Voile noir qui recouvre la Kâaba tout entière
pendue dans le vide ou gravée dans le ciel, au milieu des étoiles.
Cette apparition, si différente de celle que nous attendions, nous secoue profondément, et c'est avec une palpitante émotion que nous approchons de ce « Cœur de l'Islam » vers lequel, comme le sang dans les veines, affluent toutes les prières de tous les coins de l'horizon pour le vivifier.
Nous nous arrêtons devant la Pierre Noire, encastrée dans l'angle Sud-Est ; une cohue de pèlerins l'enserre d'un cercle infranchissable. Ne pouvant l'approcher, nous la saluons en étendant rapidement nos mains vers elle et en disant : « Au nom d'Allah ! Allah est le plus grand ! Et à Allah la louange ! O Allah, pardonne-moi mes péchés, purifie mon cœur et dilate ma poitrine. O Allah, je viens dans l'intention d'accomplir le thouaf de sept circuits autour de Ta Maison Vénérée. O Allah ! facilite-moi et agrée de moi ce thouaf! »
Alors, l'épaule gauche tournée du côté de la Pierre Noire, nous commençons le thouaf, accomplissant les trois premiers tours à une allure appelée remél, les coudes au corps, avec un balancement des épaules, des pas courts et précipités, et terminant les quatre autres tours à l'allure ordinaire.
Et cela, en souvenir du Prophète et de ses compagnons qui, accomplissant le thouaf sous les
yeux de leurs ennemis groupés sur la terrasse de la Dar En Nedoue ^, leur prouvèrent qu'ils n'avaient pas été anémiés par le climat et les fièvres d'El Madina en manifestant leur vigueur par cette allure rapide du remel. De même le pèlerin, en pratiquant le remel des trois premiers tours, prouve que sa vigueur n'est nullement altérée par les fatigues du voyage dans « la voie d'Allah ».
Pendant les sept tours, nous répétons sans discontinuer les invocations récitées par notre methouaf et dont voici les principales : « O Allah, cette maison est Ta Maison ; ce sanctuaire est Ton Sanctuaire ; cette sauvegarde est Ta Sauvegarde ; cet endroit est celui où l'on implore Ton Secours contre le feu ; secours-moi contre lui, ô Puissant, ô Clément ! O Allah, j'implore Ton Aide contre l'infidélité, l'indigence, l'oppression de la poitrine, les épreuves de la vie et les tourments de la mort ! J'implore de Toi l'indulgence, la paix et le pardon éternels dans la religion, dans ce monde et dans l'autre.
« O Allah ! Abrite-moi sous l'ombre de Ton Trône, le jour où il n'y aura plus d'ombre si ce n'est Ton Ombre ; et abreuve-moi de la coupe de Ton Prophète Mohammed (sur lui la bénédiction et le salam), avec un breuvage rafraîchissant, désaltérant, ne laissant jamais plus de soif après lui.