‹ Le pèlerin de Terre Sainte [microforme]Chapitre 9 sur 170 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Alexandrie.

Débarquement. -— Les Lazaristes d'Alexandrie, - Alexandrie, — Visite d'Alexandrie, — Quartierarahe, — Quartier européen — Les santons. Les diverse cultes à Alexandrie, — Eglises et synagogues,— Mœurs

des Arabes,--Culture d'un jardin,

La nuit a été longue. Le bruit des vagues, le balancement du vaisseau, le mouvement de l'équipage ne me permettent pas de goûter un seul instant de sommeil. De bonne heure, je m'élance sur le pont; le jour est encore faible, Cependant on apercoit le phare, et bientôt la côte égyptienne, sur laquelle s'élèvent un palais isolé, puis une longre file de moulins à vent ; ensuite une multitude de mâts que je prends pour une forêt d'arbres. Bientôt apparaît, dans toute son étendue, la célèbre Alexandrie, avec sa masse de maisons blanches, dont les toits aplatis sont dominés par quelques eoupoles et par les pointes aiguës des minarets. Pendant que je considérais cette ville si fameuse, et que je repassais dans ma mémoire les jours de sa gloire et de sa décadence, nous arrivons, et voilà qu'une foule de petites barques accostent notre vaisseau.

Là, pour là première fois, nous faisons connaissance avec les Arabes. C’est à qui va s'emparer de nous, pour nous conduite à terre, Nous convenons d'un prix, et à peine sommes-nous éloignés du vaisseau qu'on nous demande le double. Nous tenons ferme, et quand on arrive sur le quai, la lutte recommence. Nous cédons un

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peu, et nous passons, Je ne sais S'il y a sur la terre ur peuple plus avide d'argent que l’Arabe. Il demande sang cesse, et si, par ses importunités, il parvient à vous arracher une promesse, il saura bien vous forcer à l’accomplir,

Nous prenons une voiture, et nous nous présentons chez les Lazaristes, qui consentent à nous donner l’hospitulité, Nous voilà comme dans une nouvelle patrie ; nous sommes avec des frères qui nous prodiguent leurs soins. Oh! qu'ils sont doux les liens que l'Église notre Mère établit entre ses enfants et surtout ses prêtres, sur quelque rivage, sous quelque climat qu'ils se rencontrent. Là, du moins, nous pouvons recueillir les renseignements les plus précieux sur cette terre d'Égypte autrefois st florissante, puis pendant de longs siècles profondément déchue, et aujourd’hui sortant de son abaïssement pour se couvrir d'une eloive nouvelle, Qui peut mieux connaitre le caractère et les mœurs de ses habitants que ces généreux apôtres qui sont venus là pour leur apporter avec l'Evancile les bienfaits de la civilisation ?

Je ne parlerai pas de lhistoire d'Alexandrie. Tout le monde sait qu’elle fut fondée par Alexandre, le conquérant macédonien, qui vor lait en faire comme le centre de son vaste empire, Elle arriva au plus haut degré de gloire sous les Ptolémées. Du temps de saint Paul, les vaisseaux d'Alexandrie sillonnaient encore toutes les mers (1). Elle couserva son importance sous l'empire romain et s'embellit d'une multitude de chefs-d'œuvre. Aux premiers âges de l'Église, elle fut une des chrétientés les plus florissantes. Saint Marc, disciple de saint Pierre, saint Athanase, saint Cyrille et une foule d’autres illustrèrent le siège patriarcal d'Alexandrie, le premier après celui de Rome. Depuis la conquête des Turcs, cette ville, qui, avx jours de sa gloire, sous les Ptolémées, comptait près d’un million d'habitants,

(1) Act. XXVII. 6,.— XXVIIL. 11.

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alla toujours décroissant, et elle se trouvait réduite, dans le sièele dernier, au chiftre très-modeste de six mille,

Aujourd’hui Alexandrie à reconquis quelque importance, Depuis la conquête de Napoléon, elle à marché vite dans la voie du progrès ; et maintenant (en 1873) elle compte environ 150,000 habitants. Si je ne me trompe, elle est à son apogée (1). Avant la construction du canal de Suez, elle était le rendez-vous de tous les vaisseaux de l'Occident qui voulaient transporter les passagers et les marchandises à destination des Indes et de la Chine par la mer Rouge.

Un chemin de fer servait à relier Alexandrie à Suez ; mais aujourd’hui les vaisseaux qui remontent et descendent le canal la saluent de loin et poursuivent leur course sans s’y arrêter. Le port d'Alexandrie ne sert plus d’entrepôt que pour une partie de l'Egypte, et les étrangers, qui venaient en foule s'y établir, vont de préférence au Caire. Il est reconnu aussi que le climat d'Alexandrie est malsain : le sol y est humide, C’est le réceptacle de toutes les immondices de l'Egypte.

Visitons maintenant cette ville moitié arabe, moitié européenne. Que reste-t-1l des monuments de son ancienne loire ? Presque rien ; partout où le fataliste musulman a posé le pied, il a fait le désert. De la Rome de l'Orient on ne retrouve que la colonne de Pompe, les aiguilles de Cléopâtre, quelques colonnes mutilées, des monceaux de débris, et la solitude, Nous avons vu les Bédouins du désert planter leurs tentes noires auprès de ces vieux monuments, et leurs troupeaux paitre Jusqu'au pied de la fameuse colonne, isolée à l'extrémité de la ville actuelle, Cette colonne, qui porte le nom de Pompée—non pas, comme l'ont avancé plusieurs voyageurs, parce que César

(1) Cependant la population s’élèvait en 1885 à 212,054 habitants. C'est uu accroissement que avait pu prévoir l'auteur du Pèlerin, en 1875.

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l’'éleva à la mémoire de ce général, mais plutôt parce qu'un préfet de l'Egypte, nommé Pompée, l'érigea dans les premiers siècles de l'ère chrétienne à Septime Sévère ou à Dioclétien,—cette colonne mesure environ 58 mètres (125 pieds) de hauteur. Son fût est un monolithe d'environ 30 mètres (100 pieds), En face d’une œuvre si gigantesque, on reste saisi d'étonnement. Le désert qui lentoure semble ajouter à sa superbe majesté, Elle est là, seule, sur les débris des siècles, pour attester la grandeur du passé,

Les aiguilles de Cléopâtre, situées auprès du port Neuf, sont deux obélisques de granit ronge d'Evypte denviron 21 mètres (10 pieds) de hauteur. L'un est encore debout, l’autre est couché et à moitié enterré à quelque distance, Voilà tout ce qui reste de la fameuse Alexandrie, (1)

Parcourons maintenant le quartier arabe, C’est un spectacle eurieux, mais désolant: Partout des rues étroites, toujours sales et dégoûtantes, non pavées, conservant encore des flaques d’eau des dernières pluies, des habitations malpropres, des magasins et des boutiques où règne un affreux désordre. À la porte, souvent des animaux, quelquefois même des pores, qui ont acquis le droit d'entrer partout ; sur la rue, de petits ânes qui vous heurtent et semblent vous dire: “ Ici, je suis rot; faites-moi place ; ” et, en effet, ils ne se dérangent pas; inmais il faut leur rendre cette justice, qu'ils sont généralement plus propres que ceux qui les montent, Rien ne frappe les regards de lEuropéen comme la saleté des habitants. Tous

(1) Les restes de ee monument païen ne sont méme plus à Alexandrie, [ls out été vendus aux Ainéricains et transportés à des frais énormes à New-York, en 1879. Durant la traversée, le steamer qui portait cette relique du paganisme, a failli se perdre au moins trois fois. Aujourd’hui l’un de ces fameux obélisques de Cléopâtre, qui a été restauré pur des artistes de grande réputation, fait l'ornement du Pare Ceutral de la grande ville des Etats-Unis, New-York,

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ont une grande robe blanche plus où moins neuve, ou plutôt plus où moins dégoûtante, Les enfants n'ont aussi que cette sorte de chemise, même les petites filles, jusqu’à

douze ans, âve où on les voile,

De temps en temps passent, dans les rues les plus lurues, de nusérables chariots étroits, grossiers, sur lesquels s'entassent quinze où vingt personnes, hommes, femmes, enfants, nègres et blanes, dont les jambes pendent de tous côtés. Les femmes sont voilées complètement, On leur voit à peine les yeux. Sur leur nez est ajusté je ne sais quel tube en cuivre qui remonte jusqu'aux cheveux ; il est destiné à retenir un voile noir qui descend très-bas en couvrant tout le visage, Une femme égyptienne voilée e’est quelque chose de hideux; c'est comme une ombre

nocturne, é’est un fantôme ambulant,

Voyez aussi cette foule d’'Arabes de Pintérieur de PAfrique, et surtout du Soudan, qui fourmille autour de vous, et dont le langage barbare frappe vos oreilles d’une manicre aussi désagréable que leur couleur d'un noir plus où moins fonec et leur accoutrement bizarre frappent vos yeux, et vous vous formerez à peine une idée du tableau que présente un quartier arabe, C’est pour nous un monde nouveau, éest une race dégradée, Evidemment la malédiction de Cham retombe sur ses enfants.

Dans les magasins, où plutôt dans ces affreuses niches qu'on décore du nom de boutiques, on ne voit que des hommes ; des femmes, jamais. On ne les Juge pas dignes d'y siéger, Craint-on qu’elles ne soient, selon l'expression de l'Ecriture, l’ornement de la maison ? Impossible ; ear, avec leurs longs voiles, quelle caricature ! La vraie raison, c’est que l’islamisme est, de sa nature, profondément défiant. La femme est une esclave ; c’est la chose du maître ; elle n’a

. A + Q A Là pas le droit de paraître en publie sans être enveloppée des pieds à latête. Pour l'ordinaire, elle est reléguée dans l’in-

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térieur impénétrable d'une maison, où elle est condamnée à vivre dans l’oisiveté et l'ignorance. Il ne faut done pas être surpris qu'elle soit descendue an dernier degré de l'échelle humaine. Pauvre créature! Sile musulman fanatique et voluptueux ne te défendait pas, sous peine de mort, d'embrasser la religion chrétienne, tu recouvrerais bientôt, avec ta liberté, ta dignité et ton honneur :

En faisant ces réflexions, je considérais ces hommes nonchalamment étendus dans leurs boutiques ; quelquesuns même sont à peine vêtus convenablement: les autres sont de vrais déguenillés ; quelques-uns sont presque nus et s'amusent à compter plutôt qu'a tuer les insectes qui les dévorent, et parfois, à honte ! à les manger. ai eu sous les yeux ce repoussant spectacle. Avec toutes ces misères, 11 y à encore du mouvement parmi cette triste population ; on y voit des hommes qui exercent quelques métiers et paraissent assez habiles ; mais, en vérité, on a de la peine à comprendre comment le grand nombre peut se proeurer Ja subsistance. L/Arabe n’a qu'une ressource : 1lest très-sobre, il sait s’imposerles plus grandes privations. vit done de peu, et sa toilette n'exige qu'une faible dépense, Une simple toile suffit; tous marchent nu-pieds, même dans la ville. Une chaussure serait un objet de luxe,

Il n'est pas étonnant que la population européenne, qui n'est pas accoutumée à ce genre de vie, ait voulu isoler, Dans le quartier frane, on se croit au milieu d’une ville de France où d'Italie. Allons sur la place des Consuls, et I, sur une vaste esplanade, nous frouverons une promenade agréable, plantée de beaux arbres. Aux extrémités sont deux bassins, avee des jets d'eau semblables à ceux du Palais-Royal, à Paris. Plus loin est la place Sainte-Catherine, où l'on arrive en traversant un magnifique jardin peuplé de palmiers, de bananiers et d'une foule de plantes

que le climat développe admirablement, tandis que chez

nous on les trouve maigres et ctiolées, et encore dans des

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