LE DIT
d'un chevalier aUI SE SOUVIENT
Joël est dans sa tour assis,
Sa tour et sa tourelle.
C'est quand dans les bois épaissis
La feuille renouvelle.
Pour lui il n'est mai ni printemps.
11 n'est philtre ni baume.
Euh, las 1 car il aura cent ans
Vienne la Saint-Pacôme.
A-t-il fait joutes et bouhour,
A-t-il suivi la guerre !
Mais que, surtout, du mal d'amour
Son cœur n'en avait guère ! -
Cœur fol, cœur en souci ! serment
De femme écueil au havre, Gentil amour, plus durement
Que tous gens d'armes, navre.
Vœux liés, déliés, lien
Lovai qu'il soit, qu'il mente, Ah. maille, maille! au mal, au bien.
Quand vient la mort charmante, La souvenance va musant . —
Le jeu plaisant !
Et c'est ainsi que. sans douloir,
Joël se remémore :
Madame Emelos, gente à voir,
Qui s'est Hvrée au More.
Puis c'est Esmerée, Anne, Snor,
Viviane, Junie, Mab, et la reine Aliénor.
Comme rose épanie.
C'est Fanette, au visage clair,
Qu'un goujat rendit mère ;
LE DIT d'un chevalier Q.UI SE SOUVIENT 3}
Et dans sa gonelle de fer,
Pareille à la Chimère, La Châtelaine d'Yverdun
Qui avait nom Bertrande; Pour ell<" il a tendu plus d'un
Ecu à large bande.
Laquelle encore ? (Qui l'eût dit !)
Sanche aux façons hautaines, Qu'il a surprise dans son lit
Avec trois capitaines ; Alalète, au chef reluisant. —
Le jeu plaisant !
La bouche folâtre à dessein,
Grêle parmi les hanches; Sous le siglaton fin son sein.
Neige qui sied aux branches, Neige sur la foret d'hiver,
Fleur de la neuve épine Ses flancs, sous la pourpre et le vair
A riche sébeline, Beaux semblants et doux accoler,
Plus que fruit de maraude, C'est Aude, encline à s'accoupler,
Ainsi que chienne chaude.
Pour elle il eût les dés faussé,
Comm' pipeur détestable:
Pour elle il eût chevaux pansé.
Et mules, à l'étable.
Pour elle il s'est parjuré ; bref.
N'étant plus guère riche Ou d'or monnayé, ou de fief,
Avec le duc d'Autriche, Par la Flandre il s'en fut gueasant.
Le jeu plaisant !