‹ Le pèlerinage de Port-RoyalChapitre 6 sur 22 · LA. SÉPULTURE DE DU GUE DE BAGNOLS · texte numérisé non relu

LA. SÉPULTURE DE DU GUE DE BAGNOLS

Continuant notre commode pèlerinage, nous n'avons, pour gagner Boullay-les-Troux, qu'à monter dans le train qui passe à Palaiseau. Audelà de Saint-Remy, la ligne de chemin de fer pénètre dans un ravin boisé et s'élève jusqu'à un vaste plateau où sont disséminées les quelques maisons du village des Troux.

Par une froide journée de février, la mélancolie de la grande plaine déserte et dénudée semble s'harmoniser avec la songerie du pèlerin. La bise souffle aigrement. Des nuages sombres courent sous le ciel gris. Soudain une lumière très douce perce la nuée. Tout s'éclaire : les toits des fermes, la cime des bois lointains, les labours humides, les troncs noirs des pommiers. Des lueurs d'argent passent sur la cam-

Odvrages consultés : Les Nécrologes de Port-Royal. — Nouvelle histoire abrégée de Port-Royal, par M"' Poullain.

l'église de boullay-les-ïroux 89

pagne. Il semble que la terre va sourire. La nuée se referme, et tout s'obscurcit de nouveau. Cette nature désolée, ces fugitives éclaircies, ces gris infiniment nuancés, n'est-ce pas toute la beauté du jansénisme ?

Ce que nous sommes venus chercher aux

Troux, c'est le souvenir de Guillaume Du Gué

de Bagnols, « célèbre, dit notre guide, par sa

pénitence, sa charité et sa sainteté », et qui

fut un des amis les plus zélés et les plus actifs

du premier Port-Royal, du Port-Royal de Saint-

Gyran et de la Mère Angélique. Il y eut,

.utour de Port-Royal , beaucoup d'admirables

existences, vouées tout entières à des œuvres

c'assistance et de piété, mais il y en eut peu

daussi admirables que celle de Du Gué de

Bgnols.

Il était le fils d'un lyonnais extrêmement rihe. Pourvu d'une charge de maître des reuêtes, il épousa une femme d'une grande piété qu mourut à vingt-quatre ans. « Il menait une vieconforme à son état, mais bien opposée à Tearit de TEvangile, lorsque Dieu se servit desreprésentations de son épouse et des sermon de M. Singlin, qui prêchait à Port-Royal, poulie toucher efficacement : c'était en 1647, ^^ il n'vait alors que trente ans. Sa conversion fut sicère et constante... » Je cite textuellementle Petit Nécrologe : quand il nous arrive

go LE PELERINAGE DE PORT-ROYAL

de parler des saints, le plus sûr est de suivre le récit des hagiographes.

Devenu veuf, Du Gué de Bagnols vendit sa charge de maître des requêtes, et s'en fut à Lyon, où il décida son père à faire l'examen de ses biens et à restituer quatre cent mille livres qu'il jugeait indûment acquises. Puis il acheta le château des Troux, non loin de Port-Royal, afin d'y vivre dans la retraite. Au-dessus de la cheminée de son cabinet il plaça un portrait de saint Paulin, avec une devise qui résumait tout» la vie de l'évêque de Noie : Ex consule pauper, ex paupere prœsul ; ex prœsule servus et olito:. De l'éclat du consulat à la pauvreté ; de la paivreté à la prélature; de la prélature à la condtion d'esclave et de jardinier. Ce fut le modtle de M. Du Gué de Bagnols.

Il éleva ses enfants, auxquels il associa cnq ou six pauvres, et donna aux malheureux les deux tiers de sa fortune. Il passa dans la pnitence les dix dernières années de sa vie. L retranchait tout ce qu'il pouvait de sa nourrture et de son sommeil; il portait un cilice. Ihvait confié à M. Singlin la direction de son âne et lui obéissait avec une docilité d'enfant.

Il se donna tout entier à ses amis dePort- Royal. 11 avait remis aux religieuses l'éduation de sa fille. Avec le duc de Luynes, il contibua à relever et restaurer le monastère des Camps;

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