‹ Le pèlerinage à la maison sacrée d'AllahChapitre 7 sur 43 · Roumi, Européen ; on dit Frandji en Orient · texte numérisé non relu

Roumi, Européen ; on dit Frandji en Orient

3. Le vice-consul de France, M. Gault, ne nous a pas dissimulé ses très vives inquiétudes à ce sujet, et nous a recommandé la plus stricte prudence. Il nous a rappelé les excès commis jadis à Djedda par la population fanatisée : l'assassinat des consuls de France et d'Angleterre, et, à une date plus récente, l'attaque à coups de pierres du consulat français.

toire Sacré ; car cette mort est une des plus belles pour un croyant sincère.

Ce qu'il redoute, c'est d'être frappé à tort, comme suspect, par la main de ceux-là mêmes dont il s'est fait le coreligionnaire, car il prévoit les commentaires sarcastiques dont les ennemis de l'Islam ne manqueraient pas d'accompagner sa disparition pour accabler sa mémoire.

Il faudra donc que, dans la foule, Dinet s'efforce de passer inaperçu, et que son collaborateur El Hadj Sliman ne le quitte pas une minute pour répondre à sa place à toutes les questions insidieuses et pour parer à toutes les éventualités i.

Le sentiment d'une grave responsabilité envahit donc la pensée d'El Hadj Sliman au moment où l'automobile franchit les portes deDjedda, et Dinet ressent un léger frisson lorsqu'il voit s'ouvrir devant lui les horizons infinis du Territoire Mystérieux....

Mais le sort en est jeté ! Et nous nous en remettons à la grâce du Miséricordieux, qui connaît la pureté de nos intentions.

Notre chauffeur est un Javanais du nom de Mohammed, qui louche horriblement, qui ne parle pas l'arabe, et avec lequel nous sommes

1. Par contre, la qualité d'Européen de l'orientaliste Dinet fut franchement avouée non seulement à toutes les autorités du pays, mais aussi à tous nos amis, nos Mezouars et nos Methouafs, qui nous témoignèrent toujours la plus cordiale sjmipathie, car ils avaient une confiance absolue dans notre sincérité musulmane.

obligés de nous expliquer par signes. H est vêtu d'un pagne aux couleurs vives, d'une longue veste grise et son turban jaune, à moitié dénoué, penche sur un côté de sa figure.

A peine sorti des portes de Djedda, il manifeste une inquiétude sur la route à suivre ; il revient en arrière, puis il se lance sur une piste plus orientale. A notre tour, nous sommes saisis d'inquiétude, car, sur cette piste, nous n'apercevons que des traces du large pied des chameaux et aucun sillon de roues d'automobiles. Notre chauffeur paraissant sûr de sa direction, nous hésitons à le troubler, et l'automobile, filant à toute vitesse, arrive dans un défilé d'aspect sinistre avec ses pentes sombres et rocailleuses. Sachant que, pendant deux cents kilomètres, nous ne devons pas rencontrer la moindre élévation de terrain, nous sommes certains de l'erreur ; nous arrêtons Mohammed et, au même moment, nous sommes entourés par une troupe de Bédouins à la mine farouche, aux regards d'oiseaux de proie, stupéfaits de l'arrivée d'une automobile en un pareil endroit.

Il y a quelques années, notre sort aurait été vite réglé : les Bédouins, en trop grand nombre pour que nous puissions leur résister, nous auraient coupé la gorge et, après nous avoir dépouillés, auraient jeté l'automobile dans un ravin et abandonné nos cadavres aux vautours.

La route de terre de Mekka ou de Djedda à El Madina n'était plus praticable à cause des bri-

gands bédouins qui l'infestaient et tous les pèlerins devaient prendre la voie de mer jusqu'à Yanbô. Et encore, dans le trajet plus court de ce port à El Madina, Us perdaient toujours un certain nombre de membres de leur caravane, assassinés et dépouillés par les Bédouins, lesquels avaient coutume de dire à ceux qui tombaient entre leurs mains : « Votre fortune vous vient d'Allah, et notre fortune nous vient de vous. » Et cet état de choses diu-ait depuis des siècles K

Aujourd'hui, ces Bédouins nous accueillent avec la plus franche sympathie et nous renseignent complaisamment sur la route des automobiles, qui longe la mer, très loin à l'Ouest du défilé.

Dès le début de notre voyage, nous venons d'avoir la preuve que la sécurité complète établie au Hidjaz par le roi Ibn Sâoud n'est pas une légende ; et nous avons entendu dire par un Arabe en manière d'apologue : o Une fourmi n'oserait pas dérober les provisions d'une autre fourmi. »

Nous remercions les Bédouins et nous coupons à angle droit à travers une plaine déserte et sablonneuse parsemée de touffes d'herbes et ressemblant étonnamment à celle du Hodna algérien ^. Les secousses subies par l'automobile dans

1. En 1890, une caravane de Marocains fut massacrée tout entière ; sur 446, il en échappa deux I (L'Orientation nouvelle de la politique sanitaire, par le professeur A. Phoust, p. 201).

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