DE DJEDDA A EL MADINA
Enfin nous voici dans une rapide automobile 1 sur la route d'El Madina, « El Menouora »,
1. Depuis qu'Ibn Sâoud est devenu roi du Hidjaz, d'innombrables automobiles sillonnent les routes, sur lesquelles on ne rencontrait jadis que des caravanes de chameaux.
« l'Uluminée ! » Notre joie est immense, bien que mélangée de quelques appréhensions, car nous venons de pénétrer dans le Territoire Sacré interdit à tout Européen ^.
Du côté des autorités du pays, toute inquiétude a disparu ; leur protection même nous est assurée partout.
Mais il est une autre inquiétude dont nous ne sommes pas délivrés.
Si, lorsque nous pénétrerons dans les sanctuaires vénérés, l'un de nous, l'orientaliste Dinet, est reconnu comme Roumi, c'est-à-dire Européen 2, au milieu d'une foule surrexcitée par l'enthousiasme reUgieux, il courra de terribles dangers, car, dans le tumulte, il lui sera impossible de prouver la sincérité de son islamisation ; son collaborateur lui-même ne pourra faire autre chose que partager son sort, et la pohce, quelque bien organisée qu'elle soit au Hidjaz, arrivera trop tard ^.
Dinet ne redoute pas la mort dans le Terri-
1. Les consuls et les Européens de Djedda se trouvent pour ainsi dire prisonniers dans la ville, dont ils n'ont pas le droit de sortir. Les Européens islamisés qui ont pu visiter Mekka sont extrêmement rares (Voir p. 138).