‹ Le pèlerin de Terre Sainte [microforme]Chapitre 8 sur 170 · LIN ES RS · texte numérisé non relu

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chent sur l’image protectrice de Marie, de Notre-Dame de la Garde, dont les derniers rayons du soleil font resplendir au loin le diadème tout brillant d'or.

Nous sommes sur le Meris, nom qui rappelle le souvenir de l'Egypte. C’est un magnifique paquebot. [Le personnel est plein d’égards pour nous. Les passagers sont peu nombreux. Nous sommes les seuls prêtres. La caravane des pèlerins français ne viendra que huit jours plus tard,

Le temps est très-beau, et le soir, pendant deux heures, je marche sur le pont, contemplant le ciel sans nuages éclairé par les étoiles et la lune dans son croissant, On aperçoit sur la côte des phares étincelants qui se succèdent, comme on voyait pendant le jour une suite de montagnes qui bordent la mer. Nous avons laissé derrière nous les iles d'Hyères et la rade enfoncée de Toulon, et demain, à notre réveil, nous contemplerons les côtes abruptes de la Corse,

1 mars. En mer.

Rien de beau comme la mer au milieu d’une nuit splendide, Réveillé à minuit, je monte sur la dunette. Là, seul, suspendu en quelque sorte entre le ciel et l’abîme, je redis avec le prophète (1): “Qu'ils sont admirables les soulèvements de la mer, et que dans ses profondeurs elle atteste bien la puissance de Dieu!” En face de cette immensité, que l’homme est petit! Je me laissais aller doucement à ces pensées; rien ne venait me distraire ; un profond silence régnait autour de moi ; on n’entendait que le bruit monotone de la machine et de la vague brisée, Je redescends ; les heures de la nuit s’'écoulent rapidement, et le jour avait à peine paru que j'étais de nouveau en observation, L'ile de Corse était en face de nous. On voyait distinctement Bastia, Les bords de cette île fran-

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çaise ont un aspect triste et sauvage. Peu d'arbres et de verdure ; les cultures sont rares. L'intérieur est sans doute mieux partagé. Nous avancons, et je ne sais combien de petites îles se présentent dans la journée, Ce sont des rochers, des montagnes arides dont le pied est baigné par les flots.

8 mars, Naples.

Nous approchons de Naples. Vue de la mer, cette grande ville présente un coup d'œil enchanteur. La baie est admirable, et tout le monde connaît ce que disent les Italiens : “ Vedere Napoli e poi mori ! Voir Naples et puis mourir ! ” Un autre spectacle attire nos regards. Au delà du Pausilippe qui se dresse devant nous, au delà de la ville qui semble mollement endormie, sur un espace immense, et comme couchée au bord de la mer et sur le penchant des collines, nous apercevons une montagne d’où s'élève un gros nuage de fumée: c’est le Vésuve. Tous les contours s’en dessinent parfaitement, et la fumée sort évidemment du cratère. A mesure que nous approchons, nous jouissons mieux du spectacle, et nous comprenons quelle scène grandiose et terrible présente, de la mer, une violente éruption, quand la fumée, les flammes et les laves embrasées sortent avec impétuosité du gouffre béant avec d’horribles détonations. J'avais vu, en 1867, le Vésuve ; alors le cratère était éteint, et l’on pouvait marcher sans danger sur ses débris; mais aujourd'hui, il me semble qu’il faut en approcher avec plus de précaution et réprimer un peu cette curiosité téméraire dont Pline l'Ancien fut la victime. Nous arrivons dans la rade, le paquebot s'arrête : une barque nous conduit à terre; nous parcourons la ville, et, après un léger repas, nous rejoignons le vaissean.

Toucher 11 terre quelques heures est une diversion agréable qui rompt la monotonie de la vie de bateau. La

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Américains-Espagnols de la Colombie. Ils ont traversé l'océan Atlantique ; ils ont parcouru toutes les provinces de l'Espagne, patrie de leurs aïeux; ils n’ont pas oublié la l'rance, qu'ils aiment ; l'Italie, dont ils admirent les chefsd'œuvre ; ils ont visité religieusement Rome et le Saint- Père, et ils ne veulent pas retourner dans leur chère Colombie sans avoir accompli le pèlerinage des saints lieux. Avec quel intérêt j'écoutais leurs récits si simples et si naifs! Combien leur foi m'édifiait! Ces bons Américains ne tardent pas à devenir nos amis, de vrais amis, comme la suite nous l’a prouvé. Nous avions aussi recruté quelques Anglais; mais quelle différence entre les enfants de la catholique Espagne et. les flegmatiques citoyens de la fière et dédaigneuse Albion! Ceux-ci ont vraiment un cachet particulier qui est loin de leur attirer les sympathies de l'étranger.

9 mars. Un diruauche en mer.

L’aurore venait d'éclairer de ses purs rayons les àâpres montagnes des Calabres ; les coteaux apparaissaient couverts d’oliviers et d’amandiers ; les villes et les hameaux se succédaient, étendus sur le rivage ou suspendus aux anfractuosités des montagnes; le littoral de la Sicile se rapprochait ; le golfe de Messine se dessinait dans le lointain, et deux villes célèbres, Messine et Reggio, semblaient se donner la main ; la mer, dans la majesté de son calme, était toujours belle : c'était un spectacle délicieux, saisissant, et cependant je le contemplais avec tristesse. Une pensée pénible dominait dans mon âme ; c’était un dimanche, et ce jour de fête allait passer comme les jours ordinaires, C’est alors qu’on sent vivement la privation des exercices religieux, Qu'il m’eût été doux d'offrir, sur le vaisseau, sous la voûte des cieux, en face de l’immensité, l’auguste sacrifice de nos autels ! Je tournais mes regards

vers la France, je pensais aux offices qui se célébraient dans mon église, et tout en m'unissant à ceux qui me sont chers, je sentais en moi un grand vide, Je me rappelais que dans de précédents voyages j'avais passé des nuits en Wagon, afin de dire la sainte messe le dimanche; et là, hmpossible, Je n'avais pour tout mobilier religieux que mon bréviaire et quelques livres de piété, Il est vrai, j'étais entouré de mécréants et d’indifférents ; cependant, si J'avais pu célébrer, je crois que j'aurais pu réunir presque tout le personnel du navire,

Je voulus sonder les dispositions et des passagers et des officiers et des matelots, et je reconnus que plusieurs auraient été heureux d'assister au saint sacrifice, et que tous se seraient prêtés de bonne grâce à fañne les préparatifs nécessaires, J’eus un instant la pensée de les rassembler pour leur annoncer la parole de Dieu ; il me semblait que cet auditoire si nouveau m'aurait inspiré quelques bonnes pensées. Je me rappelais que Jésus était sur une barque quand il instruisait la foule. La difficulté de n'adresser à des hommes de divers cultes et de langues différentes me retint. Je me contentai de quelques conversations. Je cherchai à jeter quelques bonnes réflexions dans le cœur d’un jeune Suisse de Genève, charmant jeune homme, rempli pour moi d’attentions. Je voulus aussi attaquer un jeune Grec ; mais si je ne me tronpe, il a le cœur sec. Le schisme grec est pour ainsi dire inabordable ; je l'ai remarqué dans une foule de circonstances. Je m'adressais de préférence aux marins. Leur abord a quelque chose d’âpre et de rude; mais bientôt vous gagnez leur confiance, et ils vous sont tout dévoués. Le sentiment religieux est loin d’être éteint dans ces laborieux enfants de la mer, et j'ai recueilli parmi eux plus d’un consolant souvenir. Fnfin, sans les privations reliwieuses, e’eût été pour moi un beau jour.

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La mer qui jusque-là avait été si calme est un peu agitée. Le tangage se fait sentir, Beaucoup sont souflrants. Je cherche quelque distraction, et je n'en trouve pas. Je me livre à mes réflexions, Je promène mes regards autour de moi, je n'aperçois plus aucun rivage, Nous sommes au milieu de la Méditerranée, C’est la mer dans sa sublime majesté; l'œilest impuissant à en mesurer Pétendue, A tous les horizons, je ne vois que la mer; et, aprésavoit comparé ces espaces immenses à l'éternité, je m'arrête à l'extrémité du pont, et une autre pensée se saisit de moi et nrocenpe assez longtemps. Je considère le sillon que trace le vaissean ; c'est pour moi quelque chose dintéresseont. Les eaux fendues se séparent en bouillonnant ; l'écume “agite et se répand de chaque côté ; mais bientôt ce ne sont plus que des bulles de savon ; la route creusée à la surface de l’abime se comble peu à peu ; vous regardez encore : inv a plus rien, pas un vestige qui vous dise : Li a passe le vaissean, Et je me dis: voilà une image frappante de Ja vie. Nous tracons tous notre sillon plus on moins large, plus où moins profond ; nous faisons plus où moins de bruit : mais quand nous lancerions autour de nous des flots d’écnme, bientôt toute cette agitation tombe, et l’on cherche en vain la trace le nos pas,

Si jamais, cher lecteur, vous traversiez lai mer, vous verriez comme elle agrandirait vos idées, comme elle parlerait à votre imagination : Oh ! que j'admire la mer! Si les cieux me racontent la gloire de Dieu, si le firmament m'annonce ses louanges, la mer plus rapprochée de moi me fait pour ainsi dire toucher du doigt sa puissance et son immensité, Il faut pourtant en faire l'aven, maluré toutes ces considérations, une journée sur mer me paraît longue, Pour faire diversion, je visite tous les recoins du bateau ; je fais connaissance avec les divers employés. Partout, je recois le plus touchant accueil. L’économe veut que

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Je lui écrive de Jérusalem. On m'invite à une petite soirée, j'accepte cette faveur ; mais le soir tout change ; la mer est mauvaise, et la réunion devient impossible.

11 mars. En mer.

Toujours li mer, On n'apercoit pas même une apparence de rivage, ni les côtes de la Grèce, ni celles de l’Afrique. Candie est trop loin. Pas un vaisseau qui passe, pas un oiseau qui traverse les airs, pas même un poisson qui vienne nous distraire par ses joyeux ébats. Les passagers sont rêéveurs, mélancoliques. Sur leur front, on remarque quelque chose de HUAOLEUX qui décèle l'ennui, Beaucoup souffrent du mal de mer, mal ternble qui défie tous les remèdes. Aux repas, la table est dégarnie, Au déjeuner, je me trouve seul avec les oficiers. Evidemment, Dieu à pitié de ma faiblesse ; car je serais impuissant à supporter cette cruelle épreuve. Nous voguons plus lentement ; le vent qui soute de lest ralentit notre marche. Sans être violent, il est fort, et la mer plus agitée. Les vagues ne s'élève pas, n’écume pas, comme sur l'Océan ; mais elles n'en sont pas moins perfides, et il arrive assez souvent qu'une vague, qui est loin d’être une montagne, lance ses eaux au-dessus du vaisseau. Plus d’une fois, en te promenant, je ine suis trouvé aspergé de manière à exciter des éclats de rire. Cependant notre bateau, long de cent mètres (350 pieds) et large de dix (33 pieds), est très-élevé au-dessus des eaux et semble dominer sur la mer, comme un roi dans son empire,

Le soir, 1l fallait bien quelque distraction. Je voyais le capitaine, bon et excellent homme, un peu délaissé. Il me propose une partie de damier. J'accepte, malgré mon peu d'usage en cette matière, À peine avons-nous commencé que je m'aperçois que mon capitaine est beaucoup plus habile à faire manœuvrer ses marins que les pions. Je fus donc obligé de gagner la première partie. Malgré

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ma bonne volonté, je ne pus réussir à perdre la seconde. Enfin, en troisième lieu, après bien des combinaisons, après avoir méprisé tous les avis qui n'étaient donnés à droite et à gauche, je fus assez heureux pour assurer la victoire à notre bon capitaine, qui manifesta bruyamment sa Joie que je partageais de grand cœur,

12 mars, midi. Ea mer,

Aujourd’hui, grande déception ! Ty a trois jours, nous espérions arriver à Alexandrie, et tout annonce que nous ne pourrons débarquer ce soir, Ce n’est pour moi qu'une bien légère contrariété, Demain, le spectacle des côtes de l'Egypte sera plus beau. Le port, la ville se montreront dans tonte leur splendeur.

Ici, on s’apercoit du changement de climat. Les rayons du soleil pénètrent plus facilement dans le salon. L'astre du jour s'approche de nous, et on le salue avec plaisir, Cependant, on aspire après la terre, Ceux-là surtout la souhaitent avec ardeur, qui souffrent du mal de mer, Vers six heures du soir, le phare d'Alexandrie projette dans le lointain une faible lumière semblable à celle d’une étoile, et tout espoir de débarquer disparait. FE faut se résiener à attendre Paurore, et encore, il faut que la mer devienne meilleure ; car, depuis deu heures, le tangage est plus prononcé; le roulis se fait vivement sentir, et des lames viennent de temps en temps tomber sur le pont et iüsque sur les vitres du salon.

Nous sommes done obligés de faire lentement une longue promenade, à distance respectueuse du port, Impossible de jeter l'ancre, li mer est trop profonde. C’est vers Damiette que le vaisseau dirige sa course nocturne pour revenir ensuite devant Alexandrie. entends des officiers dire que, peut-être, on va apercevoir le phare de Damiette, dont les feux, à certain endroit, se croisent avec ceux

d'Alexandrie, Four fe voir, il faudrait passer une partie

de la nuit sur le pont, et le vaisseau est tellement agité qu’il est difficile de se tenir debout. Aussi les passagers ont déserté ; tous sont rentrés dans leurs cabines, Je rentre aussi, ne voulant pas rester seul,

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