmans. Le nombre des chrétiens à diminué; les ruines se sont accumulées. Cependant, depuis quelques années, la situaution est devenue plus tolérable ; la tyrannie tend à disparaître, et le chrétien peut parcourir, sans être inquiété, les rues de Jérusalem et prier partout où il lui plait, pourvu qu'il ne franchisse pas les barrières de la mosquée d’Omar.

Au milieu de tant de révolutions, il n’est pas étonnant que la population de Jérusalem ait beaucoup varié. Au temps d'Alexandre, elle comptait 150,000 habitants. Quand Titus l’assiégea, les Juifs des environs y avaient- cherché un refuge ; la nation presque entière avait reflué dans la capitale. Tacite compte 600,000 Juifs renfernés dans ses murs; mais Josèphe, mieux instruit, assure que 1,100, - 000 périrent dans le siège ; ce qui porte, en cette circonstance, la population à un chiffre extraordinaire; mais il ne faut pas oublier que Jérusalem fut assiégée au temps de la pâque.

En considérant l'emplacement de Jérusalem, on est porté à se demander comment une pareille fourmilière d'hommes pouvait s’abriter dans ne enceinte si resserrée. Dans nos contrées occidentales, ce serait un problème insoluble : wais en Orient, et spécialement en Palestine, la chose me paraît possible, “Les Juifs vivaient sous des tentes à la fête des tabernacles, Le luxe et le bien-être n'entraient

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pas dans leurs habitudes. Ils n'étaient donc pas plus difficiles que les Arabes, ces enfants du désert qui sont venus les remplacer.

Or aujourd'hui, en Palestine, quelle simplicité! Un petit appartement garni de nattes suffit pour coucher dix à douze personnes. Les terrasses des maisons servent souvent au même usage ; et dans les grandes réunions, les rues, les cours et les places ne sont pas dédaignées. Je suis même convaincu que, pendant le siège de Titus, beaucoup de Juif passaient la nuit, près des murailles, dans l'intérieur, et peut-être même au dehors. Ces terrains, où l’on ensevelit aujourd'hui les morts, pouvaient alors servir de lits aux vivants qui, là, étaient à l'abri des traits; témoin cet homme qui faisait le tour des murailles, en plein

jour, en criant: Malheur à la ville ! Quoi qu’il en soit, on

reconnaît aujourd'hui l'emplacement des armées assiègeantes ; on peut mesurer létendue de la ville, et, d’un autre côté, il est impossible de contester les chiffres que les historiens assiguent à la population pendant ce siège mémorable, C’est done un fait qu'il faut admettre, malgré tout ce qu'il a de contraire à nos mœurs et à nos habitudes, Les explications que + viens de donner me paraissent

suflisantes pour répondre à toutes les difficultés.

Aujourd'hui, la population de Jérusalem est à peine de 20,000 habitants, et elle peut se mouvoir à l'aise au milieu des ruines du passé. Vue de loin, la ville à quelque chose d'imposant ; mais l'intérieur est triste, sombre, silencieux. les rues sont étroites, sales, mal pavées. On ne rencontre pas une seule voiture. Les bazars sont mal tenus, les habitants vêtus pauvrement, sauf les étrangers qu'on reconnait facilement, On rencontre pourtant cà et 1à quelques maisons qui annoncent l’aisance ; mais presque toujours elles sont occupées par des fonctionnaires, ou bien ce sont des couvents. Il ne faut donc pus aller à Jérusu-

lem pour jouir de l'aspect d'une cité brillante ; des motifs d'un ordre supérieur attirent le chrétien, parlent à son cœur et J’attachent à la ville sainte,

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