CHAPITRE XVIII
Tombeaux des Juges et des Rois.
Laissons la grotte de Jérémie, et retournons à la porte de Damas; là, prenons le chemin qui conduit aux tombeaux des J'uges et des Rois. A quelques pas, sur la gauche, au milieu d’un champ cultivé, on apercoit un rocher aplani et autour une foule de débris. C’est là, dit-on, qu'était située l’église de Saint-Etienne, bâtie par l’impératrice Eudoxie, femme de Théodose IT; c’est là qu’elle fut ensevelie, et son tombeau était d’une grande magnificence (1).
Nous poursuivons notre course à travers cette campagne, qui, au moment du siège de Titus, faisait partie de la ville. Aussi, à droite et à gauche, on aperçoit à chaque instant des ruines, au milieu de champs cultivés et plantés d’oliviers. À une demi-lieue de la ville, on se détourne, pour aller visiter des chambres sépulcrales qu’on appelle tombeaux des Juges. Ce sont des monuments fort anciens mais qui, selon toute apparence, n'ont jamais renfermé les cendres des juges d'Israël ; quelques-uns pensent qu’ils étaient destinés aux membres du sanhédrin.
Quittons ces lieux, et allons à l'extrémité septentrionale de Bézétha. Là, dans un champ, près de la vallée du Cédron, nous trouverons des monuments pareils, mais plus grands et plus somptueux, c’est ce qu’on appelle les tombeaux des Rois. En traversant le chemin, on les aperçoit à peine. Aucune apparence extérieure, Quand on en approche, il semble que ce soit ouverture d’une carrière ; mais ces premières impressions ne tardent pas à s’effa-
(1) Les restes de l'église Saint-Etienne ont été obtenus, en 1883, par les RR. PP. Dominicains pour l'érection d’un hospice destiné aux pèlerins de langue française, voulant prolonger leur séjour au delà de la quinzaine d’hospitalité accordée, par les PP. Franciscains, à tout pèlerin visitant les Lieux Saints,
cer, et l’on est tout surpris de trouver dans cette campagne inhabitée des sépulcres admirables, vrais chefs-d'œuvre d'art et de patience,
Nous avions pris un guide pour nous diriger et des bougies pour nous éclairer dans ces antres ténébreux. On descend d’abord un escalier de vingt-deux marches, large de 9 mètres 80 cent., (trente-et-un pieds), et l'ont arrive à une porte en plein cintre. Par cette grande porte, on pénètre dans une cour enfoncée de sept à huit mètres (vingt-trois à vingt-six pieds) et formant un carré dont chaque côté a environ vingt-sept mètres (près de quatre-vingt-dix pieds). Quand on vient à examiner et l'escalier et la porte et l’enfoncement servant de vestibule et les murs dont il est entouré, on est forcé de reconnaître que pas une pierre n’a été posée par la main de l’homme, que tout a été façonné, creusé, taillé à coups de ciseau,
A la vue de cet effrayant travail, pourrait-on douter du respect des Juifs pour les moits et de leur croyance à l’immortalité des âmes ? On n’entreprend pas de si grands ouvrages pour honorer le néant. Ce n’est pas tout, pénétrons dans ces demeures de la mort. Une porte, pratiquée aussi dans le roc, sert d'entrée, Les ornements des frises et des corniches qui la surmontent représentent des fleurs et des fruits. Tout ce travail est d’une grande délicatesse,
L'ouverture, de quatre-vingt-dix centimètres (trois pieds)
se fermait autrefois par une grosse pierre, en forme de meule, qui s’adaptait parfaitement et qu’on mettait en mouvement par un mécanisme assez ingénieux placé à l’intérieur. On la voit encore, logée dans un étroit couloir, à l'est de l'ouverture. On arrive d’abord dans une vaste chambre carrée : cinq ou six autres la suivent ; elles sont plus petites, et les deux dernières à une plus grande profondeur. La plupart de ces chambres renferment des sarcophages en pierre, ornés de ciselures remarquables. On
passe d’une chambre à l’autre par des ouvertures qui étaient fermées par des portes en pierre. L’une d’elles est encore en place et se meut sur deux pivots également en pierre.
Quels sont les rois qui ont été ensevelis dans ces éctranges sépulcres ? C’est une question que les plus savants voyageurs n’ont encore pu éclaircir. Chacun émet son opinion, plus ou moins fondée. Il est à peu près certain que ce ne furent pas les rois de Juda dont l’Ecriture assigne le lieu de sépulture, et d’ailleurs l’architecture du monument, qui est d'ordre dorique, ne permet pas de lui assigner une si haute antiquité. L'opinion qui me paraît la plus probable, c'est que ces tombeaux furent construits par Hélène, reine d’Adiabène, et par son fils Isate, qui vinrent s'établir à Jérusalem, quelques années avant qu’elle fut assiégée par Titus. Hélène, très-zélée pour la loi judaïque et entourée d’une nombreuse famille, voulut avoir une sépulture en rapport avec son rang el ses immenses richesses. L’historien Josèphe parle de trois palais qu’elle possédait à Jérusalem, et ajoute qu’elle se tit construire un monument funèbre à environ trois stades (1) (à mille
, Ê + . F ] sept cent quatre-vingt-huit pieds) de la ville; et n'est-il A 1f ST { pas très-probable que ce monument funèbre est ce qu’on appelle le tombeau des Roïs.
(1) Stade, carrière d’une étendue de 596 pieds environ où les Grecs s’exerçaient à la course ; mesure itinéraire de même longueur.
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