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Le Penicillium-Ferment Dans Les Extraits Pharmaceutiques

La seconde plante dont j’ai l’honneur de mettre des graines sous les yeux de mes confrères est le rare Guiraoa arvensis Coss., de la famille des Crucifères, tribu des Erucariées. Elle m’a été envoyée par un botaniste espagnol, M. A. Canada, qui depuis plusieurs années explore spécialement pour moi les provinces de Murcie, Carthagène et Orihuela, en Espagne. Les échantillons reçus ont été cueillis dans la sierra Pujalbares (Murcie). C’est, si je ne me trompe, la seconde fois que cette intéressante Crucifère est récoltée, depuis qu’elle a été distribuée par Bourgeau, il y a trente ans, dans ses Plantes d’Espagne sous les n os 1071 et 2310. M. Cosson l’a parfaitement décrite dans ses Notes , p. 97-98. Je l’ai mentionnée dans mon Flora Europœ, t. II, p. 216.

J’espère que les graines remises au Jardin des plantes lèveront et permettront de répandre cette plante, qui n’est connue jusqu’à maintenant que d’un très petit nombre de botanistes.

M. Rouy dit qu’ayant récolté le Guiraoa arvensis à Totana (prov. de Murcie), il croit bien reconnaître, dans les fruits excessivement mûrs, présentés par M. Gandoger, les siliculesde cette espèce rare.

M. Mangin, secrétaire, donne lecture de la communication suivante :

par Al. Edmond COCABDAS (1).

On éprouve une certaine difficulté à suivre, dans les extraits pharmaceutiques, tous les états végétatifs du Pénicillium-fer ment.

En effet, les passages de l’état aquatique à l’état aérien demandent une observation d’autant plus attentive, que le milieu est plus coloré ; souvent même il arrive qu’on aperçoit les fructifications aériennes du Penicilliumferment dans un extrait qu’on ne croyait pas altéré.

Mais si le mycélium aquatique se distingue avec peine dans cette masse sombre, le mycélium aérien se voit au contraire aussitôt sa formation, sa couleur d’un blanc éclatant se détachant sur le fond noir de l’extrait.

§ 1. Aspect à l'œil nu . — On distingue çà et là de petits amas, de la plus grande blancheur, formés de filaments excessivement fins, qui semblent rayonner autour d’un point central. Plus tard, lorsque ces filaments sont plus développés, ils se foncent, prenant à la masse sous-jacente de la matière colorante.

(1) Nous croyons devoir rappeler que les opinions émises par les auteurs des communications insérées au Bulletin sont publiées sous leur responsabilité personnelle et n’engagent à aucun degré celle de la Société. {Note du Secrétariat.)

COCARDAS. — LE PENICILLIUM-FERMENT

Alors ils perdent de leur éclat, et leur enchevêtrement forme à la surface de l’extrait une croûte grisâtre et sale. Sur cette croûte on voit se dresser par milliers de petites tiges renflées à leur extrémité. Ce sont les fructifications aériennes.

§ 2. Aspect au microscope. — Dans les extraits, à moins que ces extraits ne soient assez liquides, les premiers états végétatifs du Penicillium-ferment passent, pour ainsi dire, inaperçus; je ne m’arrêterai donc, pas ici à la description des états corpusculaire, bactéridien, zooglairien et filamenteux simple. Je l’ai, du reste, donné en détail dans des liquides où chacun peut suivre tous ces états à son aise.

Je représente, planche V, le Penicillium-ferment au moment où, sortant de la masse de l’extrait dans laquelle restent plongés et vivent ces filaments bruns ; il émet son mycélium aérien blanc et soyeux, qui se distingue aussitôt formé.

De chaque article des filaments bruns hygrocrocidiens du Penicilliumferment, on voit sortir de petits filaments incolores de 0 mm ,605 de diamètre (extrait d’Aconit), d’abord non cloisonnés, puis montrant des cloisons très apparentes, d’autant plus éloignées les unes des autres, que le filament qu’elles divisent est plus jeune.

Ces filaments, remplis d’un protoplasma granuleux très actif, donnent de tous côtés des bourgeons qui s’allongent et se dressent comme autant de petites tiges. Ce sont en effet ces tiges qui vont servir de support aux fructifications ; étranglées à la base au point où elles quittent le filament de mycélium aérien, elles sont renflées à leur extrémité en forme de massues: c’est dans cette extrémité renflée que le protoplasma s’accumule, se condense et s’organise.

Dans la planche ci-jointe on peut suivre facilement les formes diverses que peuvent prendre les fructifications.

Les fructifications 1, 2, 3, 4, sont les fructifications aériennes du Penicillium-ferment observées dans l’extrait d’Aconit, sur un même filament mycélien, aa.

Les fructifications 5, 6, 7, 8, 9, 10, qui permettent de suivre la formation progressive des cellules basilaires dans la forme aspergillée, sont les fructifications aériennes du Penicillium-ferment observées dans l’extrait d’Aconit, sur un même filament mycélien, bb.

Les fructifications 11 (forme aspergillée), 12 (forme pénicillée), 13 (forme aspergillée), sont les fructifications du Penicillium-ferment observées dans l’extrait de Dig'tale, sur un même filament de mycélium aérien, cc.

Les fructifications 14 (l'orme aspergillée à maturité, dont les spores sont tombées, ne laissant adhérentes que les cellules basilaires et un rang

148 SÉANCE DU 27 MAKS 1885.

de jeunes spores), et 15 (forme aspergillée dans laquelle il ne reste plus que les cellules basilaires), sont les fructifications du Pénicillium-ferment observées dans l’extrait de Stramoine, sur un même filament de mycélium aérien, dd.

Les fructifications 16 (représentant la forme aspergillée irrégulière, moitié aspergillée, moitié pénicillée), et 17 (forme pénicillée plus prononcée encore) sont 1rs fructifications du Penicillium-ferment observées dans l’extrait de Ciguë, sur un même filament mycélien, ce.

Les fructifications 18,19,20, 21, sont les fructifications du Penicilliumferment observées dans l’extrait de Jusquiame, sur un même filament mycélien, hh.

Les filaments renflés 22, 23, 24, sont des filaments fructifères en formation, observés dans l’extrait de Ciguë, sur le même filament mycélien, gg.

Les formes curieuses que je représente dans la planche ci-jointe montrent bien qu’il n’y a pas, comme certains pourraient l’objecter, parasitisme d’une espèce distincte sur une espèce également distincte ; mais bien une évolution directe et incontestable d’un seul et même individu passant sous nos propres yeux d’une forme à une autre, et prouvant d’une façon indéniable des faits qui ont une importance d’autant plus grande qu’ils ont été plus contestés alors qu’ils n’élaient qu’à l’état d’hypothèse.

Ces formes, que j’ai dessinées avec le plus grand soin à la chambre claire, au grossissement de 330 diamètres, et dont j’ai suivi d’instant en instant les développements, prouveront mieux que tous les arguments les faits que j’ai avancés.

J’ai étudié la végétation du Penicillium-ferment dans les extraits suivants :

Absinthe,

Fougère mâle,

Pavot blanc,

Armoise,

Fumeterre,

Pissenlit,

Aunée,

Garou,

Polygala,

Bardanc,

Gaiac,

Quinquina,

Belladone,

Genièvre,

Béglisse,

Chicorée,

Gentiane,

Hhubarbe,

Chiendent,

Houblon,

Bue,

Ciguë,

Ipéca,

Sabine,

Colchique,

Jusquiame,

Salsepareille.

Colombo,

Lactucarium,

Saponaire,

Stramoine,

Coloquinte,

Laitue,

Cubùbe,

Muguet,

Trèfle d’eau,

Digitale,

Douce-amère,

i\oix vomique, Opium,

Valériane.

Dans tous ces extraits, elle se fait à peu près de la même manière.

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