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CHAPITRE IV

Mont Sion.

Tour de David. Maison de saint Thomas et d'Anne. — Eglise de Saint-Jacques, — Maison de Ciiohe. — Le saint Cénacle. — Tombeau de David, — Pente du Sion. — Les lépreux. — Quartier des Juifs, -- Maison de Jean-Marc et prison de saint Pierre.

Venez, allons à cette sainte montagne de Sion, dont le nom retentit plus de deux cents fois dans les saintes Écritures ; à cette sainte montagne, image de la gloire du Seigneur ét de la beauté de l'Eglise, son épouse: à cette

montagne où David et Salomon se montrèrent dans toute leur puissance, où ils élevèrent tant de monuments dignes de passer à la postérité ; À cette montagne de Sion, dont je « nom seul, après tant de siècles, respire toute la suavité | de la divine poésie des prophètes. d'avance, je regarde autour de moi, La tristesse oppresse mon âme, et pour

rendre le sentiment pénible qui m'agite, je ne trouve que à cette parole de Jérémie: Vice Sion lugent . . .Les rues de à Sion sont désolées ; elles pleurent, Sans les souvenirs reli- À gieux qu'on retrouve à chaque pas an milieu des ruines, ‘4 je ne sais si l’on aurait le courage de parcourir ces sentiers “

solitaires, tristes restes d’un glorieux passé. Visitons les lieux les plus remarquables.

Auprès de la porte de Jaffa, sur le sommet de Sion, En — { s'élève la citadelle, bâtie sur l'emplacement de l’ancien château de David. Elle domine tonte la ville, C’est bien

+1 là la forteresse que David prit aux Jébuséens (D, et où il à son 1 éleva cette tour inexpugnable à laquelle l'Eglise compare Fa la sainte Vierge, l'urris Davidica. Les fondements des 14 tours et des murailles actuelles, formées, jusqu'à une certaine hauteur, d'énormes pierres en bossage, appartiennent 1 incontestablement à l'architecture des Hébreux, et sont ‘4 avec raison attribués à David. Titus avait conservé une LA partie de cette vieille citadelle pour attester aux siècles

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futurs la valeur des Romains qui avaient pu s'en emparer ; et, pour mieux faire ressortir la gloire de son héros, Tacite, son historien, nous assure que, si Jérusalem eût été située glise de

dans une plaine, elle n'aurait pu être mieux défendue par — Tom-

tous les travaux que l’art de la guerre avait alors inventés,

rtier des FA e Ce fut près de cette forteresse que David éleva son À palais ; ce fut là qu'il fit transporter, au milieu des chants ont le ; d'allégresse de tont le peuple, l'arche d'alliance de la mais Écri- À sou d'Obédédom où elle était dépose, dans un tabernacle u Sei- qu'il avait dressé et où elle demeura quarante-quatre cet:e k ans (2). Ce fut là qu'il cominit et pleura sa double faute (3). toute + On montre encore la fenêtre d’où 11 aperçut Bethsabée dignes dont la maison était proche. Et, à lu vue de ces lieux, ne ont le 3 semble-t-il pas qu’on entend les gémissements du prophète ua vité L qui arrosait sa couche de ses larmes et exhalait sa douleur ‘garde dans de sublimes cantiques, témoins éterneis de son répenpour ; tir’ C’est encore sur cette partie du mont Sion que Salo- > que % ion bâtit cette maison de bois du Liban, toute brillante es de à d'or, toute resplendissante de beauté (4). Et de toutes ces s reli- À merveilles, il reste à peine quelques vestiges. NUMESS Aujourd’hui, Le premier objet qui frappe la vue, c’est le AUS temple protestant qui étale son isolement sur une des hau- 1s les œwurs de Sion. Il est splendide ; c’est un établissement ioitié anglais, moitié prussien. Nous l’avons visité, nous Sion, : avons été reçus avec beaucoup de courtoisie ; et, chose ncien

bien (1) LE. Rois. v. 7. (2) IL. Rois. vi. (8) 1d. x, (4) 11]. Rois, vi,

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étrange, malgré nos questions auxquelles on répondait, mais d'une manière trop vague, jamais nous n'avons pui nous rendre compte du culte qu'on y professait, de l4 doctrine qu'on y enseignait, des cérémonies qu'on y célébrait ; mais une remarque qui ua singulièrement frappé, c'est que ce temple de l'erreur est bâti sur l'emplacement du palais d'Hérode, de cet Hérode qui ajouta à tous ses autres crimes le massacre des innocents, J'ai de la peine à comprendre que l’hérésie, allant se poser en face de la vérité sur le berceau du christianisme, ait voulu placer son premier lit sur un leu souillé de sanu et de honte,

Plus loin est l'emplacement de la maison de KNaint Thomas, où les Croisés reconstruisirent une église qui subsiste encore, Les musulmans l'ont convertie en mosquée, mais ne la fréquentent pas, paree qu'ils croient qu’elle porte malheur.

À quelque distance de là, après divers détours, on entre par une porte en fer dans le couvent des Sœurs de Charité arméniennes non unies, et lon y trouve une église bâtie sur l'emplacement de la maison du grand-prêtre Anne. C’est dans une petite chapelle de cette église qu’on montre le lieu où Notre-Seisneur, interrogé par le grand-prêtre, reçut un soufHet d’un de ses vulets, et fit cette réponse si grande et si digne : Si j'ai mal parlé, rends témoignage du mal; mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? Leçon admirable qui confondra à jamais l'hypocrite servilité.

À l’un des angles extérieurs de cette église, la tradition montre quelques pierres de la maison d'Anne; et, à côté, de petits oliviers, rejetons de celui auquel fut attaché Notre-Seigneur, pendant qu'on délibérait pour le faire mourrir,

De là, nous allons visiter la cathédrale arménienne de Saint-Jacques. Sur un vaste emplacement, qui s'étend

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usqu'à la porte de Sion, s'élèvent les établissements reliuieux des Arméniens non unis, les plus beaux de Jérusalein, Ce sont de vastes et magnifiques constructions servant de patriarcat, de couvent et de séminaire. Dans l'église, on montre le lieu où Hérode-Agrippa fit trancher la tête à int Jacques le Majeur, pour se rendre agréable aux Juifs. Le corps de saint Jacques fut transporté dans la suite à Compostelle, La vénération que les Espagnols ont toujours eue pour saint Jacques, ne leur permettait pas d'oublier le leu où il avait répandu son sang, et à l'époque des Croisades, ils élevèrent cette église dont ils ont été dépossédés par les Arméniens,

Maintenant franchissons la porte actuelle de Sion, et explorons la montagne en dehors des murs. C’est un espace très-considérable, qui, autrefois, était compris dans l'enceinte, I n’y à plus aujourd'hui qu'un couvent d’Arméniens et le Cénacle,

Le couvent des Arméniens occupe lemplacement de la maison de Caïphe, qui était peu éloignée de celle de son beau-père Anne, Dans Pintérieur de l'église, près du maitre-autel, on montre le lieu où Notre-Seigneur était attaché pendant cette cruelle nuit qu'il passa dans la maison de Caïphe.

L'autel principal a pour table la pierre qui fermait le saint Sépulere. J'ai mesuré cette pierre ; elle a environ 2 mètres et 80 centimètres (9 pieds) de longueur ; elle est de forme semi-cireulaire, et dans sa plus grande largeur elle «environ 1 mètre, (3 pieds). En faisant le tour de l'autel, on peut la voir à nu en trois endroits différents. Cette pierre avait servi longtemps d’autel dans la partie orientale de l’église du saint Sépulcre, avant d'être transporté sur le mont Sion.

Ce fut aussi dans le même lieu, dans la cour de Caïj he, que saint Pierre rénia son Maître ; c’est là que le chant du coq vint frapper son oreille et lui reprocher le crime

qu'il venait de commettre : c'est lt que Jésus porta sur cet apôtre infidele un regard qui, comme un trait, lui perca le cœur, l'ierre sortit, et, dans son ainère douleur, il alla à quelques centaines de pas, dans un lieu solitaire, pour y pleurer son péché, Les tidèles y avaient construit une chapelle qui a disparu ; mais on y remarque encore lu caverne où 1 s'enfonea pour donner un libre cours à ses lurmes,

Plus nous avançons, plus nous marchons sur des lieux consacrés par les plus saints mystères, Quelle haute et sublime idée nous nous sommes accoutuimés dès l'enfance à nous faire du saint Cénucle, Nous aimions à contempler Notre-Seiuneur entouré de ses apôtres, faisant avec eux la dernière cène, dans cette vaste salle, ornée avec soin, image et modèle de nos églises, C’est là qne Jésns-Christ institua le plus auguste des sucrifices, ln divine Eucharistie, C'est là qu'il se ceignit d'un linge pour laver les pieds de ses disciples ; qu'il prédit à saint Pierre son reniement et à Juda sa trahison. C'est à qu'il prononca, après la cène, cet admirable discours où il épancha son cœur avec la plus sublime doctrine, C’est qu'il apparut à ses disciples le jour même da sa résurrection, et que, huit jours après, il tit toucher ses plaies à saint Thomas. C'est la qu'après l’Ascension les disciples se réunirent avec Marie, Mère du Jésus, pour recevoir l'Esprit consolateur. Le Cénacle fut lu première église chrétienne ; car, d'après une opinion respectable, le sacrement de Contirmation y fut établit ; saint Jacques le Mineur y fut choisi pour évêque de Jérusalem ; saint Mathias y fut éiu pour remplacer Judas ; saint Étienne et les autres diacres y furent ordonnés, et enfin, c’est de là que les apôtres se séparèrent pour aller prêcher l'Evangile par toute la terre.

Il parait assez probable que le Cénacle était la propriété de Joseph d’Arimathie qui ensevelit Notre-Seigneur, Après le Calvaire et le saint Sépulcre, y a-t-il à Jérusalem un

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heu plus saint et plus vénérable ? Les premiers chrétiens eurent pour lui un profond respect. Selon saint Epiphane, il ne fut point détruit par Titus. Sainte Hélère y éleva une belle église. Sainte Paule y trouva et y vénéra lu colonne de la flagellation, encore teinte de sang, comme elle l'affirme. Détruit et rétabli à plusieurs époques, le Cénacle était toujours à deix étages, comme au temps de Notre-Seigneur, Ce fut au XIV° siècle que les Franciscains, se servant des matériaux des églises précédentes, reconstruisirent l’église que nous y voyons saijourd'hui, C'est pourquoi on remarque un mélange de pierres de diffé. rentes espèces dans les colonnes et les pilastres,

Il n'est pas un chrétien qui muspire après le bonheur Je visiter ce saint lieu et de prier là où prièrent Jésus, sa sainte Mère, les apôtres et les disciples ; mais quand on y pénètre, quelle cruelle déception ! quelle tristesse s'empare de l’âme! Le Cénacle est converti en mosquée! Muhomet a usurpé la place du Christ! Les Turcs ont profané le plus anguste des sanctuaires !... Pour entrer dans le Cénacle, il faut passer par une écurie; ensuite, on monte un escalier qui conduit à une petite cour pavée, et puis on entre dans une ancienne église changée en mosquée, C'est le Cénacle !... Eu considérant le délabrement de cet édifice et en me rappelant les grands mystères qui Sy sont accotmplis, j'éprouvais je ne sais quel saisissement que je ne puis définir; je voulais descendre dans Pétage inférieur ; on s'y opposa, C’est un harem: Et je sortis plein d’indination en me disant : Un harem au Cénacle !.., N'est-ce pas l’abomination de la désolation dans le lien saint !

Cette pensée me poursuivait sans cesse, et je ne pouvais m'empêcher d'en exprimer ma surprise et ma douleur. l’ourquoi, me disais-je, les nations chrétiennes, et surtout la France, après la guerre de Crimée, n'ont-elles pas racheté, au poids de l'or, s’il le fallait, ce lien si saint pour le soustraire à la profanation des musulmans ? La Turquie,

dans l’État d’affaiblissement où elle languit depuis bien des années, aurait-elle eu le courage de refuser ce léger sacrifice, et n’eût-elle pas été encore assez forte pour comprimer le fanati.me de ses coreligionraires? Il paraît que les Turcs tiennent à conserver le Cénacle parce que, disentils, dans une des chambres basses, se trouve le tombeau de David qu’ils ont en grande vénération.

Le tombeau de David (1), construit sur le mout Sion, par Salomon, était d’une grande magnificence. Il existait encore du temps de Notre-Seigneur, puisque saint Pierre, en parlant aux J'uifs du prophète David, leur disait : “Et son sépulcre est parmi nous jusqu’à ce jour.” Saint Jérôme écrivant à Marcella, fait dire à sainte Paule et à sa fille : “ Quand est-ce qu’il nous sera donné d’entrer dans le tombeau du Sauveur, et de prier dans le mausolée de David ? Un manuscrit conservé au couvent de Saint-Sauveur, et écrit au XIV* siècle dit que le tombeau du prophète-roi était situé au couvent des PP. Franciscains. Or, à cette époque, le Cénacle et le couvent qui y était joint appartenaient aux Franciscains, puisque ce ne fut qu’en 1555 que les musulmans massacrèrent les religieux et convertirent l'église en mosquée, Mais le tombeau de David est-il bien ce que montrent aujourd’hui les musulmans ? Est-ce ce sarcophage recouvert de tapis précieux que Mor Mislin, par une faveur spéciale, a pu visiter? C’est fort douteux, puisque Quaresmius assure que de son temps, le souterrain était entièrement comblé, et que Mgr Mislin luimême n'a rien remarqué dans ce local étroit et obscur qui rappelle l'antiquité. On ne peut done voir le véritable tombeau de David. Peut-être un jour de nouvelles recherches, faites avec intelligence, parviendront à le découvrir.

Non loin du Cénacle, auprès du cimetière américain, on remarque un petit terrain qui est l'emplacement de Ja mai-

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sou qu’habitait, après la moït de Jésus, la sainte Vierge avec l’apôtre saint Jean. J'aurai occasion d’en parler ailleurs. Nous avons fait une excursion sur les flancs escarpés du mont Sion : pas une seule habitation, beaucoup de ruines, et de champs cultivés, des blés magnifiques. Sion quasi ager arabitur, et Jerusalem in acervumn lapidum erit : Sion sera labouré comme un champ, et Jérusalem sera un monceau de pierres (1).

Et en effet, la charrue se promène dans ces lieux autrefois couverts de palais et de maisons somptueuses. A peine rencontre-t-on quelques pauvres, couverts de misérables haillons, 1à où le prophète reprochait aux filles de Sion de se montrer dans de riches et brillantes parures. Comme on est frappé, sur les lieux, de laccomplissement des prophéties !

Nous rentrons par la porte de Sion, et voici un autre spectacle non moins hideux qui s'offre à nos regards. Au pieds des murailles, est une quantité de misérables cabanes en terre, d’où nous voyons sortir des lépreux qui nous poursuivent en nous tendant la main. Quelle horrible maladie ! la peau calleuse est couverte d’ulcères rongeants, quelquefois blancs; les yeux sont enflammés, la voix rauque, le visage chargé de boutons, les pieds enflés. Je l'avoue, j'éprouve une véritable répulsion ; jamais l’humauité ne m'avait apparu sous des formes plus dégoûtantes.

Nous jetons à ces malheureux quelques pièces de mouuale, et nous nous retirons consternés des ravages que fait encore cette affreuse maladie, J'ai compris que la loi de Moïse avait raison de séquestrer ceux qui en étaient atteints, puisque aujourd’hui cette même nécessité se fait encore sentir (2). Ces lépreux étaient en petit nombre ; mais nous u’avions sous les yeux que les moins affligés, les autres étaient retenus dans leurs huttes et ne pouvaient se mon-

(1) Jérémie. xxvi. 18. (2) Lévit. x.

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Nous sommes dans le quartier des Juifs, le plus populeux, Huit à dix mille Juifs vivent entassés entre le mont Sion et l'emplacement du temple, sur un espace trèsresserré, Ce sont presque tous des étrangers qui ne viennent à Jérusalem que dans un âge avancé, pour mourir dans la terre de leurs pères et être ensevelis dans la vallée de Josaphat. Qui pourrait comprendre l’aveuglement de ces malheureux enfants de Jacob, qui s’obstinent encore à attendre un Messie, maluré tous leurs malheurs, malgré l’accomplissement des prophéties, en face de Jérusalem désolée, du temple détruit, après une captivité de dix-huit siècles ? Mais tout en déplorant leur aveuglewent, j'éprouve un sentiment de compassion à la vue de ces débris d'Israël, qui viennent pleurer sur les ruines de leur patrie, et chercher un tombeuu au milieu des tombeau x de leurs pères,

Tout près du quartier des Juifs, nous trouvons le couvent des Syriens Jacobites, où demeure l’évêque syrien de cette nation. L'église du couvent est bâtie sur l’emplacement de la maison de Marie, mère de Jean, surnommé Marc. C’est là que se rendit saint Pierre, lorsqu'un ange le délivra de la prison où Hérode-Agrippa l'avait enfermé pour le faire mourir après la pâque (1). Cette prison était évidemment hors de la ville, puisque, après avoir passé la première et la seconde garde, Pierre et l’ange qui le guidait arrivèrent à la porte de fer qui conduit à la ville et qui sou vrit d'elle-même. Il est très-probable que cette porte de fer était la porte de Genath, qui tit partie de la première enceinte et dont on retrouva encore un arc en grosses pierres ; ce qui prouve que cette partie de la ville actuelle,

(1) Act. x1].

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DE TERRE SAINTE 107 ainsi que l'emplacement du saint Sépulcre, qui eu est à quelques pas, se trouvaient hors des anciennes murailles.

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