‹ Le père Antoine Lavalette à la Martinique: d'après beaucoup de documents inéditsChapitre 109 sur 110 · Lettres déjà citées · texte numérisé non relu

Lettres déjà citées

3. Voir la réponse imprimée en 1761 au Mémoire intitulé : a Mémoire sur les demandes formées contre le Général et la société des Jésuites, au sujet des engagements qu'elle a contractés par le Ministère du P. Lavalette, par Deligny, procureur. »

La seconde conclusion est une conséquence de la première : Le P. Lavalette seul est coupable. Il a fait le commerce et il Ta fait à Tinsu des missionnaires de la Martinique et de ses supérieurs de Paris et de Rome. Les missionnaires, deux ou trois du moins, Font accusé, en 1739 et 1760, de se livrer à un trafic interdit, mais sans en avoir des preuves écrites, manifestes ; les supérieurs ne Font su qu'en 1762 après les enquêtes du P. de la Marche.

Que conclure de là? C'est qu'il s'est trouvé dans les rangs de la Compagnie de Jésus, au milieu du xvupsiècle, un religieux oublieux de ses devoirs, mais dans des circonstances exceptionnelles, imprévues. Quel ordre, quelle congrégation pourrait se flatter de n'en avoir jamais eu? L'Eglise elle-même n'a-t-elle pas compté des prêtres, des prélats indignes ? N'y a-t-il pas eu un Judas dans le collège des apôtres?

Que conclure encore? C'est qu'on ne peut reprocher à un corps les fautes d'un de ses membres, si ces fautes ont été commises à son insu, contre sa volonté expresse ou tacite. A-t-on le droit de rejeter sur la corporation des notaires ou des avocats les fautes professionnelles d'un d'entre eux? Egalement a-t-on le droit darguer des égarements ou des faiblesses d'un religieux contre la société dont il fait partie? L'Eglise et les congrégations peuvent être et de fait sont profondément attristées par les chutes déplorables d'un prêtre ou d'un religieux ; mais le corps entier n'en reste pas moins intact et sain.

Que conclure enfin? C'est que le Parlement de Paris, en déclarant contre toute vérité et toute justice la Compagnie

de Jésus responsable des prévarications du P. Lavalette, prévarications qu'elle ne connut qu'en 1762 pour les punir, en la condamnant comme coupable par une suite d'arrêts volontairement injurieux et diffamatoires, a commis la plus monstrueuse des iniquités.

Onze ans après l'expulsion du P. Lavalette de la Martinique et sa sortie de la Compagnie, Clément XIV supprimait Tordre de saint Ignace^ par un bref solennel. Dans ce bref, « il exposait longuement tous les motifs qu'il croyait plus propres à faire accepter une ihesure qu'il savait n être pas agréable au plus grand nombre des évêques et des catholiques du monde chrétien. Il rapportait en détail toutes les plaintes, toutes les accusations portées contre la Société, sans prononcer toutefois qu'elles fussent vraies, sans formuler aucun jugement ^ ». Chose étrange, le chef suprême de l'Eglise ne dit pas un mot, un seul mot de l'accusation de commerce. Et cependant n'était-ce pas le lieu et le moment, quand l'Europe entière retentissait du nom du P. Lavalette, quand des milliers de libelles, répandus partout, accusaient la Compagnie d'avoir fait par un de ses membres, aux Iles du Vent, un commerce scandaleux?

Un fait plus étonnant encore : la Compagnie éteinte, le procès de ses chefs s'ouvrit à Rome. Le général Ricci et ses assistants furent souvent interrogés, jîressés de questions insidieuses ; rien ne fut oublié, rien, excepté la question de commerce. Le tribunal, institué par le Saint-Père, reconnaissait donc sur ce point l'innocence dès Jésuites, l'inanité des accusations de commerce illicite portées contre eux par des adversaires peu scrupuleux? Il dédaigna de

i. P, deRâvignan^ Du prétendu commerce des Jésuites.

s'arrêter à ce reproche sans fondement, et ce silence fut pour la Société, il est encore pour elle le témoignage le pliis concluant de sa conduite irréprochable sur ce point spécial, et la preuve la plus irréfutable des imputations infamantes et calomnieuses de ses ennemis ^

Terminons ce long travail par ces paroles du trop célèbre Cerutti, qui fut secrétaire de Mirabeau : « Tout ce qu'on peut dire de plus certain, c'est qu'en voulant augmenter les revenus de sa maison, le P. La Valette a ruiné la Mission de la Martinique et les maisons des Jésuites de France ; qu'il a trompé ses supérieurs ou qu'il s'est trompé luimême, et que, mieux il a possédé l'esprit de commerce, plus il s'est écarté de l'esprit de l'Eglise, de l'esprit de ses confrères et de l'esprit de son Institut - ».

1. Du prétendu commerce des Jésuites^ par le P. de Ravignan. u Les JésuiteSy dit- il, n'ont pu être accusés justement d'avoir exercé le commerce, tel que le prohibent les lois de l'Église. De nombreuses accusations, il est vrai, ti>ais des accusations vagues et sans preuves, se sont fait entendre ; mais dès qu'on a voulu articiiler, préciser un fait, des témoignages authentiques et irréfutables sont venus confondre la calomnie. » Quand il dit Les Jésuites, il parle de la Compagnie de Jésus. Il ne rappelle pas le fait Lavalelte, car « ce Père déclara dans un acte public que tout ce qu'il avait pu entreprendre de contraire aux canons de l'Église et aux lois de son ordre, il l'avait fait à l'insu et contre la volonté de ses supérieurs. »

Page 1