‹ Le pèlerinage à la maison sacrée d'AllahChapitre 23 sur 43 · Palanquins à deux litières · texte numérisé non relu

Palanquins à deux litières

métal avec un geste suppliant. Nous n'oublierons Jamais le regard de ses yeux exorbités par l'effroi de la mort et son expression de reconnaissance lorsque nous eûmes rempli d'eau sa tasse qu'il porta avidement à ses lèvres. Mais qu'adviendra-t-il de lui, demain, avec son état de faiblesse ?

Notre Javanais, qui avait avalé dix œufs durs à Rabegh, que nous avons soin de faire boire fréquemment et avec qui nous partageons les pastèques achetées aux Bédouines de l'oasis, est décidément un chauffeur expérimenté ; il arrose fréquemment ses pneus pour les empêcher d'éclater sous cette chaleur torride.

A chaque village de cafés-gourbis, il ralentit, espérant que nous nous arrêterons pour prendre un peu de repos ; mais nous sommes trop pressés d'arriver, et il ne peut que jeter un regard d'envie sur ses compatriotes qu'il aperçoit se rafraîchissant et se restaurant à l'ombre. Mais, courageusement, il reprend son volant sans protester. Le soleil baisse, le vent s'abat, nous reconnaissons les montagnes de l'Est au milieu desquelles nous nous étions égarés au départ ; nous approchons de Djedda; mais, ne pouvant y arriver ce soir, nous choisissons, à gauche de la route, un endroit sablonneux pour y passer la nuit ; dîner frugal, un peu de pain et des pastèques, et nous nous endormons en rêvant à la ViUe Sacrée, que nous verrons demain, si le veut Allah !

La nuit est plutôt fraîche, notre vêtement du

ihram, sous lequel nous sommes à moitié nus ne nous protège guère, mais cette fraîcheur est bienvenue après les tortures de la chaleur. L'aube nous réveille ; l'aurore se lève juste au-dessus des montagnes, qui nous séparent de Mekka, et elle illumine notre rêve de ses rutilants rayons.

La dernière partie du chemin de retour à Djedda est rapidement parcourue ; nous nous arrêtons pour nous reposer dans la salle de caravansérail du methouaf chez lequel nous étions descendus à notre arrivée. Et nous gardons notre chauffeur sous la main, afin de repartir pour Mekka le jour même dès que nous aurons terminé nos affaires, dont la plus importante est notre réapprovisionnement en pièces d'or à la banque néerlandaise Maatschappij, pour laquelle nous avons une lettre de crédit. C'est la livre anglaise qui a cours au Hidjaz ; quant à la monnaie d'argent, elle est frappée à Mekka même, au nom du malik Ibn Sâoud.

Djedda devant recevoir bientôt la visite du malik est pavoisée, comme El Madina.. aux couleurs blanche et verte, bien fraîches à l'œil dans ce pays dépourvu de toute verdure.

DE DJEDDA A MEKKA

Au sortir de la banque, nous nous engageons sur la route de Mekka ; nous traversons à toute allure luie plaine bosselée de quelques monticules

et nous nous dirigeons droit à l'Est vers des montagnes aux crêtes aiguës. Notre esprit est trop absorbé par le but vers lequel nous courons pour noter les détails du paysage ; du reste, il ne varie guère depuis notre entrée au milieu des montagnes ; il se compose d'une large vallée déserte, beaucoup plus sablonneuse que celle qui nous a conduits à El Madina ; les montagnes y sont moins hautes et plus espacées ; ce sont des pics acérés, dénudés, généralement sombres de couleur. Nous n'apercevons aucune verdure si ce n'est, à gauche, quelques bosquets de palmiers. Mais ce qui est le plus remarquable, dans ce terrible désert, c'est le flot ininterrompu de pèlerins qui se dirigent vers l'Est, à pied, à âne, à chameau, en camionnette ou en automobile ; c'est un véritable exode vers une « Terre Promise ».

Nous traversons rapidement les villages de Bahara, de Haïda, de Chmeïsa ; nous passons entre les Alameïnes, deux piliers blanchis à la chaux qui indiquent la limite du Territoire Sacré à partir de laquelle toute chasse est formellement interdite. Nous remarquons les fortins qui avaient été construits pour les garnisons turques chargées d'assurer la sécurité des routes, mais sans aucun succès. Aujourd'hui, ces fortins tombent en ruines et la sécurité est mieux assurée qu'en tout autre pays ; ils sont simplement remplacés par quelques postes de contrôle où les

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