‹ Le pèlerinage de Port-RoyalChapitre 7 sur 22 · L EGLISE DE BOULLA.Y-LES-TROUX 9I · texte numérisé non relu

L EGLISE DE BOULLA.Y-LES-TROUX 9I

il prit part aux travaux qui assainirent le vallon et rendirent possible le retour des religieuses. Il recueillit les petites écoles dans son château, lorsque celles-ci furent dispersées. La connaissance du monde et des affaires le mit en état de rendre de grands services à la cause de Port- Royal.

Épuisé par les jeûnes et les mortifications, il mourut à quarante ans, en 1637, « Il a tant jeune et tant fait d'austérités, écrivait Gui Patin, qu'il en est mort; et, de peur qu'il n'en échappât, Guinaut et un des Gazetiers lui ont donné du vin émétique... Quelle sottise de prendre ce poison dans une inflammation de poumon et de ieûner si rudement qu'il en aille mourir ! »

Il avait demandé de reposer à Port-Royal. Il méritait cet honneur, car il avait donné à l'abbaye 40.000 livres pour la reconstruction du cloître et lui laissait 6.000 livres de rentes, afin de lui permettre de recevoir à la profession des jeunes filles pauvres. Il fut donc enseveli dans l'église, et M. Hamon composa pour lui une belle épitaphe.

Lorsque Port-Royal fut détruit, la pierre qui portait l'épitaphe alla échouer dans l'église de Magny, où nous la retrouverons. Quant au corps de Du Gué de Bagnols, il fut exhumé et porté dans l'église de Saint-Jean-des-Troux.

Cette église s'élève à l'extrémité du village,

au milieu d'un bouquet d'arbres ombrageant un petit cimetière. Ce n'est point un chef-d'œuvre d'architecture. Mais avec son petit porche, ses petites absidioles enguirlandées de lierre, son pauvre clocher et ses toitures disjointes, elle forme un tableau délicieux et touchant. A l'intérieur, c'est la misère, la nudité, l'abandon. Le seul ornement est un bénitier de pierre du plus beau style Louis XIII. Une inscription rappelle qu'en i655 cette église a été fondée par Du Gué de Bagnols. Une plaque de marbre, gravée en 1768, commémore l'inhumation de 171 1. Mais ici, comme à Palaiseau, les reliques ont disparu de l'église.

Voici ce que raconte le Manuel des Pèlerins de Port-Royal : « Lorsqu'on exhuma le corps de M. Guillaume Du Gué, mort le i5mai lôSy, c'està-dire plus de cinquante-trois ans auparavant, son cercueil s'étant un peu dessoudé par le pied, il en sortit du sang, jusqu'à la quantité d'une pinte. Deux chasseurs que la curiosité avaient attirés à Port-Royal virent de leurs yeux ce prodige et l'attestèrent de vive voix. Une personne de probité a assuré par écrit en avoir été témoin. Enfin les fossoyeurs eux-mêmes certifièrent ce fait. Le même prodige se renouvela à Saint-Jean-des- Troux. » Le corps fut reconnu sain et « sans aucune mauvaise odeur ». En 1735, un petit-fils de M. de Bagnols, ayant fait construire un

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caveau de famille, on exhuma le corps de nouveau. « Le corps de M. de Bagnols se trouva encore sain et entier, et on en vit couler une liqueur sanguine, qui rendait ainsi que le corps une odeur agréable : quelques personnes même mirent des vases sous le corps pour recueillir de ce sang. » Enfin, en 1752, comme on ouvrit le caveau encore une fois, on constata la même chose.

Durant tout le xviii* siècle, les jansénistes vinrent prier sur celte tombe miraculeuse. Dans le château des Troux, on conservait pieusement le lit de Du Gué de Bagnols, et on désignait toujours la chambre où il avait vécu sous le nom de la chambre du Saint.

Au temps de la Terreur, la tombe fut ouverte : le corps fut retiré et posé debout contre la muraille de l'église, tandis qu'on creusait une tombe dans le cimetière ; ainsi l'exigeait l'égalité. Gomme le trou n'était pas assez grand, on trancha le corps par le milieu d'un coup de hache. Quelques-uns accusèrent de ce forfait le curé des Troux; il se vengeait, dit-on, des anciens seigneurs qui lui avaient retiré la permission de chasser dans leur domaine. Les restes de Du Gué auraient été alors ensevelis à huit pieds du mur de Téglise, en face de la première fenêtre de gauche, à une place marquée par une ardoise et « une pierre de meulière in-

forme, grosse comme deux volumes in-S" ». Les circonstances de cette anecdote tragique et mystérieuse ont été consignées dans des notes manuscrites de Fex-oratorien Rondeau*. Mais comme les témoignages qu'il rapporte sont peu concordants, je laisse à d'autres le soin de démêler la vérité sur l'épisode du curé terroriste et sur le lieu de la sépulture de Du Gué de Bagnols.

Ces « autres » se rencontreront certainement. Tout ce qui de près ou de loin, touche à Port- Royal excite la curiosité de nos contemporains. Le personnage de Du Gué de Bagnols intéresse d'une façon particulière les fidèles de la « petite église » de Lyon : c'est un de leurs saints. Ils font, en ce moment, sculpter son image d'après un masque mortuaire. Un jour, ils s'inquiéteront sans doute de ses reliques.

Ces deux stations de Palaiseau et de Boullayles-Troux offraient aux pèlerins d'autrefois des occasions de prière et d'édification. En suivant la même route, nous n'avons plus recueilli que des souvenirs macabres, de sinistres histoires d'exhumations et de tombes profanées, le triste épilogue de la destruction de Port-Royal.

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