‹ Le pèlerinage de Port-RoyalChapitre 12 sur 22 · MAGNY I 9 I · texte numérisé non relu

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tenait. Dotibus ingenii magna, major contemptu ». Il combinait d'agréables allitérations : a Quum illi prœcipuum esset amare et amari » et des répétitions énergiques : « Nihil odio Jiabuit prœter mundum, nihil amavit prœter Christum. » Mais, après tout, ce ne sont là que des délicatesses de bon latiniste. Les épitaphes de M. Hamon présentent encore cette originalité qu'on y retrouve le tour d'esprit familier à ce délicieux mystique, sa vive et fraîche imagination, son goût des symboles, cette naïveté de sentiment qui vivifie les réminiscences des livres saints. Pour célébrer la piété de la Mère Angélique de Saint- Jean, il transpose les images de la parabole des vierges folles et des vierges sages : « Elle fut seule à ne point être vaine de la magnificence de sa lampe précieuse; son unique soin fut de la remplir de l'huile éternelle... Quand l'époux vint frapper à sa porte, terriblement malade, elle ouvrit avec joie. Pretiosœ lampadis magnitudinem sola non magnefecit^ hoc unum curavit ut aeterno oUo impleretur.., Pulsanti sponso in magni morbi vehementia aperuit gaudens. » (Excusez-moi de citer tant de latin; je sens cruellement l'insufiSsance de mes traductions). Il y a une bien gracieuse subtilité, à la saint François de Sales, dans la louange de M. Bouilli solitaire : o Pour cultiver son âme comme son jardin, il se jeta avidement au travail ; on eût dit

qu'il voulait éteindre la soif de pénitence qui le brûlait depuis si longtemps et, en môme temps, entretenir cette soif même à force de fatigue, pour le bien de son salut. Ut animam non minus quant hortum coleret^ laborem avide arripuit, quasi diuturnam pœnitentise sitini explere cupiens^ et ipsam hanc sitim multo sudore quœrens ad salutis remedium. » Et c'est une belle image d'un caractère tout biblique que celle-ci appliquée au cœur du curé Retard : a Ce cœur, débordant des eaux célestes qu'il avait recueillies dans la religieuse méditation des Écritures, les répandit, pour le féconder, dans le champ du Seigneur. Cor.,, quod cœlestibus aquis redundans^ quas in religiosa Scripturarum meditatione collegerat, agrum dominicum féliciter irrigavit. »

Quand M. Hamon fut mort, après avoir composé sa propre épitaphe, ce fut un autre médecin, M. Dodart, qui hérita de la charge de commémorer sur les tombes les vertus des saints de Port-Royal. Il semble qu'en ce temps-là les médecins ne se croyaient point quittes envers leurs clients trépassés.

M. Dodart ne possédait ni la grâce ni l'onction de M. Hamon, mais sa latinité plus classique et plus pure était d'une exquise élégance. La longue épitaphe qu'il fit pour M. de Pontchâteau paraît un chef-d'œuvre du genre.

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Effigie en cire conservée chez les sœiiK 1. :?aiuto-.Marthc à Magny-les- Haine. iu\.

Dans l'unique rue du village de Magny, derrière un long mur percé d'une porte étroite, s'étend un beau verger et s'élève une maison simple et blanche dont la façade est couverte d'opulents rosiers. C'est là que deux vieilles religieuses, les dernières hospitalières de Sainte- Marthe, achèvent leur vie de prière et de charité. Avec elles disparaîtra la postérité spirituelle du monastère de Port-Royal.

Cette congrégation de Sainte-Marthe fut fondée le i" septembre 171 3 par Elisabeth Jourdain, veuve du célèbre sculpteur Théodon. Elle avait un double but : soigner les malades et instruire les enfants pauvres. Elle comptait six religieuses, lorsqu'elle s'établit rue de Montreuil, au faubourg Saint-Antoine, mais elle se transporta bientôt rue de la Muette, dans le même quartier. Protégée par Noailles, archevêque de Paris, elle formait une communauté vivant de la vie religieuse, mais sans vœux. Son costume consistait en une robe noire, un châle noir croisé sur la guimpe, et un bonnet blanc très simple dont les deux ailes pendaient jusqu'aux épaules.

Leur première supérieure, qui mourut en 1777 à quatre-vingt-neuf ans, était demeurée cin-

quante-six années dans cette charge ; la seconde mourut en 1827 à quatre-vingt-six ans. Après la Révolution, elles se répandirent dans les hôpitaux de Paris, Cochin, Saint-Antoine, Beaujon, la Pitié, les Quinze-Vingts. Elles furent chargées de l'infirmerie à Saint-Louis, à Louis-le-Grand et à l'Ecole Polytechnique. En i843, la congrégation était en pleine prospérité; elle comptait environ i5o Sœurs. Mais de déplorables divisions arrêtèrent alors son essor.

Les Sœurs de Sainte-Marthe étaient suspectes de jansénisme et entendaient échapper à l'autorité diocésaine. L'archevêque de Paris, M*»' Affre, voulut modifier leurs constitutions et devenir leur supérieur. Une partie de la congrégation se conforma à la volonté de l'archevêque et prit le nom de Sœurs de Sainte-Marie : naguère elles occupaient encore une maison rue Bara et une autre rue Saint-Maur; elles en ont été chassées. Quant à celles qui avaient gardé le nom de Sœurs de Sainte-Marthe, elles virent leur communauté lentement dépérir; le clergé écartait les novices de leur institut. Elles durent abandonner successivement Cochin, Beaujon, la Pitié, Saint-Antoine et enfin la maison-mère où était le noviciat. Les unes quittèrent leur costume et s'en allèrent soit dans leurs familles, soit à la Salpêlrière comme pensionnées de l'Assistance publique. Les autres se retirèrent à Magny-Ies-

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Hameaux où, depuis i834, M. Silvy avait donné une maison à la congrégation. Elles ne sont plus que deux aujourd'hui dans la demeure silencieuse où tous les murs sont couverts d'images jansénistes.

Une pièce du rez-de-chaussée forme comme le sanctuaire de ce logis monastique. On y voit deux vieilles peintures qui représentent, l'une, M. d'Argenson signifiant aux religieuses de Port-Royal l'arrêt de dispersion, l'autre l'abbaye ruinée et les sépultures violées; un admirable portrait de Saint-Gyran; enfin la plus précieuse des reliques de Port-Royal, le masque mortuaire de la Mère Angélique.

Sur une commode est posée une boîte en chêne que ferme un battant vitré, garni d'un rideau. La porte ouverte, apparaît le buste d'une religieuse morte. Vêtue de l'habit de Port-Royal, elle porte le voile noir, emblème du deuil où languit le cœur de la pécheresse, et le scapulaire, blanc comme la toison de l'Agneau, que barre une croix d'écarlate, rouge comme le sang du sacrifice. La cire dont est fait le masque du visage rend avec une effrayante apparence de vérité le ton des chairs exsangues. Cette image tragique est celle de la plus illustre et de la plus sainte des filles de Port-Royal, la Mère Angélique Arnauld. Pans la mort ses traits gardent leur expression d'indomptable énergie et de rude

austérité. Mais le rayon de charité qui les éclaire d'une façon si douce et si tendre dans Tadmirable portrait de Philippe de Ghampaigne s'est éteint avec le regard, sous les paupières closes.

Ce moulage fut exécuté, sans doute, par la nièce de la morte, la Mère Angélique de Saint- Jean, douée d'un talent particulier pour modeler des figures de cire. « Les arts, dit Du Guet, lui étaient comme naturels, tant elle y avait d'adresse et de disposition. »

Une suite d'attestations placées dans la boîte même qui contient le buste établit l'authenticité de la relique. Lorsque les religieuses quittèrent définitivement leur maison de Paris, elles emportèrent l'image de cire à Port-Royal-des- Champs et la placèrent dans la salle du Chapitre en face de la célèbre toile où Ghampaigne a commémoré la miraculeuse guérison de sa fille. En 1709, le chef-d'œuvre de Ghampaigne revint à Port-Royal de Paris. Une des religieuses dispersées sauva le masque de la mère Angélique qui, après avoir passé par plusieurs mains, fut recueilli dans l'abbaye de l'Etrées, près de Dreux.^ Ge monastère, « jansénisé » par la Mère de Sainte-Gertrude Sufïlet du Valois, une des dernières religieuses de Port-Royal, fut un de ces nombreux couvents de femmes où l'esprit augustinien persista pendant tout lexviii® siècle.

En 1792. d'anciennes sœurs de TÉtrées rapportèrent la relique à Paris, mais, la dernière d'entre elles mourut, vers i83o, dans un appartement de la rue des Tournelles, et la relique eut sans doute péri si, par un hasard providentiel, Locré, ancien secrétaire général du Conseil d'Etat et très fervent port-royaliste, n'était venu loger dans ce même appartement. Un jour, son fils, Guillaume Locré, découvrit le buste « au fond d'une obscure et profonde armoire ». Il le donna à M. Silvy, qui le conserva dans la petite maison qu'il s'était fait bâtir à Port-Royal et le fît remettre après sa mort aux sœurs de Magny. Quand celles-ci auront disparu, l'image de la Mère Angélique ira rejoindre les autres souvenirs qui garnissent déjà l'oratoire de Port-Royal. Elle y sera sans doute à sa place et fort bien gardée. Mais ceux qui la verront dans cette sorte de musée ne pourront soupçonner combien était émouvante l'apparition du visage sévère et glacé de la grande abbesse, lorsqu'une vieille sœur de Sainte-Marthe ouvrait respectueusement, pieusement, la porte du reliquaire.

LE CIMETIÈRE. M. SILVY ET l'ÉCOLE DE SAINT- LAMBERT. LES FRÈRES TABOURIN ET LES FRÈRES

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