‹ Le pèlerinage à la maison sacrée d'AllahChapitre 25 sur 43 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

MEKKA. EL MEKEREEMA

A l'entrée de Mekka El Mekerrema i, notre methouaf, Abd El Ouahad El Kafi, prévenu télégraphiquement par son correspondant de Djedda, nous attendait dans un café.

Les automobiles autres que celles des membres du Gouvernement ne circulant pas dans la ville, nous montons dans une Araba peu confortable,

1. El Mekerrema, c'est-à-dire la Vénérée ; on appelle «ussi Mekka Oumm El Quora {La Mère des Cités).

traînée par un mulet. Nous y entassons nos valises, et notre methouaf, assis à côté du cocher, nous fait conduire par la rue principale qui traverse le quartier de Djerouel, puis celui de Chebeïka, au quartier de Bab El Onara où se trouve sa maison. Il nous installe dans une grande pièce du troisième étage, conçue sur le même plan, mais beaucoup moins agréable que celle d'El Madina. Les moucharabiehs donnent sur une rue étroite extrêmement bruyante, et, par-dessus une maison basse, la vue s'étend jusqu'à la citadelle de Djiad.

Très fatigués, nous prenons un peu de repos ; nous faisons honneur à une légère collation que nous apporte la négresse Sâïda, puis, après avoir fait nos ablutions, nous nous dirigeons en toute hâte vers le temple sous la conduite de notre methouaf.

Première vision de la Kâaba ^. — La nuit est venue et nous sommes violemment émus à l'idée de nous trouver en face de la « Maison Sacrée d'Allah » vers laquelle, comme les trois cent millions de Musulmans du monde, nous dirigions chaque jour nos prières ^. Nous entrons par la Bab Es Salam, en disant : « J'implore le secours

1. Le mot Kâaba veut dire cube (Voir l'illustration qui la représente).

2. Nous sommes également repris d'une légère inquiétude au moment de nous mêler à l'immense foule surexcitée par l'extase, qui se presse autour de la Kâaba. Mais la façon parfaite dont les choses se sont passées à El Madina nous rend toute notre confiance.

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74 LE FELEBINAGE

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d'Allah contre le Cheïtane lapidé ^. O Allah ! Tu es le Salam, et de Toi vient le Salam, faismoi vivre avec le Salam et entrer dans le Paradis, demeure du Salam, par Ta Clémence, ô Seigneur de la majesté et de la générosité ! » Après une prière à deux prosternations en l'honneur de la mosquée, nous nous dirigeons vers le centre de l'immense cour, poiur accomplir le thouaf, c'est-à-dire les circuits rituels autour de la Kâaba. Mais où est-elle? Au premier moment, nos regards éblouis par les lampes électriques qui étincellent de tous côtés ne parviennent pas à la découvrir. Et pourtant, nous sentons qu'elle est là ; c'est vers elle que se tournent tous ces fidèles en prière ; bien mieux, c'est autour d'elle que ces nombreux pèlerins accomplissent les sept circuits du thouaf, en psalmodiant des invocations. Nous avançons et, tout à coup, nous la devinons, mystérieuse dans son invisibiUté presque complète et provenant de ce que sa kisoua ^ noire, âgée d'un an, a perdu de son éclat et se confond entièrement avec les pentes sombres du Djebel Abi Koubeïs et avec le ciel nocturne. Elle dresse sa masse imposante au-dessus de nos têtes, et l'inscription d'or qui la ceinture aux deux tiers de sa hauteur, scintillant sous les rayons des lampes, semble une écriture surnaturelle, sus-

1. Cheïtane, le diable, Satan ou Iblis, lapidé par Ibrahim, qu'il cherchait à détourner de l'obéissance à Allah.

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